LE PIGEON BLEU

Le Pigeon Bleu est l'annexe du Merle Moqueur. C'est le rendez-vous solidaire des amis rencontrés au Fou de Bassan. Alors, on rit et on s'amuse au Pigeon Bleu ! NOSE DE CHAMPAGNE

29 janvier 2008

Uribe et les FARC

Une des chroniqueuses préférées de la famille Frias (1), Eliane Cantanhêde, ne cache pas ses orientations politiques. Dans l’article "Chavez et FARC, intimement liés", publié par le journal Folha de São-Paulo- Brésil, elle condamne les négociations dirigées par le président du Venezuela, qui ont conduit à la libération de Clara Rojas et Consuelo Gonzales, enlevées depuis des années par les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie. La journaliste accuse Hugo Chavez d’être un "allié des FARC", qui "agissent hors de la loi, enlèvent et tuent". Dans le style ancien des campagnes médiatiques, souscrivant à la thèse de "l’axe du mal" de l’oppresseur George Bush, elle insinue aussi que le gouvernement Lula est complice de ce dégradant terrorisme.

" Quels que soient les efforts du Brésil pour minimiser le rôle et l’action de Chavez en disant qu’il n’a été qu’un médiateur et en niant toute alliance entre lui et les FARC, c’est Chavez lui-même qui a tenu à montrer les dents, en affirmant qu’il parlait d’égal à égal avec les FARC et comme un allié. Il y a un état de guerre en Colombie et il a choisi son camp… le Brésil se démène pour comprendre les FARC, mais il serait plus utile qu’il essaie de comprendre Chavez et principalement où Chavez veut en venir avec ses idées. La bombe ne menace pas que la tête d’Alvaro Uribe mais aussi tous les peuples de la région". Selon Cantanhêde, influencée par les thèses de la C.I.A., le président du Venezuela est un risque pour toute l’Amérique Latine.

Les saboteurs de la paix

En réalité, la journaliste de la Folha de São-Paulo, ainsi qu’une bonne partie des media, attendaient que l’action humanitaire qui a libéré les deux colombiennes finisse par échouer. Elle n’a même pas condamné les manoeuvres militaires agressives du gouvernement Uribe, confirmées aussi par les deux otages, qui ont presque fait échouer les négociations de fin 2007. Maintenant, Cantanhêde soutient le gouvernement paramilitaire et narcotrafiquant d’Alvaro Uribe et le président-tortionnaire George Bush, afin de ne pas accepter la proposition de Hugo Chavez, de considérer les FARC et l’ELN (Armée de Libération Nationale) comme forces insurgées plutôt que comme groupes terroristes, de manière à faciliter le processus de paix dans ce pays ensanglanté.

Car le leader vénézuélien considère que c’est l’unique issue pour essayer de résoudre un conflit armé qui dure depuis quatre décennies. "Bien que cette affirmation puisse en énerver certains, les FARC et l’ELN ne sont pas des terroristes. Ce sont de véritables armées qui ont pris place en Colombie. Il faut le reconnaître, puisque ce sont des forces insurgées". Chavez insiste, tout en condamnant les méthodes utilisées par la guérilla. Même Uribe, pressé par les familles des otages, admettait une telle possibilité. "Le gouvernement colombien, dès lors qu’un processus de paix avec les FARC s’établirait, serait le premier à cesser de les traiter de terroristes et le premier à demander au monde entier, pour contribuer à la paix, qu’ils ne soient plus jamais traités de terroristes".

Violence, cocaïne et pouvoir

Pour sortir de la vision étroite et partisane de Cantanhêde, qui préfère qualifier de terroristes les forces de guérilla, le conflit armé dans le pays voisin a des causes profondes. Selon Alon Feuerwerker, plus éthique dans son métier de journaliste, "la violence moderne est née des disputes entre les libéraux et les conservateurs. Plus spécifiquement quand ces derniers ont empêché dans le courant du siècle passé l’ascension politique des masses populaires urbaines… En Colombie, l’absence de pratiques démocratiques est la résultante d’un système politique historiquement élitiste et oligarchique, dans lequel la violence a été institutionnalisée pendant des décennies comme méthode privilégiée de résolution des luttes de pouvoir. Les FARC et l’ELN n’ont pas inventé la guerre civile".

Cette absence de vécu démocratique est illustrée par un triste record détenu par le pays, celui des assassinats de leaders syndicaux. Depuis janvier 1991 jusqu’à décembre 2006 il y a eu 2245 assassinats et 138 disparitions de syndicalistes, selon le rapport de l’Organisation Internationale du Travail. La violence s’est aggravée à cause de l’influence du narcotrafic sur le pays. Cantanhêde, qui défend Uribe, ne dit rien sur ses liens notoires avec la mafia de la cocaïne. A l’occasion d’une interview réalisée par César Trali, journaliste de la Rede Globo(2), qui aujourd’hui qualifie les FARC de "narco-terroristes", la fameuse présentatrice de télévision et mannequin colombienne, ex-amante de Pablo Escobar, a donné des détails sur les intenses relations du plus grand et du plus violent trafiquant du pays avec son actuel président. Auteur du livre "Amour pour Pablo, haine pour Escobar", elle revient sur la période où Uribe dirigeait le Département de l’Aviation Civile Colombienne et facilitait le trafic de drogues aux Etats-Unis : "Pablo avait l’habitude de dire que grâce à ce bon garçon, il n’était plus obligé de transporter de la cocaïne dans des coffres de voitures ni de nager jusqu’à Miami afin d’amener de la cocaïne aux gringos. Les avions du narcotrafic avaient la permission d’atterrir et de décoller pour les Bahamas sur ses propres pistes. Uribe leur avait fourni les autorisations pour l’accès aux pistes comme pour toute leur flotte d’avions et d’hélicoptères". L’ex-amante qui aujourd’hui habite aux Etats-Unis, affirme détenir les preuves que le violent trafiquant "était intime de la famille de l’actuel président colombien". Lorsque le père de celui-ci, qui a été accusé de trafic, a été assassiné, "Pablo lui a prêté un hélicoptère et est resté triste plusieurs jours".

Les craintes d’Uribe, Bush et Cantanhêde

Au-delà des causes historiques, le conflit interfère dans la vie politique du pays et a un fort impact sur la région. Uribe et les USA ont essayé de saboter les négociations humanitaires car ils craignaient ses effets. D’après le sociologue Emir Sader "Uribe dépend de la diabolisation des FARC, qui lui permet d’apparaître comme l’homme de "l’ordre". Après avoir été réélu, il a eu comme principal opposant Carlos Gaviria, qui appartient au pôle démocratique de gauche et a infligé une lourde défaite aux partis Libéral et Conservateur. Lors des élections municipales d’octobre, le parti du gouvernement a perdu dans les principales villes, comme Bogota, Medellin et Cali, contre les candidats de gauche. Cela montre bien qu’il ne dispose pas d’un soutien populaire et qu’il a besoin de la polarisation avec les guérillas pour pouvoir essayer de renouveler son mandat de président. Uribe est né de la violence et il sait fort bien que sa survie dépend du fait que la violence ne finisse pas".

Concernant les USA, une paix négociée avec les guérillas restreindrait encore plus son influence sur le continent américain. Des nos jours, le président terroriste George Bush compte plus de 800 "consultants militaires" donnant des ordres aux forces armées colombiennes. Le funeste "Plan Colombie", avec ses milliards de dollars sert à maintenir sous occupation ce pays qui souffre, riche en pétrole et stratégique dans la géopolitique de l’hémisphère. De plus, cette guerre interminable touche toute la région, en pesant sur sa sécurité. Outre l’aspect humanitaire, l’engagement de Chavez pour la résolution de ce conflit a pour objectif d’éviter que la Colombie serve de base intermédiaire pour de nouvelles aventures militaires des USA.

"Tucana (3 - militant du parti PSDB)" mal informé ?

Malgré tous ces faits avérés, Eliane Cantanhêde et les médias corrompus, toujours lâches face aux agressions de "l’empire du mal", se répandent en déclarations bravaches affirmant qu’ils ne craignent pas les forces insurgées chassées dans la forêt. Craignant les résultats de négociations de paix, ils profitent de l’occasion pour calomnier le gouvernement Lula. Ils exigent que Lula se plie au diktat imposé par les USA et qu’il qualifie la guérilla de terroriste. Jamais même le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso, pourtant extrêmement servile face à l’empire, n’a traité les FARC de cette manière. Elles ont même disposé d’un bureau à Brasilia, qui n’a été fermé qu’après les attentats du 11 septembre. Du fait de ses intimes relations avec les "Cardeais Tucanos " (chefs politiques du parti PSDB 4 ), - Cantanhêde est la femme de Gilnei Rampazzo (un des propriétaires de la GW, la société de publicité qui s’est occupée des dernières campagnes électorales de Geraldo Alckmin et de José Serra 5 - a révélé Diogo Mainardi, un autre conservateur très connu, elle se devrait d’être un peu plus équilibrée.

La diplomatie exige de la raison plutôt que des attitudes empreintes de rancœur et de parti pris. Comme le rappelle le journaliste Max Altman, du secrétariat des relations internationales du PT : "L’IRA d’Irlande, l’ETA d’Espagne, le FMLN d’El Salvador et l’OLP d’Arafat ont été en leurs temps qualifiés d’organisations terroristes mais ont toujours été partie prenante lors de processus de négociations. Le conflit armé colombien qui perdure depuis déjà 44 ans n’aura pas de solution sur les champs de bataille. Il y aura encore bien des années, avec leur funèbre cortège d’enlèvements, d’assassinats, d’attentats et de violations des droits de l’homme avant que le conflit ne s’achève. La médiation de Chavez aura eu au moins aussi le mérite d’ouvrir cette boîte infernale.".

Auparavant on ne parlait que de la guerre en Colombie, aujourd’hui on évoque la nécessité de la paix

par Altamiro Borges

Altamiro Borges est journaliste, membre du Comité Central du PC do B (Parti communiste du Brésil).

Il est l’éditeur du magazine Debate Sindical (Débat Syndical) et auteur du livre " Venezuela : Originalidade e ousadia " (Venezuela : Originalité et audace). Maison d’édition Anita Garibaldi.

-

1 grande famille de l’oligarchie brésilienne ayant des intérêts dans les médias

-2 le plus grand réseau de télévision brésilien privé

-3

surnom donné aux militants du PSDB –

-4

parti Social Démocrate du Brésil ( centre-droit selon la terminologie des médias occidentaux et de droite dans l’échiquier politique brésilien )

-5

dirigeants et candidats de droite

traduction : Luana do Nascimento et Pedro da Nóbrega

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