LE PIGEON BLEU

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11 janvier 2009

Les 20 dates-clefs du conflit israélo-palestinien

Publié le lundi 15 janvier 2007 sur le site de l’Association France-Palestine Solidarité

Dominique Vidal

C’est un peu long, mais il m’a semblé intéressant de publier ces articles de Dominique Vidal du Monde Diplomatique :

Les 20 dates-clefs du conflit israélo-palestinien (il manque hélas les 5 derniers paragraphes que je n’ai pas pu retrouver), suivi de 1948 : la Palestine des archives aux cartes, qui aide à comprendre, grâce notamment aux travaux des « nouveaux historiens israéliens », le nettoyage ethnique mis en œuvre depuis six décennies.

2 novembre 1917 : La déclaration Balfour

29 novembre 1947 : Le plan de partage de l’ONU

14 mai 1948 : La déclaration d’indépendance d’Israël

30 mai 1964 : La création de l’OLP

juin 1967 : Israël occupe la Cisjordanie et la bande de Gaza

16 septembre 1970 : « Septembre noir »

13 avril 1975 : Le début de la guerre civile libanaise

17 mai 1977 : La victoire du Likoud en Israël

17 septembre 1978 : Les accords de Camp David

6 juin 1982 : L’invasion du Liban par Israël

7 décembre 1987 : Le déclenchement de l’Intifada

30 octobre 1991 : La Conférence de Madrid

13 septembre 1993 : L’accord d’Oslo

4 novembre 1995 : L’assassinat d’Itzhak Rabin

25 juillet 2000 : L’échec de Camp David

11 septembre 2001 : "Notre Ben Laden c’est Arafat

29 mars 2002 : L’opération "Rempart"

14 août 2005 : Le visage unilatéral d’Ariel Sharon

25 janvier 2006 : Le Hamas au pouvoir

12 juillet 2006 : Guerre du Liban

Conclusion

Le nettoyage ethnique : Cartographie

Le partage de la Palestine de 1947 à 1949

La Cisjordanie occupée

Gaza, détruite et isolée

1948 : la Palestine des archives aux cartes

Voir aussi ces documents le site Association France Palestine Solidarité

2 novembre 1917 : La déclaration Balfour

Un an après avoir publié son livre L’État des juifs, fondement du sionisme politique, Theodor Herzl avait réuni, en 1897, le premier Congrès sioniste à Bâle, afin d’« obtenir pour le peuple juif en Palestine un foyer reconnu publiquement et garanti juridiquement ». Puis il chercha durant toute sa vie à obtenir des appuis internationaux. Il rencontra le sultan turc, les ministres du tsar, le kaiser allemand, mais sa préférence allait d’emblée à la Grande-Bretagne. Il déclara en 1904 : « Avec l’Angleterre en guise de point de départ, nous pouvons être assurés que l’idée sioniste s’élancera plus avant et plus haut que jamais auparavant. »

Si Theodor Herzl meurt en 1907 sans avoir obtenu le soutien public britannique qu’il espérait, son successeur Haïm Weizmann réussit dix ans plus tard, le 2 avril 1917 : le secrétaire au Foreign Office, Lord Arthur James Balfour, déclare que le gouvernement de Sa Majesté « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif

et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non-juives existant en Palestine, ou aux droits et statut politiques dont les Juifs jouissent dans tout autre pays ».

Cette « déclaration Balfour » contredit les autres engagements que la Grande-Bretagne avait déjà pris à l’époque. D’abord la promesse faite en 1916 au chérif Hussein, comme à Ibn Saoud, en échange de leur participation à la guerre contre les Turcs, de« reconnaître et soutenir l’indépendance des Arabes ». Ensuite, les accords Sykes-Picot passés la même année avec les Français, qui partagent entre les deux pays le grand royaume soi-disant destiné aux Arabes et qui internationalisent la Palestine, sans y prévoir d’ailleurs de Foyer national juif. Arthur Koestler a résumé d’une très belle formule cette opération : « Une nation a solennellement promis à une seconde le territoire d’une troisième. »

Londres compte effectivement, à l’époque, sur le mouvement sioniste dans l’immédiat pour renforcer le camp allié dans la guerre contre l’Allemagne qui s’éternise, mais surtout pour s’assurer, après guerre, une mainmise sur le Proche-Orient. De fait la Palestine, théoriquement internationalisée par les accords Sykes-Picot, devient en 1920 un mandat britannique. Elle représente, en effet, le carrefour stratégique de toutes les routes de l’Orient et notamment la protection directe du canal de Suez.

Les espoirs sionistes ne vont donc pas être déçus. Les hauts-commissaires britanniques successifs en Palestine vont couvrir la création d’un embryon d’État juif. Entre 1917 et 1948, les Juifs passent de 10 % à 30 % de la population de la Palestine, la superficie agricole qu’ils cultivent est multipliée par trois, le nombre de leurs colonies par dix, et leur indice de production industrielle par cinquante. L’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne renforce considérablement l’afflux d’immigrants et de capitaux juifs en Palestine. L’Organisation sioniste signe d’ailleurs avec les autorités nazies, dès 1933, l’accord dit Haavara qui permet et facilite cette immigration d’hommes et de capitaux.

Mais si le calcul est bon du côté sioniste, il l’est beaucoup moins du côté britannique. Londres a sous-estimé la résistance des Arabes. Le mécontentement contre la trahison par les Britanniques de leurs promesses, déjà vif en 1917, grandit durant l’entre-deux guerres au fur et à mesure de la construction du Foyer national juif, en violation de la clause du Mandat qui protège les populations non-juives, majoritaires...

D’où des révoltes de plus en plus massives et de plus en plus violentes, suivies chaque fois d’une commission d’enquête et de livres blancs d’une Grande-Bretagne soucieuse de ne pas miner son pouvoir en Palestine et donc au Moyen-Orient en général. Des premiers heurts graves ont lieu en mai 1921, suivis d’un premier Livre blanc en 1922. Les incidents plus graves de 1929 sont suivis d’un nouveau Livre blanc en 1930. En 1936 éclate une véritable grève insurrectionnelle palestinienne, qui dure près de trois ans. Après l’avoir réprimée sauvagement avec l’aide des milices juives, Londres tente de tirer les leçons politiques de ce qui s’est passé.

Le coup d’essai rate : la commission conduite par Lord Peel - qui propose, en 1937 déjà, le partage de la Palestine, mais aussi un « transfert » des populations arabes vivant dans la partie allouée au futur État juif - se heurte au refus de toutes les parties prenantes, aussi bien juives que palestiniennes. En fait le Livre blanc du 17 mai 1939 pour enregistrer un véritable tournant de la politique britannique. Il prévoit, lui, des mesures draconiennes :

limitation de l’immigration juive à 75 000 personnes pendant cinq ans, après quoi toute immigration suivante sera soumise au consentement arabe ;
interdiction de l’achat de terres par le mouvement sioniste dans l’essentiel du pays et réduction drastique ailleurs ;

Bref, la Palestine, vouée à l’indépendance dans les dix ans, serait certaine de rester majoritairement arabe. Pourquoi ce retournement britannique ? L’intérêt supérieur du Royaume-Uni est en jeu : le conflit entre Juifs et Arabes en Palestine atteint une telle acuité que les dirigeants des pays arabes voisins menacent Londres de renverser leurs alliances, c’est-à-dire de répondre aux avances de l’Allemagne nazie. Cette pression est d’au- tant plus efficace que Londres, comme Paris, s’inquiète de la montée en puissance de l’Allemagne hitlérienne, très active dans la région. D’où une rupture durable entre Londres et le mouvement sioniste. Le Livre blanc s’appliquera jusqu’au retrait britannique, le 14 mai 1948. Et l’al- lié d’hier - le mouvement sioniste - ira jusqu’à l’action terroriste pour forcer Londres à abandonner dans un premier temps cette politique, puis dans un second temps son Mandat lui-même sur la Palestine.

29 NOVEMBRE 1947 : Le plan de partage de l’ONU

La Seconde Guerre mondiale marque un véritable tournant dans le conflit israélo-palestinien. Jusque-là, l’idée sioniste restait minoritaire, y compris parmi les juifs largement intégrés dans les différents pays où ils vivaient, en particulier en Europe. Le génocide change tout :

concrètement, des centaines de milliers de juifs survivants du génocide ne peuvent pas ou ne veulent pas rentrer dans leur pays d’origine et se voient refuser toute immigration souhaitée vers les États-Unis. Le mouvement sioniste en profite pour organiser une immigration « illégale » vers la Palestine ;
idéologiquement, l’extermination de six millions de juifs donne une légitimation tragique au combat des sionistes pour un État juif, notamment aux yeux des consciences occidentales travaillées par un sentiment - justifié - de culpabilité. Dès le congrès sioniste de Baltimore, aux États-Unis, en 1942, qui fixe explicitement l’objectif de l’État juif, David Ben Gourion lance : « Qui veut et peut garantir que ce qui nous est arrivé en Europe ne se reproduira pas ? [...] Il n’y a qu’une sauvegarde : une patrie et un État. » On imagine la force de l’argument en 1945 après la découverte de la Shoah...

Or l’opinion occidentale ignore tout des Palestiniens, lesquels ne font pas grand chose pour s’en faire comprendre : les dirigeants arabes palestiniens, en tête le grand mufti (de retour de Berlin où il a supervisé pendant deux ans les divisions SS musulmanes), boycotteront les commissions d’enquête internationales, en premier lieu l’Unscop qui séjourne en Palestine durant l’été 1947.

Londres a passé la main sous les pressions conjuguées à la fois du mouvement sioniste et de la Maison-Blanche, très sensible à l’argumentation de celui-ci - sans oublier l’opinion britannique elle-même qui veut sortir du bourbier. Les deux autres grandes puissances - l’URSS et les États-Unis - prônent le partage, avec la volonté d’utiliser la Palestine comme un levier pour mettre fin à la domination britannique sur le Proche-Orient. Rien d’étonnant dès lors si, le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies, à la majorité requise des deux tiers, adopte la résolution 181 :

un État juif sur 56 % de la Palestine - dont les juifs représentent à l’époque 32 % de la population et ne détiennent que 7 % des terres ;
un État arabe sur les 44 % restants ;
un régime de tutelle internationale pour Jérusalem et les Lieux saints (« corpus separatum »).

La guerre civile commence le jour même de la décision des Nations unies. Six mois plus tard, les forces juives, financées par les États-Unis et armées par l’URSS via Prague, se sont emparées de la plupart des villes arabes et ont déjà chassé le 14 mai 1948 près de quatre cent mille Palestiniens du territoire prévu pour l’État juif. Le Plan de partage est déjà mort lorsqu’Israël proclame son indépendance.

14 MAI 1948 : La déclaration d’indépendance d’Israël

La déclaration d’indépendance d’Israël constitue un tournant majeur de la première guerre israélo-arabe :
côté israélien, car le texte de la déclaration oublie délibérément qu’un second État a été prévu par l’ONU dans le plan de partage : « En vertu du droit naturel et historique du peuple juif, et de la résolution des Nations unies, dit le texte, nous proclamons par le présent acte la création de l’État juif de Palestine qui prendra le nom d’Israël. » Contrairement à tous les usages, cette déclaration ne définit pas les frontières du nouvel État. Bref, on mesure là que les dirigeants sionistes veulent, en fait, au-delà de que que l’ONU a prévu, l’État juif le plus grand possible et le plus « homogène » possible.

côté arabe, car la déclaration d’indépendance d’Israël est immédiate- ment suivie par l’intervention des armées des États arabes voisins, officiellement pour empêcher la naissance de l’État juif. En fait, les historiens le confirment, le roi Abdallah de Jordanie veut s’emparer du territoire prévu pour l’État arabe, et les autres pays arabes entendent l’en empêcher. Aucun de ces pays ne souhaite une Palestine arabe indépendante. Entre le 15 mai 1948, date de l’entrée des troupes arabes en Pales- tine, et le 10 mars 1949, date de la dernière bataille de la guerre (prise d’Umm Rashrash, future Eilat), une alternance de combats et de trêves débouche pour les Palestiniens sur la Nakba, c’est-à-dire la « catastrophe ». Le bilan de la première guerre israélo-palestinienne, puis israélo-arabe, est le suivant : Israël a augmenté d’un tiers la superficie prévue pour lui par les Nations unies, il se répartit ce qui reste de l’État arabe avec la Transjordanie, qui annexe la Cisjordanie et l’Égypte, qui obtient la tutelle de Gaza. Et dans cette période huit cent mille Palestiniens ont pris les chemins de l’exil.

Longtemps, cette guerre a été racontée par ses vainqueurs. Le récit israélien a dominé. Mais tout a changé dans les années 1980, avec l’apparition des « nouveaux historiens » israéliens qui ont trouvé dans les archives israéliennes de quoi ébranler trois mythes fondamentaux :

Premièrement celui d’une menace mortelle qui aurait pesé sur Israël à l’époque : contrairement à l’image d’un frêle État juif à peine né et déjà confronté aux redoutables armées d’un puissant monde arabe, les « nouveaux historiens » établissent la supériorité croissante des forces israéliennes (en effectifs, armement, entraînement, coordination, motivation...), à la seule exception de la courte période allant du 15 mai au 11 juin 1948. De surcroît, l’accord tacite passé entre Golda Meïr et le roi Abdallah, le 17 novembre 1947, bouleversait la situation stratégique : la Légion arabe, seule armée arabe digne de nom, s’engageait à ne pas franchir les frontières du territoire alloué à l’État juif en échange de la possibilité d’annexer celui prévu pour l’État arabe. Abdallah tiendra sa promesse. Et, de fait, le partage du 17 novembre se substituera à la fin de la guerre à celui du 29 novembre...

Le deuxième mythe concerne l’exode des Palestiniens. Selon la thèse traditionnelle, ceux-ci ont fui à l’appel des dirigeants palestiniens et arabes. Or les « nouveaux historiens » n’ont pas trouvé la moindre trace d’un tel appel, ni par écrit, ni par radio. En revanche, de nombreux documents attestent, sinon d’un plan d’expulsion global, en tout cas de pratiques d’expulsion généralisées, notamment suite à des massacres comme celui de Deir Yassin. Le premier bilan de l’expulsion est dressé par les Services de renseignements de la Hagana en date du 30 juin 1948 et il porte sur la première période (judéo palestinienne) de la guerre : il estime que 73 % des 391 000 départs recensés ont été directement provoqués par les Israéliens. Durant la seconde période (israélo-arabe), une volonté d’expulsion ne fait plus le moindre doute avec le symbole de l’opération de Lydda et Ramlah, d’où, le 12 juillet 1948, 70 000 civils sont évacués militairement (près de 10 % du total !), sous la conduite d’Itzhak Rabin et avec le feu vert du Premier ministre Ben Gourion.

Le troisième mythe concerne la volonté de paix d’Israël au moment des négociations de 1949. Dans une première phase, Tel-Aviv a effectivement fait une ouverture : le 12 mai, sa délégation ratifie, avec celles des États arabes, un protocole réaffirmant à la fois le plan de partage de l’ONU et la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies du 11 décembre 1948. En clair, cela signifie qu’Israël reconnaît le droit à l’existence d’un État arabe en Palestine et le droit au retour des réfugiés, mais aussi que les Arabes reconnaissent le droit à l’existence d’un État juif en Palestine. Mais, ce même 12 mai, l’État juif est admis à l’ONU. Dès lors, confiera Walter Eytan, codirecteur général du ministère israélien des Affaires étrangères, « mon principal objectif était de commencer à saper le protocole du 12 mai, que nous avions été contraints de signer dans le cadre de notre bataille pour être admis aux Nations unies ». De fait, la conférence de Lausanne finira dans une impasse. Israël s’oppose à

tout retour des réfugiés palestiniens. Et pour cause : la loi dite « propriétés abandonnées » lui permet de mettre la main sur les biens arabes. Selon un rapport officiel, le jeune État a ainsi récupéré trois cent mille hectares de terres ; plus de quatre cents villes et villages arabes disparaîtront ou deviendront juifs.

Tout se passe comme si les fondateurs d’Israël ont cru pouvoir effacer le peuple palestinien d’un coup de gomme. Les quinze années qui suivent semblent donner raison à ceux qui rêvent d’une assimilation des Palestiniens dans les pays arabes. Faute d’une organisation représentative, ils disparaissent même de la scène politique. Mais l’apparition de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) va changer la donne.

30 MAI 1964 : La création de l’OLP

La naissance de l’OLP sous l’égide égyptienne résulte d’une décision de la Ligue arabe. Mais elle exprime aussi la nécessité pour ces régimes de tenir compte de la réalité palestinienne nouvelle, et en premier lieu, de la formation en exil d’une élite palestinienne de très haut niveau culturel et politique.

Bien plus qu’Ahmed Choukeyri, placé à la tête de l’OLP par Nasser, Yasser Arafat symbolise la nouvelle génération palestinienne : jeune ingénieur, plus radical et plus indépendant des pays arabes, président de l’Union des étudiants palestiniens de 1952 à 1956, il a créé avec ses amis au Koweït, en 1959, le mouvement Fatah.

Dix ans après sa fondation, ce dernier deviendra le principal courant de l’OLP et en prendra la direction. Cette marche vers le pouvoir a aussi permis l’évolution stratégique de l’OLP en plusieurs étapes :

1er janvier 1965, la branche militaire du Fatah effectue sa première opération en Israël. Ce modèle du combattant, le Fedaï, mobilise largement la jeunesse palestinienne.

1967, la défaite arabe au cours de la guerre des Six Jours radicalise l’OLP.

22 mars 1968, au lendemain de la bataille presque légendaire de Karameh (en Jordanie), les organisations de fedayin intègrent l’OLP qui adopte sa « Charte nationale ».

4 février 1969, Yasser Arafat devient président du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine.

Cet événement marque la victoire de la stratégie de la lutte populaire armée. Mais cette ligne se heurtera, comme on le verra, aux événements dans lesquels l’OLP sera entraînée, souvent contre sa volonté, en Jordanie puis au Liban. D’où la nécessité d’adapter son orientation.

Sans entrer dans les détails, on peut résumer le long débat interne au sein de l’OLP en le qualifiant de lutte entre « jusqu’au-boutistes » et « réalistes » :

dans un premier temps, suite au revers subi en Jordanie, l’OLP se lance - sous couvert de l’organisation « Septembre noir » - dans une stratégie terroriste ;

dans un deuxième temps, après la guerre d’octobre 1973, elle accumule plusieurs succès qui vont mettre fin au recours aux attentats et renforcer en son sein le courant politique : la reconnaissance de l’OLP comme « seul représentant du peuple palestinien » par le sommet arabe de Rabat en 1973 et l’invitation de Yasser Arafat à l’Assemblée générale des Nations unies en 1974 sont des grandes victoires pour les « réalistes » ;

d’où, dans un troisième temps, une évolution accélérée qui va voir l’OLP passer du mot d’ordre de « Palestine laïque et démocratique » - qui implique la destruction de l’État d’Israël - à celui de construction d’un État « sur toute partie libérée de la Palestine » - qui admet, de fait, l’existence d’Israël. Malgré le front du refus, constitué par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et quelques autres organisations, l’objectif d’une coexistence entre deux États s’impose entre 1974 et 1977.

Mais revenons auparavant au grand tournant du conflit Proche-Orient.

JUIN 1967 : Israël occupe la Cisjordanie et la bande de Gaza

La troisième guerre israélo-arabe - dite guerre des Six Jours - constitue une étape décisive. Jusqu’en 1967, Israël occupe plus que le territoire prévu par l’ONU, mais le reste de la Palestine demeure dans des mains arabes. La Jordanie et l’Égypte n’ont d’ailleurs jamais profité de la situation pour créer un État palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Le 12 juin 1967 introduit un changement radical : l’État juif, qui vient de s’emparer - outre le Sinaï et le Golan - de Jérusalem- Est, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, occupe ainsi la totalité de la Palestine. Il détient désormais seul la clef du problème palestinien.

Au début, le gouvernement et les diplomates israéliens présentent les Territoires occupés en 1967 comme une carte qu’ils sont prêts à jouer dans des négociations : conformément à la résolution 242, adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU le 22 novembre 1967, il s’agit d’échanger la Cisjordanie et Gaza contre la paix. Cette promesse de négociation n’est pas vérifiable, puisque les États arabes réunis à Khartoum refusent toute négociation.

En même temps, Israël annexe dès juillet 1967 Jérusalem-Est et proclame la ville « réunifiée » capitale d’Israël. Cette décision, comme celle de 1949 de faire de Jérusalem-Ouest sa capitale, viole toutes les résolutions de l’ONU : la résolution 181 du plan de partage de 1947 prévoyant un « corpus separatum », les textes des armistices de 1949, la résolution du 19 décembre 1949 qui réaffirmait l’internationalisation de Jérusalem, sans oublier la résolution 242.

Mais surtout la volonté de colonisation des Territoires occupés s’af- firme. Dès juillet 1967, de premières colonies y sont établies et le vice- Premier ministre israélien Allon présente un plan portant son nom qui prévoit l’annexion de près d’un tiers de la Cisjordanie et la multiplication des colonies dites de « sécurité », en particulier dans la vallée du Jourdain. Toutefois, dix ans plus tard, le nombre total de colons n’est que de cinq mille, contre plus de deux cent mille aujourd’hui (sans compter les deux cent mille habitants juifs de Jérusalem-Est).

Par ailleurs, l’occupation des Territoires à partir de 1967 en refait le centre du combat palestinien. Cette tendance est soulignée à la fois :

Positivement, par la montée de la puissance de la résistance « de l’intérieur » - de l’insurrection de 1981 jusqu’à la première Intifada, née fin 1987 ;

Négativement, par les échecs subis par l’OLP en Jordanie et au Liban.

16 SEPTEMBRE 1970 : « Septembre noir »

Après la guerre des Six Jours, l’OLP considère que la Jordanie constitue sa base arrière numéro un pour mener la lutte armée contre Israël. Cette stratégie pose de graves problèmes au régime hachémite :
à court terme, le pays subit durement des représailles israéliennes après chaque opération des fedayin ;
à plus long terme, le développement d’un contre-pouvoir palestinien sape l’autorité du roi Hussein et gêne ses tentatives de règlement ;

Mais l’essentiel est ailleurs : le « petit roi » sait que son trône est d’autant plus fragile que la majorité de la population est palestinien- ne. Hussein veut donc « récupérer » la Cisjordanie par un accord avec Israël pour réunifier les deux rives, comme son grand-père Abdallah l’avait fait. Il redoute la tentation de transformer la Jordanie en État palestinien propre à la droite israélienne et aux organisations les plus radicales de l’OLP. Ces dernières sont à l’origine de la crise de 1970-1971 en Jordanie : pour elles, « la route de Jérusalem passe par Amman ». D’où la provocation du 7 septembre 1970, lorsque des hommes de George Habache détournent trois avions occidentaux sur Zarka et les font exploser. Le roi Hussein saisit l’occasion et lance son armée contre les fedayin le 16 septembre 1970.

L’aviation et les chars syriens menacent d’intervenir aux côtés de l’OLP. Mais la pression d’Israël - prêt à intervenir si le trône est en danger - et du secrétaire d’État américain Henry

Kissinger - qui couvre l’éventuelle entrée en lice de l’État juif - suffisent à Hafez Al-Assad pour refuser de fournir une couverture aérienne aux blindés syriens entrés en Jordanie. Les Palestiniens sont écrasés par l’armée hachémite. Les combats, qui se terminent le 27 septembre, font des milliers de victimes - dont Gamal Abdel Nasser qui meurt d’une crise cardiaque après avoir obtenu un cessez-le-feu entre la Jordanie et l’OLP.

C’est « Septembre noir », marqué par des massacres massifs non seulement de fedayin mais aussi de civils dans les camps palestiniens. Un an plus tard, l’OLP a été complètement expulsée de Jordanie.

13 AVRIL 1975 : Le début de la guerre civile libanaise

Le piège libanais va se refermer sur l’OLP selon le même schéma que le piège jordanien :
après son expulsion de Jordanie, le Liban devient la seule base arrière de l’OLP à proximité d’Israël ;
les opérations des commandos palestiniens contre l’État juif entraînent des représailles dont la population libanaise est aussi victime ;
les dirigeants libanais sont de plus en plus inquiets de voir les Palestiniens constituer un État dans l’État, avec des camps de réfugiés, des milices, des quasi-ministères, des services d’aide sociale, etc.

La présence palestinienne, légalisée par les accords du Caire en novembre 1969, est d’autant plus mal vécue qu’elle bouscule l’équilibre déjà précaire du Liban, dont le système économique, social, politique et institutionnel, hérité du Pacte national de 1943, repose sur l’hégémonie des chrétiens maronites et l’alliance de ceux-ci avec l’élite sunnite, elle-même dominante parmi les musulmans.

Or l’évolution démographique a bouleversé ce schéma : la majorité est musulmane et non plus chrétienne et, parmi les musulmans, chiite et non plus sunnite. La construction libanaise doit donc être réformée pour tenir compte des réalités. Mais les élites ne sont pas prêtes à renoncer à leurs avantages économiques et politiques. Au lieu de négocier la transformation du système, elles s’arc-boutent sur leurs privilèges au risque d’un affrontement avec les forces réformatrices, regroupées au sein du Mouvement national. Ce dernier, quant à lui, cherche à créer le rapport de forces le plus favorable possible pour obtenir la laïcisation de l’État : il fait donc tout pour entraîner les fedayin à ses côtés dans cette bataille. Si la direction de l’OLP est consciente du danger, le FPLP et le FDLP foncent tête baissée dans le piège qui leur est tendu. Les Phalangistes en appellent à la Syrie, qui intervient le 1er juin 1976, écrase le Mouvement national et les Palestiniens, avant de se retourner contre ceux qui l’avaient appelée. Les troupes de Damas sont d’ailleurs toujours là, vingt-six ans après...

On n’a pas le temps de faire ici l’histoire de la guerre civile libanaise. La fusillade dont un bus palestinien est victime dans le faubourg d’Aïn Al Remmaneh, le 13 avril 1975, marque le début de quinze années de combats sanglants, dont les Palestiniens sont parmi les premières victimes, du massacre de Tall Al Zaatar pendant l’été 1976 par les Syriens et des Phalangistes, à celui de Sabra et Chatila en 1982 par les milices chrétiennes sous les yeux d’Ariel Sharon...

17 MAI 1977 : La victoire du Likoud en Israël

On a parfois la tentation de considérer le Parti travailliste et le Likoud comme « blanc bonnet et bonnet blanc ». Comme toutes les formules simplistes, celle-ci n’aide pas à comprendre. Ainsi la victoire de la droite et de l’extrême droite en 1977, pour la première fois dans l’histoire d’Israël, marque un tournant redoutable pour les Palestiniens.

Certes, le Parti travailliste est l’héritier de la ligne nationaliste de David Ben Gourion. À partir de 1967 notamment, il assume l’occupation et la colonisation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza - comme celles du Golan. Mais Menahem Begin, après la victoire du Likoud aux élections législatives le 17 mai 1977, radicalise tous azimuts la politique du gouvernement travailliste :

il intensifie la colonisation dans tous les Territoires occupés - et plus seulement dans les « zones de sécurité ». Lors de l’arrivée au pouvoir de Itzhak Rabin, quinze ans plus tard, on compte 110 000 colons en Cisjordanie, 120 000 à Jérusalem-Est, 4 000 à Gaza, 12 000 dans le Golan ;
le chef du Likoud multiplie les opérations militaires ou répressives contre la Résistance palestinienne, depuis la première intervention massive au Sud-Liban en 1978 jusqu’à l’invasion totale du Liban en 1982, en passant par la répression extrêmement violente de l’in- surrection des Territoires occupés de mai 1981 ;
car le projet de Menahem Begin va bien au-delà de ceux de ses prédécesseurs : il affirme clairement sa volonté de réaliser Eretz Israël - le Grand Israël.

Le gouvernement du Likoud est d’autant plus inquiétant, qu’il sait conjuguer une plus grande fermeté sur les principes et une plus grande souplesse quant à la tactique. Le meilleur exemple est celui des négociations entre Israël et l’Égypte, sous l’égide des États-Unis, à Camp David.

17 SEPTEMBRE 1978 : Les accords de Camp David

Le 19 novembre 1977, Sadate effectue une visite surprise à Jérusalem. Le raïs égyptien estime avoir remporté une victoire psychologique suffisante lors de la première phase de la guerre du Kippour, en octobre 1973, pour rechercher avec Israël la paix dont son pays a besoin.

Pendant un temps pris à contre-pied, Begin se ressaisit et exploite à fond le désir de Sadate et du président Carter d’aboutir à un accord rapide. Sachant que les questions de l’arrêt de la colonisation, du retrait israélien de la Cisjordanie et de Gaza et de l’autodétermination des Palestiniens sont les plus difficiles pour lui, il focalise les négocia- tions sur... ce qui n’est pas négociable : le retrait évident d’Israël du Sinaï et la normalisation, évidente en cas d’accord de paix, des relations égypto-israéliennes. Il obtient ainsi la dissociation des deux dossiers : le document de Camp David du 17 septembre 1978 comprend deux « accords-cadres » :
le premier concerne la conclusion de la paix entre l’Égypte et Israël qui aboutira effectivement au traité du 26 mars 1979. L’Égypte récupérera le Sinaï le 25 avril 1982, en échange de la normalisation entre les deux pays ;
en revanche, dans le second texte consacré aux Palestiniens, si Israël a dû accepter la mention de la résolution 242, le processus proposé est mort-né, et c’est en vain que l’Égypte tente d’entraîner la Jordanie et l’OLP dans la négociation.

Ainsi Menahem Begin a obtenu en échange du Sinaï - secondaire pour Israël - quelque chose au contraire essentiel pour lui : une paix séparée qui élimine le risque d’une guerre sur plusieurs fronts. Pour preuve : un mois et demi après la normalisation égypto-israélienne, le 25 avril 1982, Tsahal se lance dans l’invasion du Liban.

6 JUIN 1982 : L’invasion du Liban par Israël

« Paix en Galilée » est le nom officiel de l’opération déclenchée le 6 juin 1982 par Israël au Liban pour y liquider la structure politico-militaire de l’OLP. Mais la fiction d’une intervention limitée à quarante kilomètres au nord de la frontière libano-israélienne ne tient pas longtemps : sur ordre du ministre de la Défense, Ariel Sharon, Tsahal remonte jusqu’à Beyrouth.

Mais, contrairement aux espoirs des organisateurs, l’opération s’en- lise. Non seulement le siège de Beyrouth dure plus de deux mois, mais les fedayin ont déjà embarqué sous la protection de la Force multinationale dans des bateaux français, le 30 août, lorsque les Israéliens pénètrent dans la capitale libanaise, le 15 septembre. La veille, l’homme des Phalanges et d’Israël, Bechir Gemayel, a été assassiné. Le lendemain commencent les massacres des camps palestiniens de Sabra et de Chatila par les hommes (si on peut dire) des Forces libanaises et de l’Armée du Liban sud, sous les yeux de l’état-major israélien. Pour l’État juif, l’aventure libanaise se transforme en un bourbier sanglant, coûteux humainement et désastreux politiquement. Il suffit de comparer les objectifs affichés et les résultats :

Ariel Sharon voulait mettre en place un Liban avec un gouverne- ment fort, à direction chrétienne, capable de sortir le pays de la guerre civile et de signer une paix durable avec Israël. Or l’accord de paix israélo-libanais du 17 mai 1983 ne durera pas plus long- temps que le pouvoir d’Amine Gemayel.

Ariel Sharon voulait « détruire totalement et pour toujours les terroristes de l’OLP. » Or, si la centrale palestinienne a perdu beaucoup de combattants, si elle est privée de son quasi-État et dépossédée de sa dernière base proche des masses palestiniennes, c’est-à-dire des Territoires occupés, elle n’est pas pour autant détruite.

Ce qui explique pourquoi, trois ans après, Israël finit par se replier sur la bande dite « de sécurité », au Sud-Liban, avec des pertes considérables : des centaines de morts, des milliers de blessés, des milliards de dollars gaspillés, sans compter la dégradation de l’image de l’État juif à l’étranger.

Pour les Palestiniens, la leçon est claire : ils ne remporteront pas le combat pour l’autodétermination ailleurs qu’en Palestine même. Ce n’est pas un hasard si, deux ans après le repli israélien du Liban, l’Intifada se déclenche.

7 DÉCEMBRE 1987 : Le déclenchement de l’Intifada

À Gaza, le 7 décembre 1987, un accident de circulation entre un véhicule israélien et un taxi collectif palestinien, dont deux occupants meurent, met le feu aux poudres. Le soulèvement durera trois ans, malgré une répression brutale - mais sans commune mesure avec la répression actuelle.

Avec le recul, l’Intifada représente le bond qualitatif le plus important du mouvement palestinien depuis 1967. C’est un mouvement populaire massif et non armé, de longue durée, dont les effets se font sentir :

sur l’opinion israélienne qui, comprenant que le statu quo n’est pas durable, vit une lente bipolarisation : une fraction minoritaire opte pour l’annexion des Territoires occupés et même pour le « transfert » de leurs habitants, mais une majorité choisit la recherche d’une paix de compromis ;

sur la stratégie de la Jordanie, où le roi Hussein renonce au rêve de récupérer la Cisjordanie conquise par son grand-père Abdallah et perdue en 1967 ;

sur l’OLP elle-même, qui est transformée, par la décision jordanienne de renoncer à la Cisjordanie, en interlocuteur incontournable pour Israël et la communauté internationale ;

sur l’opinion internationale qui est choquée par le spectacle d’une armée puissante réprimant durement des jeunes ne lançant - à l’époque - que des pierres.

D’autant que les Palestiniens lui donnent un débouché politique avec le Conseil national palestinien d’Alger de novembre 1988, qui franchit un triple pas :

il proclame l’État indépendant de Palestine ;

il accepte comme bases de règlement les résolutions des Nations unies : la résolution 181 de l’Assemblée générale de 1947 (partage), la 242 du Conseil de sécurité de 1967 (échange de territoires contre la paix) et la 338 du Conseil de sécurité de 1973 qui actualise la précédente ;

il condamne explicitement toute forme de terrorisme.

La reconnaissance d’Israël sera confirmée le 15 décembre 1988 par Yasser Arafat devant l’Assemblée générale des Nations unies, réunie à Genève. Les États-Unis lui ayant demandé de traduire explicitement la déclaration du Conseil national palestinien, le chef de l’OLP prononce les mots magiques. Ceci provoque un véritable bouleversement du paysage proche-oriental :

le soutien à l’Intifada grandit, l’État de Palestine, proclamé à Alger, est reconnu à l’époque par quatre-vingt-dix pays, c’est-à-dire plus que le nombre de pays qui reconnaissaient l’État d’Israël ;

le président Ronald Reagan annonce l’ouverture du dialogue américano-palestinien ;

les dirigeants israéliens, de plus en plus isolés, entament une longue période de résistance, puis Itzhak Shamir, qui dirige le gouvernement israélien, essaye de manœuvrer en retrait pour éviter les plans américains de paix successifs. Itzhak Shamir disait à propos du plan Shultz (secrétaire d’État de Ronald Reagan) : « Je suis d’accord sur un seul point, la signature ! »

Cette impasse au Proche-Orient favorise les plans de Saddam Hussein qui espère en profiter pour assurer le leadership de l’Irak sur la région. D’où la crise puis la guerre du Golfe, après laquelle seulement on reviendra à la négociation interrompue à laquelle Israël devra cette fois participer.

30 OCTOBRE 1991 : La Conférence de Madrid

Malgré la survie de la dictature de Saddam Hussein, la guerre du Golfe se solde pour les États-Unis par une grande victoire :
ils ont réaffirmé leur leadership mondial et régional face au défi de l’Irak, mais aussi de l’URSS en décomposition et des Occidentaux qui sont contraints de suivre leur grand allié. James Baker parle du « test politique de l’après-guerre froide. L’Amérique doit diriger » ;

ils ont commencé à redessiner politiquement la carte du Proche- Orient en leur faveur avec la vaste alliance anti-irakienne ;

ils ont renforcé leur mainmise sur le pétrole (la région détient 65 % des réserves mondiales).

Ces modifications fondamentales entraînent un infléchissement stratégique dans la politique américaine. Certes, Israël demeure l’allié le plus puissant, le plus fiable et le plus durable. Mais cette alliance est relativisée par la disparition de la « menace » soviétique. La priorité pour Washington est désormais la stabilisation des acquis de la guerre du Golfe. Or le « consensus stratégique », dont l’Amérique a toujours rêvé au Proche-Orient, achoppe comme toujours sur le conflit israélo- arabe, donc en dernier ressort sur le problème palestinien.

D’où la pression sans précédent des États-Unis sur Israël pour négocier un compromis. Avec deux atouts : l’affaiblissement du lobby pro-israélien en Amérique et la dépendance croissante de l’État juif vis-à-vis des États-Unis du fait du coût fantastique que représente l’intégration des juifs qui arrivent de l’Union soviétique.

Un an, jour pour jour, après l’occupation du Koweït, Itzhak Shamir est contraint d’accepter le principe de la conférence de paix proposée par les États-Unis, avec une participation palestinienne au sein d’une délégation commune avec la Jordanie. Malgré cette limite, l’ouverture de la conférence de Madrid, le 30 octobre 1991, marque une victoire historique pour les Palestiniens puisque, pour la première fois, ils se retrouvent aux côtés des autres délégations arabes pour négocier avec Israël une paix fondée sur le retrait de celui-ci des Territoires occupés en échange de la normalisation des relations.

Ces négociations bilatérales et multilatérales officielles s’enliseront, mais elles déboucheront sur des tractations, secrètes, à Oslo.

13 SEPTEMBRE 1993 : L’accord d’Oslo

C’est une des images les plus fortes de l’histoire du Proche-Orient : la poignée de mains d’Itzhak Rabin et de Yasser Arafat, sous le regard de Bill Clinton, sur la pelouse de la Maison-Blanche.

La déclaration de principes sur l’autonomie qu’ils viennent de parapher représente, malgré les limites qui reflètent les rapports de forces très défavorables aux Palestiniens, une triple avancée :

pour la première fois, Israël et l’OLP se reconnaissent mutuelle- ment. C’est une nouveauté absolue pour le gouvernement israélien, alors que le Conseil national palestinien, lui, avait franchi ce pas en 1988 ;

les deux signataires affirment vouloir mettre en place une autonomie palestinienne transitoire dans les Territoires occupés par Israël en 1967 ;

ils conviennent théoriquement de trouver une solution définitive, dans les cinq ans, aux questions cruciales qui sont nommées dans le texte : statut, frontières, territoires, avenir des colonies juives, sort des réfugiés, sans oublier Jérusalem.

Ce cadre se remplit avec l’accord du Caire, dit Oslo I, en mai 1994, dont l’application commence sur le terrain au début de 1995. L’armée israélienne se retire progressivement des grandes villes palestiniennes. Yasser Arafat est élu démocratiquement président, à la tête d’un Conseil législatif qui est majoritairement acquis au Fatah. L’Autorité palestinienne se met en place.

Une nouvelle étape est franchie le 28 septembre 1995, avec la signature à Taba d’un nouvel accord, dit Oslo II. Mais cet accord ne sera jamais appliqué puisque, un mois plus tard, le Premier ministre israélien est assassiné.

4 NOVEMBRE 1995 : L’assassinat d’Itzhak Rabin

A-t-il été victime d’un individu isolé ? Ou d’un complot par les ennemis de la paix avec la complicité des responsables des services secrets israéliens ? En tout cas, la droite et l’extrême droite menaient depuis des mois une campagne hystérique contre Oslo et contre son signataire israélien, n’hésitant pas à le dépeindre en uniforme SS.

Avec le recul, il est clair que ce drame a condamné à terme le processus de paix. Les circonstances tragiques de la mort d’Itzhak Rabin ne justifient bien sûr pas qu’on le présente sous les traits d’un pacifiste de toujours : il a été successivement un des acteurs majeur de l’ex- pulsion des Palestiniens en 1948, le dirigeant des principales guerres d’Israël et le chef de la répression de la première Intifada. Mais le vieux général avait tiré des leçons de l’impasse de l’occupation et choisi cou- rageusement d’essayer d’en sortir.

Son successeur, Shimon Peres, va, lui, se suicider politiquement. Le 5 janvier 1996, en période de calme, il donne le feu vert à l’exécution de l’« ingénieur » du Hamas, Yehia Ayache. Le mouvement islamiste riposte par une vague d’attentats terroristes en Israël. Tel-Aviv répond par le blocus des Territoires. Le Hezbollah libanais envoie, par solidarité, des roquettes sur l’État hébreu. Lequel déclenche l’opération des « Raisins de la colère » et commet une « bavure » meurtrière à Canaa. Le résultat, c’est que la droite et l’extrême droite remportent, avec Benyamin Netanyahou, les élections du 29 mai 1996.

À l’exception de l’arrangement de Hebron, le nouveau Premier ministre va bloquer toute négociation sérieuse avec les Palestiniens. Trois ans après, Benyamin Netanyahou est battu par Ehud Barak. Pour la troisième fois en sept ans, la majorité des Israéliens bascule.

25 JUILLET 2000 : L’échec de Camp David

Le nouveau Premier ministre va hélas décevoir les espoirs de paix qui ont été placés en lui. Pendant un an durant, Ehud Barak reporte aussi bien le troisième redéploiement de l’armée israélienne des Territoires occupés que les négociations sur le statut final, qui auraient dû commencer en 1996 !

Lorsque il se tourne enfin, au printemps 2000, vers les Palestiniens, c’est après l’échec de ses négociations avec la Syrie, et le fossé entre les positions des deux parties est très profond. C’est pourquoi Yasser Arafat propose de reporter le sommet. Mais le président Clinton tient à conclure ses deux mandats sur un succès international. Et Ehud Barak rêve d’imposer, grâce à cette situation d’urgence, ses propositions aux Palestiniens, en sous-estimant une donnée fondamentale : cette fois, l’accord n’est pas intérimaire, mais définitif.

Les trois parties se retrouvent donc à Camp David le 11 juillet pour se séparer, deux semaines plus tard, sur un constat d’échec. L’explication souvent donnée est simple, pour ne pas dire simpliste : Ehud Barak a fait une « offre généreuse », et Yasser Arafat l’a refusée. Les propositions de Ehud Barak vont effectivement plus loin qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait été. Mais pas assez loin, ni du point de vue du droit international, ni au regard des conditions nécessaires à la créa- tion d’un État palestinien réellement indépendant et viable :

il aurait, dit-on, promis le retrait de 90 % de la Cisjordanie, mais ce chiffre « oublie » la région de Jérusalem, la vallée du Jourdain et le territoire contrôlé par les colonies (42 % de la Cisjordanie). Surtout, les zones qu’Israël prétend annexer pour regrouper 80 % des colons coupent la Cisjordanie en trois morceaux discontinus ;

sur Jérusalem, il n’y a pas d’avancée décisive. La fameuse déclaration sur le partage de la souveraineté n’interviendra que le 29 septembre ;

de même, sur le sort des réfugiés, il n’y a pas un millimètre d’avancée dans les positions de Ehud Barak à Camp David.

Bref, c’était l’échec annoncé. Malgré la campagne qui a été développée pour en faire porter la responsabilité aux Palestiniens, les faits sont têtus. L’OLP a fait en 1988, en reconnaissant Israël, le principal compromis, puisqu’elle lui a abandonné 78 % de la Palestine mandataire. Et c’est sur les 22 % restants que Ehud Barak exige de nouvelles concessions.

Le Premier ministre israélien pouvait-il aller plus loin ? L’Histoire a tranché : la délégation israélienne est allée beaucoup plus loin cinq mois plus tard lors des négociations de Taba en janvier 2001. Les minutes de l’envoyé spécial de l’Union européenne, Miguel Angel Moratinos, comme les témoignages de plusieurs négociateurs palestiniens et israéliens, confirment que les deux parties ont approché, sur la base des propositions du président Clinton, un accord sur toutes les questions, même sur celle des réfugiés. Hélas, Taba était inutile, Ehud Barak ayant décidé de démissionner, provoquant des élections anticipées en février. C’était un véritable suicide politique pour lui et pour la « gauche » : au lieu de miser sur la conclusion d’un accord à Taba et de se donner quelques mois pour convaincre l’opinion israélienne, le Premier ministre s’est lancé dans un affrontement avec la droite, sans la moindre alternative à la politique de force qu’incarne Ariel Sharon. Le piège qui a été tendu par le vieux général en montant sur l’esplanade des mosquées, le 28 septembre 2000, se referme. Le 6 février 2001, Ariel Sharon est élu Premier ministre d’Israël. La suite est - hélas ! - connue...

Conclusion

En conclusion, je voudrais seulement insister sur un point : les Palestiniens, bien sûr, sont les premières victimes de ce conflit interminable. Sur les quelques deux mille cinq cents victimes recensées de l’Intifada, mille neuf cents sont palestiniennes et six cents israéliennes. Mais le rapport de forces militaire écrasant dont jouit Israël ne doit pas dissimuler les risques majeurs qu’il court aussi à terme. La nature même du conflit est en train de changer. Car il a pris, avec la seconde Intifada et la répression brutale, un tour inconnu depuis 1948 : « On a le sentiment, observait l’historien israélien Tom Segev, de revenir à l’époque du Mandat britannique, qui a précédé la création de l’État d’Israël, où deux communautés s’affrontaient par les armes ». Les vingt-quatre mois écoulés depuis le 28 septembre 2000 préfigurent ce que risque de devenir la bataille de Palestine : une guerre civile, tantôt larvée, tantôt généralisée, entre deux populations imbriquées. Au cœur d’une telle mêlée, la clé de la victoire a pour nom : démographie. Or, dans le « Grand Israël », cher au chef du Likoud, les Arabes deviendront majoritaires en 2010 ; et, en 2020, ils seront 8,1 millions contre 6,7 millions de Juifs. Et cette majorité deviendra vite écrasante.

À défaut d’une immigration juive massive vers Israël, peu vraisemblable malgré l’exploitation cynique que font certains dirigeants israéliens de toutes les manifestations antisémites, Israël, « État juif et démocratique », fera donc face à une contradiction stratégique majeure :

soit il choisira la démocratie, donc il accordera le droit de vote à tous les habitants, auquel cas ce ne sera plus un État juif ;

soit il tiendra à préserver son caractère juif, auquel cas il ne pourra pas être démocratique.

Pis : l’imposition de la loi juive à une majorité arabe, sans cesse plus large, exigera l’instauration d’un véritable apartheid. Ce qui provoquera des soulèvements plus puissants encore que l’actuel, auxquels l’armée israélienne réagira par une répression dont le présent massacre ne représente qu’un avant-goût. Ce scénario comporte une fin possible : l’écrasement des Palestiniens, mais aussi la disparition de l’État d’Israël.

Paradoxalement, quatre-vingt-cinq ans après la « déclaration Balfour », la création d’un État palestinien indépendant et viable est seule à même de sauvegarder la survie d’Israël, en tout cas son caractère juif...

Cela n’est bien évidemment pas le choix d’Ariel Sharon. Il rêve d’une autre solution : l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens, qui repousserait de plusieurs décennies la menace démographique et perpétuerait l’occupation et la colonisation. N’est ce pas à cela qu’il pense lorsqu’il répète inlassablement, depuis son élection : « La guerre de 1948 n’est pas terminée. »

Certes, la réédition des opérations d’expulsion d’il y a quarante quatre ans n’est pas simple, ni militairement, ni politiquement. Mais il y a de quoi s’inquiéter :

l’omniprésence du thème du « transfert » dans les médias et le débat politique israéliens ;

les progrès sensibles du projet de transfert dans l’opinion israélienne : selon un récent sondage du Jaffe Studies Center de Tel-Aviv, 46 % des Israéliens acceptent l’expulsion des Palestiniens des Territoires occupés et 31 % l’expulsion des Palestiniens de l’État d’Israël ;

le sens de l’opération « Rempart ». Certes, elle était destinée, comme tous les observateurs l’ont souligné, à porter des coups décisifs à l’Autorité palestinienne. Mais on n’a pas assez dit que la destruction systématique de toutes les infrastructures, les couvre-feux permanents, les humiliations... avaient aussi pour but de rendre la vie impossible aux Palestiniens et de les pousser ainsi au départ - non sans succès : on estime à plusieurs dizaines de milliers le nombre de Palestiniens - notamment de jeunes, de cadres, de businessman, qui ont quitté les Territoires occupés depuis deux ans.

Il faut absolument mobiliser contre ce risque d’une nouvelle catastrophe. Et la campagne contre la guerre américaine est inséparable de la bataille contre la menace d’une nouvelle expulsion massive.

Dominique Vidal est journaliste au mensuel Le Monde diplomatique et auteur de plusieurs livres sur le Proche Orient dont Les 100 portes du Proche-Orient (éd. l’Atelier, 1996), Palestine 47, un partage avorté (éditions Complexe, 1994) et Le péché originel d’Israël : l’expulsion des Palestiniens revisitée par les « nouveaux historiens » israéliens (éd. l’Atelier, 2002).

Le nettoyage ethnique : Cartographie

Le partage de la Palestine de 1947 à 1949

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La Cisjordanie occupée

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Gaza, détruite et isolée

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1948 : la Palestine des archives aux cartes

lundi 18 février 2008, par Dominique Vidal

Auteur, avec Sébastien Boussois, de « Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949) », publié aux Editions de l’Atelier et qui propose une synthèse de vingt ans de travaux des « nouveaux historiens israéliens », Dominique Vidal fait ici le lien entre les révélations de ces chercheurs et leur traduction cartographique.

De Gaza à Dimona, en passant par Bagdad et Beyrouth, le Proche-Orient subit aujourd’hui encore les conséquences des événements qui se sont déroulés il y a soixante ans. Inversement, le règlement de la question israélo-palestinienne, née avec la Nakba (catastrophe, en arabe), reste la condition nécessaire - même si elle n’est pas suffisante – d’un apaisement régional.

29 novembre 1947 : l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) partage la Palestine en un Etat juif, un Etat arabe et une zone internationale pour Jérusalem et les Lieux saints. 14 mai 1948 : Israël déclare son indépendance et, dès le lendemain, fait face aux armées des Etats arabes qui ont refusé le partage. 20 juillet 1949 : la signature du dernier armistice entre Tel-Aviv et ses voisins (en l’occurrence la Syrie) met fin à vingt mois de guerre judéo-palestinienne, puis israélo-arabe.

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1948-1949 : les différents mouvements militaires de la première
guerre israélo-arabe

Entre ces trois dates, que s’est-il vraiment passé ? C’est ce que les « nouveaux historiens » israéliens, en trente ans de recherches dans les archives ouvertes à partir de 1978, ont largement contribué à expliquer, confirmant d’ailleurs, pour l’essentiel, les thèses de leurs confrères palestiniens. Chacun à sa manière, avec des convictions et une méthodologie différentes, Benny Morris, Ilan Pappé et Avi Shlaïm – entre autres – ont ébranlé les principaux mythes de l’historiographie israélienne traditionnelle :

Contrairement à la légende dépeignant un frêle Etat juif à peine né et déjà confronté aux redoutables armées d’un puissant monde arabe, les « nouveaux historiens » établissent la supériorité croissante des forces juives (en effectifs, armement, entraînement, coordination, motivation...). Israël domine aussi stratégiquement, bénéficiant du soutien politique, diplomatique et militaire des Etats-Unis comme de l’Union soviétique. A quoi s’ajoute l’accord passé le 17 novembre 1947 par Golda Meïr avec le roi Abdallah de Transjordanie : la Légion de ce dernier, seule armée arabe digne ce nom, s’engageait à ne pas franchir les frontières du territoire alloué à l’Etat juif en échange de la possibilité d’annexer celui prévu pour l’Etat arabe ;

Contrairement à la vision d’un Etat juif recherchant, après la guerre, la paix avec ses voisins, les « nouveaux historiens » montrent qu’Israël accepte, dans un premier temps, un protocole reprenant le droit onusien - plan de partage et droit au retour des réfugiés – afin de devenir membre de l’ONU. Mais ses dirigeants saboteront ensuite systématiquement la conférence de Lausanne, comme Walter Eytan, codirecteur général du ministère israélien des Affaires étrangères, le reconnaîtra : « Mon principal objectif était de commencer à saper le protocole du 12 mai, que nous avions été contraints de signer dans le cadre de notre bataille pour être admis aux Nations unies » [1].

Contrairement à la thèse expliquant le départ des Palestiniens par un appel de leurs dirigeants, les « nouveaux historiens » prouvent que, dans l’immense majorité des cas, il s’est agi d’une expulsion. Ni les archives ni les programmes des radios arabes – enregistrés par la BBC – ne recèlent d’appel national à la fuite. En revanche, les services de renseignement de la Hagana, l’armée clandestine juive, évaluent à près de 400 000 les départs survenus dans la première phase de l’exode (novembre 1947-juin 1948), qu’ils attribuent aux quatre cinquièmes à l’action des armées et milices juives. Et, dans la seconde phase, à partir de juillet 1948, le processus d’expulsion ne fait plus le moindre doute. Un symbole : le transfert forcé, à la mi-juillet 1948, de 70 000 Palestiniens de Lydda et de Ramla - près d’un dixième de l’exode total ! - à la demande de David Ben Gourion par Igal Alon et... Itzhak Rabin...

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Un exode massif forcé

Ph. R. Source : Palestine Land Society (PLS), d’après une carte de Salman Abou-Sitta élaborée principalement à partir des travaux de Benny Morris, Walid Khalidi, Basheer Nijim, B. Mouammer et Mustapha Al-Dabbagh.

Si certains historiens israéliens défendent encore la version officielle de cette tragédie, pour la plupart des chercheurs le débat ne porte plus sur la question « fuite ou expulsion ? », mais sur le caractère planifié, ou non, de cette dernière. Benny Morris s’est récemment rallié à la nécessité du « nettoyage ethnique » [2], contredisant du coup sa thèse de toujours, selon laquelle « le problème palestinien est né de la guerre, et non d’une intention, juive ou arabe » [3]. Celle-ci ne l’empêche toutefois pas d’insister sur l’importance de ce qu’il appelle le « facteur atrocité », précisant même, dans la seconde version de son maître-livre [4] : « Ce que montrent les nouveaux matériaux, c’est que les Israéliens ont commis bien plus de massacres que je ne l’avais pensé auparavant. » Pour sa part, Ilan Pappé consacre tout son dernier livre, le plus convainquant de tous, à « défendre le paradigme du nettoyage ethnique et le substituer à celui de guerre », en recourant aussi bien aux archives qu’aux témoignages oraux [5]. Après une étude sur la place du « transfert » [6] dans la pensée sioniste, il travaille à démontrer dans le détail comment, dès le début des années 1940, la direction du Yichouv, la communauté juive de Palestine, a préparé puis mis en œuvre, étape après étape, l’expulsion des Palestiniens.

Massacres et annexions (1948-1949) Quoiqu’il en soit, la nouvelle carte du Proche-Orient issue de la guerre judéo-palestinienne, puis israélo-arabe ne ressemble guère à celle qu’avait tracée la jeune ONU. L’Etat juif est né, mais il a augmenté son territoire d’un tiers et en a chassé les quatre cinquièmes des Arabes palestiniens qui y vivaient. L’Etat arabe, lui, est mort-né : s’en partagent la dépouille Israël, qui en a conquis une partie, la Transjordanie, qui annexera ce qui reste de la Cisjordanie, et l’Egypte, qui occupe la bande de Gaza. Quant à Jérusalem, elle est coupée en deux pour près de vingt ans : Israël installe bientôt sa capitale à l’ouest, l’est – dont la vieille ville, quartier juif et mur des Lamentations compris – étant aux mains des Jordaniens.

On ne saurait donc comprendre ce premier grand conflit proche-oriental de la seconde moitié du XXe siècle sans avoir recours aux cartes : celle du plan de partage, celle des armistices de 1949, mais aussi, entre les deux, celles des combats et des massacres de la guerre. Indispensable, ce passage par la cartographie l’est d’autant plus qu’une partie des frontières ainsi définies a été effacée par les auteurs et les descendants des faits accomplis à l’époque. Faut-il préciser que rarissimes sont les cartes israéliennes contemporaines à rappeler, par exemple, que la Galilée, la plaine côtière entre Ashdod et la bande de Gaza ainsi qu’une partie du Néguev faisaient partie intégrante de l’Etat arabe ? A l’heure où même la Ligne verte, frontière internationalement reconnue de l’Etat d’Israël avant le 5 juin 1967, disparaît des Atlas, il devient presque subversif de ressusciter les tracés issus du droit international, les différentes phases de son affirmation – et de sa violation… Paradoxalement, la seule frontière vraiment visible, sur le terrain comme sur les cartes, c’est désormais le mur, que pourtant la Cour internationale de justice de La Haye a déclaré illégale et dont elle a exigé, suivie par l’Assemblée générale de l’ONU, la destruction.

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La région vue d’Israël

La flèche précise « Israël était une partie du Proche-Orient ». Source : livre scolaire, Center for Educational Training (CET), 2000.

Dans les livres scolaires israéliens, pas l’ombre d’une Ligne verte...

Source : livre scolaire, Center for Educational Training (CET), 2000.

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Une dernière remarque, au-delà de la seule période de la naissance d’Israël et du problème des réfugiés palestiniens. L’ensemble des cartes que nous publierons, le 14 mars prochain, dans le numéro 98 de Manière de voir, intitulé « Histoires d’Israël », et que nous reprenons partiellement ici, illustrent une période qui s’étend de l’implantation juive en 1920 à la Palestine morcelée de 2008.

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1920 : la Palestine à la veille du mandat britannique

Elles soulignent la continuité du projet conçu par Theodor Herzl, réalisé au fil des décennies par ses héritiers. Elles ne montrent cependant pas – car elle n’est pas aisément cartographiable - la rupture intervenue du fait de la seconde guerre mondiale.

Le passage du Yichouv à l’Etat d’Israël doit en effet beaucoup à la situation qui prévaut après 1945 : le génocide a donné une légitimation tragique à la revendication sioniste d’un Etat, incité les Alliés à la soutenir, et travaillé la mauvaise conscience des opinions dans les pays complices de l’entreprise nazie. Sans oublier les centaines de milliers de personnes déplacées qui, ne pouvant pas rentrer dans leur pays ni émigrer en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, n’ont d’autre choix que l’émigration vers la Palestine. Autant de facteurs qui participent au « lien entre l’Holocauste et Israël » souligné par le grand intellectuel palestinien Edward Saïd…

Bibliographie :

Mohammed Al-Asaad, Mémoires d’un village palestinien disparu, Albin Michel, Paris, 2002.

Joseph Algazy, Dominique Vidal, Le péché originel d’Israël, Editions de l’Atelier, Paris, 2002 (1998).

Alain Gresh, Israël, Palestine. Vérités sur un conflit, Fayard, Paris, 2001.

Ilan Halevi, Question juive, Les Editions de Minuit, Paris, 1981.

Shlomo Sand, Les mots et la terre, Fayard, Paris, 2006.

Michel Warchawski, Sur la frontière, Hachette, Paris, 2004.

Sauf mention contraire, les sources des cartes sont : Howard M. Sachar, History of Israel, Knopf, New York, 1979 ; Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs (Passia) ; Before Their Diaspora, Institute for Palestine Studies, 1984 ; Nations unies, New York ; Alain Gresh et Dominique Vidal, Les 100 clés du Proche-Orient, Hachette, Paris, 2006 ; La Maison de l’Orient, Jérusalem.

Notes

[1] Ilan Pappé, The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, I. B. Tauris, New York, 1992, p. 212.

[2] Cf. son interview au quotidien Haaretz, Tel-Aviv, 8 janvier 2004.

[3] Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge University Press, Cambridge, 1987, p. 286.

[4] The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, Cambridge, 2004.

[5] Ilan Pappé, The Ethnic cleansing of Palestine, One World, Oxford, 2006. Il vient de paraître en français chez Fayard, sous le titre Le Nettoyage ethnique de la Palestine.

[6] Sur la question du « transfert », voir Amira Hass, Ces Israëliens qui rêvent de « transfert », le Monde Diplomatique, 2003.

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GAZA: DEPOT DE PLAINTE AU TRIBUNAL PENAL INTERNATIONAL...

Plainte auprès du Tribunal Pénal International !

publié le samedi 10 janvier 2009.

Photo050Plusieurs associations, dont la CCIPPP, ont entamé une démarche pour porter plainte auprès du TPI pour crimes de guerre contre les dirigeants israéliens. Dans l’article : "Mandat d’Agir en Justice" et argumentaire de la plainte.

Toute association qui souhaite s’y associer doit d’urgence adresser le Mandat d’Agir en Justice, complété, à l’adresse indiquée sur celui-ci.

MANDAT D’AGIR EN JUSTICE

Ce mandat est destiné exclusivement à l’avocat (Le nom du représentant et l’adresse mail ne seront communiqués à quiconque)

L’association

Représentée par

Dont le siège est

Adresse mail (si possible)

Donne mandat à Maître Gilles Devers du Barreau de Lyon, 22 rue Constantine, 69001 LYON, fax 04 72 98 11 09, mail gilles.devers@wanadoo.fr, d’engager toutes démarches adaptées aux fins que la Cour Pénale Internationale soit saisie des crimes de guerre commis à Gaza depuis le 27 décembre 2008.

Les données nominatives et les adresses mail resteront confidentielles

REQUETE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE

Les associations soussignées :

1. Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien

2. Collectif des Musulmans de France

3. Participation et Spiritualité Musulmane

4. Génération Palestine

5. Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie

6. Collectif Palestine 69

7. Union Juive Française pour la Paix

8. Association Muslim Solidarité le Figuier

9. La Voix de l’Eloquence

10. Mouvement des Indigènes de la République

11. El Houda

12. Clarté

13. Réseaux Citoyens

14. Vivre Ensemble

15. Les Rouilleurs

16. A2C

17. Alliance for Freedom and Dignity

18. Association de Solidarité Franco-arabe

19. Association Jeunesse Energie Avignonaise

20. Agir pour la Citoyenneté

21. Synergie 84

22. Alliance de la Jeunesse contre le Racisme, l’Exclusion et la Violence

23. Association Franco-Turque d’Avignon

Ayant pour avocat Maître Gilles Devers, du Barreau de Lyon, 22 rue Constantine, 69001, LYON, Palais n° 239,

Ont l’honneur de vous demander, par application de l’article 8 du Traité de Rome du 17 juillet 1998 instaurant la Cour Pénale Internationale de la Haye, de bien vouloir saisir d’un plainte

d’une part le Conseil de Sécurité (articles 12 et 13 b) à l’encontre de

M. Shimon PERES, Président de l’Etat d’Israël,

M. Ehud OLMERT, Premier Ministre et Ministre des Affaires sociales de l’Etat d’Israël

Mme Tzipi LIVNI, Premier Ministre suppléant et Ministre des Affaires étrangères de l’Etat d’Israël,

M. Ehud BARAK, Premier Ministre adjoint et Ministre de la Défense de l’Etat d’Israël,

d’autre part Monsieur le Procureur auprès de la Cour pénale internationale (article 14) à l’encontre de toute autre personne que l’enquête établira, pour des faits de crimes de guerre commis sur la terre palestinienne de Gaza, à compter du 27 décembre 2008.

PLAN

1. Les faits

1.1. L’engagement par Israël d’une guerre « sans merci »

1.2. Des faits reconnus et condamnés par l’ONU

1.2.1. Déclarations

1.2.1.1. Déclaration de M. Ban Ki-moon

1.2.1.2. Conférence de presse de M. John Holmes et de Mme Karen Koning AbuZayd

1.2.2. Réunion du Conseil de Sécurité du 31 décembre 2008

1.3. Déclarations des autorités françaises

2. En droit

2.1. Les buts de la Cour Pénale Internationale

2.2. La compétence de la Cour

2.2.1. Une compétence matérielle, en référence aux faits commis

2.2.2. Une définition des crimes de guerre

2.3. Le caractère personnel des poursuites

2.4. L’engagement des poursuites 2.4.1. Plainte du Conseil de Sécurité (Article 12 et 13) 2.4.2. Plainte d’un Etat partie au Traité (Article 14)

3. Conclusion

3.1. Sur la recevabilité

3.2. Sur le bien fondé de la plainte

3.3. Sur l’urgence, liée à la flagrance du crime

3.4. Sur l’opportunité

4. Pièces jointes

1. Les faits

1.1. L’engagement par Israël d’une guerre « sans merci »

Le 27 décembre 2008, le gouvernement de l’Etat d’Israël a lancé une opération militaire à l’encontre du territoire de Gaza, sous gouvernement politique du mouvement le Hamas, légitimement élu. Le 29 décembre 2008, le Ministre israélien de la Défense, M. Ehoud Barak, a affirmé devant la Knesset, que l’Etat d’Israël s’était engagé dans une guerre « sans merci ».

Baptisée « Plomb durci », cette opération s’est révélée d’une violence inédite depuis l’occupation des territoires palestiniens par Israël en 1967. Le gouvernement d’Israël a annoncé qu’après une première phase aérienne, viendrait une attaque terrestre. Les offres de cessez-le-feu ont été rejetées, et les ressortissants étrangers ont été évacués.

Une semaine après le lancement de l’opération militaire, les autorités publiques de Gaza déploraient plus de 400 morts et de 2.000 blessés. Ce bilan s’alourdit de jour en jour. De nombreux civils, dont des enfants, figurent parmi les victimes. L’ONU a confirmé ces chiffres. Selon Christopher Gunness, porte-parole de l’Agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa), au moins 25% des Palestiniens tués depuis le début de l’offensive militaire d’Israël sur le territoire de Gaza sont des civils.

De plus, les personnels administratifs du gouvernement et des ministères ne sauraient, au prétexte que le Hamas exerce le pouvoir, être assimilés à des combattants. C’est dire qu’en réalité, seule une minorité de combattants figure parmi les victimes.

De fait, les 1,5 millions d’habitants vivent dans la terreur et se trouvent privés des besoins élémentaires qui assurent la vie, compte tenu de blocus qu’impose Israël.

« Les conditions pour les parents et les enfants à Gaza sont dangereuses et effrayantes. Pour beaucoup de gens, c’est une situation de vie ou de mort », a affirmé dans un communiqué, Maxwell Gaylard, le porte-parole du Coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Proche-Orient (Unsco).

Parmi tant d’autres exemples, la presse internationale a fait état de la mort des cinq filles de M. et Mme Anwar Baaloucha, à Jabaliya, tuées dans leur sommeil, la maison s’étant écroulée après une frappe de l’aviation israélienne sur une mosquée voisine. Les cinq jeunes filles étaient mineures : Jawaher, 4 ans, Dina, 8 ans, Samar, 12 ans, Ikram, 14 ans et Tahrir, 17 ans.

La presse et les organisations humanitaires apportent maints témoignages :
de la disproportion manifeste entre cette offensive militaire et sa cause annoncée, à savoir les tirs de roquettes depuis le territoire palestinien de Gaza, lesquelles ont fait un mort en deux ans ;
des épreuves terribles auxquelles sont exposées les populations civiles qu’il s’agisse de leur sécurité physique ou de la protection de leurs biens.

La presse souligne la violence de l’attaque israélienne et son absence de discernement.

La déléguée générale palestinienne auprès de l’Union Européenne, Leïla Chahid, a accusé Israël de commettre un « crime de guerre » à Gaza et reproché à la communauté internationale d’avoir « laissé tomber la population palestinienne. » Elle a ajouté : « Rien ne justifie le bombardement d’une population civile d’un million et demi de personnes qui vivent sur 356 km2, et dire qu’on est en train de bombarder les combattants du Hamas c’est du non-sens. On est en train de bombarder une population civile, qui est déjà assiégée depuis plusieurs mois (...) C’est un crime de guerre, fondamentalement. »

1.2. Des faits reconnus et condamnés par l’ONU

Cette reconnaissance et ces condamnations ressortent de plusieurs déclarations des hauts responsables de l’ONU et d’une réunion du Conseil de sécurité du 31 décembre 2008

1.2.1. Déclarations 

1.2.1.1. Déclaration de M. Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, le 29 décembre 2008 (SG/SM/12025). Le Secrétaire général de l’ONU manifestant son inquiétude devant « l’ampleur de la violence et du bain de sang qui se produisent à Gaza » a déclaré que « tout en reconnaissant les soucis de sécurité d’Israël concernant les tirs continus de roquettes en provenance de Gaza » il réitérait « fermement, l’obligation d’Israël de se conformer au droit humanitaire international et aux normes régissant les droits de l’homme », condamnant l’usage excessif de la force qui cause des morts et des blessés parmi les civils.

1.2.1.2. Conférence de presse de M. John Holmes, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence du système des Nations Unies et de Mme Karen Koning AbuZayd, Commissaire générale de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), qui intervenait par liaison vidéo depuis Gaza, le 31 décembre 2008.

M. John Holmes a indiqué qu’au 30 décembre le nombre de blessés palestiniens était compris dans une fourchette allant de 1 550 à 1 900 personnes et que, côté israélien, le bilan était de 4 tués et de 30 personnes blessées par des tirs de roquettes du Hamas. À titre de comparaison, il a ensuite signalé qu’alors qu’en octobre 2008, 125 camions transportant des vivres et autres biens humanitaires entraient chaque jour dans Gaza, ce nombre est descendu à moins de 60 camions par jour depuis le coup de force israélien.

Qualifiant cette opération militaire de « particulièrement létale et sanglante », il a indiqué que les hôpitaux de Gaza étaient submergés : « Ce qui complique la tâche du personnel hospitalier, ce sont les coupures d’électricité dues aux pénuries de carburant ». John Holmes a expliqué que la centrale électrique de Gaza avait cessé de fonctionner, cet arrêt plongeant dans l’obscurité, pendant environ 16 heures par jour, quelques 650 000 Gazaouis, et entravant le fonctionnement des infrastructures publiques.

Mme Karen Koning AbuZayd a notamment déclaré : « Si la faim n’est pas encore un phénomène largement répandu à travers le territoire, le fait est que les habitants de Gaza ne peuvent pas manger comme ils le devraient. » Elle a également précisé que, pour la première fois depuis sa présence sur place, l’UNRWA avait demandé que soient livrées en grandes quantités des bougies, afin de pallier le manque d’électricité et alléger ainsi les souffrances psychologiques des habitants de Gaza. À ce sujet, décrivant « un état de peur et de panique généralisé », elle a indiqué que les enfants subissaient, de manière cruelle, les effets néfastes du fracas des explosions et de l’incertitude, stressante, des frappes aériennes.

Mme Koning AbuZayd a admis qu’elle était dans l’incapacité de dire si les cinq mosquées détruites par Israël l’avaient été parce qu’elles auraient servi de caches d’armes au Hamas. De même, elle s’est refusée à commenter la décision israélienne de maintenir fermés les principaux points de passage menant à Gaza, ou permettant d’en sortir, au motif que ces endroits seraient des cibles terroristes potentielles.

1.2.2. Réunion du Conseil de sécurité du 31 décembre 2008 (CS/9560) 

Le Conseil de sécurité s’est réuni le 31 décembre 2008. M. Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, a condamné les attaques du Hamas contre Israël, mais s’agissant de la riposte d’Israël, il a retenu l’expression « d’usage disproportionné de la force ».

S’agissant des populations civiles, M. Ban Ki-moon a décrit le peuple de Gaza comme « terrifié », expliquant que les frappes israéliennes « ont aussi touché des maisons, des mosquées et des magasins. Plus de 300 personnes ont été tuées, dont au moins 60 femmes et enfants ».

Cette attaque frappe une population fragilisée par le blocus. Le pipeline qui permet de ravitailler Gaza en carburant a été coupé. M. Ban Ki-moon a expliqué qu’il y a aussi « une pénurie de farine qui se traduit par la disparition progressive du pain » et que « la centrale électrique de Gaza est fermée chaque jour pendant près de 16 heures, du fait du manque de carburant. »

M. Riyad Mansour, Observateur permanent de la Palestine auprès des Nations Unies, a déclaré que « l’occupant israélien » agissait en violation du droit international, en persistant dans une agression brutale contre des centaines de sites à Gaza, et ce, malgré la déclaration du Conseil de Sécurité du 28 décembre. Israël continue à faire fi de tous les appels au cessez-le-feu, a-t-il ajouté, accusant le Gouvernement israélien de fouler ainsi aux pieds toutes les valeurs humaines de paix et de solidarité.

M. Giadalla A. EttalhiI (Jamahiriya arabe libyenne) a déploré que face au coup de force israélien contre Gaza, qu’il a qualifié de « crime contre l’humanité », de « crime de génocide » et de « crime de guerre ».

M. Dumisani S. Kumalo (Afrique du Sud) a affirmé que les frappes israéliennes sont une violation du droit humanitaire international.

M. Marty Natalegawa (Indonésie) a dit qu’Israël devrait mettre fin immédiatement à ses attaques contre les populations civiles innocentes de Gaza, et respecter le droit humanitaire international.

M. Bui The Giang (Viet Nam) a déclaré que, tout en reconnaissant à Israël le droit de se défendre, le Viet Nam condamnait sa riposte disproportionnée qui a occasionné de nombreuses pertes civiles parmi la population de Gaza.

M. Jorge Urbina (Costa Rica) a estimé que l’usage disproportionné de la force dont fait montre Israël ne saurait être justifié, la légitime défense n’autorisant pas le recours à des représailles massives. Il a également dit que devaient être respectées les dispositions du Statut de Rome visant à assurer la protection des populations et des biens civils, ce qui suppose que les belligérants fassent la différence entre civils et combattants.

M. Maged A. Abdelaziz (Égypte) a soutenu que les tueries de civils et l’usage disproportionné de la force par Israël représentent des violations du droit international et exigent une intervention du Conseil de Sécurité pour mettre fin à une telle situation. Il a demandé à ce qu’il soit mis fin à la politique de deux poids deux mesures qui règne au Conseil quand cette région est concernée.

M. Yahya Mahmasani, Observateur permanent de la Ligue des États arabes auprès des Nations Unies, a fustigé le comportement d’Israël, qui risque d’entrainer un redoublement de violence dans la région.

M. Jean Maurice Ripert (France) et Mme Chrsitine Detaille (Belgique) ont eux aussi retenus la notion de « riposte disproportionnée et sans égard pour les populations civiles. »

1.3. Déclarations des autorités françaises

Dans un communiqué du 27 décembre 2008, vous avez, Monsieur le Président de la République, reconnu la disproportion de l’attaque, condamnant « fermement les provocations irresponsables qui ont conduit à cette situation ainsi que l’usage disproportionné de la force », et déplorant « les importantes pertes civiles et exprimant ses condoléances aux victimes innocentes et à leurs familles. »

Dans un communiqué du 27 décembre 2008, M. François Fillon, Premier ministre, a indiqué avoir « appris avec consternation le terrible bilan humain de la reprise des violences en Israël et dans la bande de Gaza », ajoutant que « ses pensées vont aux familles et aux proches des victimes civiles. »

* * *

C’est dans ce contexte que les associations signataires vous demandent de déposer une plainte devant Monsieur le Procureur près la Cour Pénale Internationale de la Haye (Article 14), et de saisir le Conseil de Sécurité aux fins d’engagement de poursuites (Articles 12 et 13 b).

La flagrance des crimes justifie le dépôt de cette plainte en urgence, qu’il s’agisse de la constitution des preuves ou de l’identification des coupables.

Les associations signataires sont particulièrement attachées au respect des droits fondamentaux, en tous les points de la planète, et elles estiment que face à la violence, la Justice est la meilleure réponse.

2. En droit

2.1. Les buts de la Cour Pénale Internationale

La Cour Pénale Internationale résulte des statuts adoptés par le Traité de Rome du 17 juillet 1998, entré en vigueur le 1er juillet 2002. La France a signé et ratifié le traité. Il n’est pas besoin de rappeler le rôle joué par la France dans la création de cette juridiction pénale internationale, qui concrétise l’un des buts de l’ONU.

Le préambule du Traité expose les finalités de la juridiction, pour les Etats signataires :

« Conscients que tous les peuples sont unis par des liens étroits et que leurs cultures forment un patrimoine commun, et soucieux du fait que cette mosaïque délicate puisse être brisée à tout moment,

« Ayant à l’esprit qu’au cours de ce siècle, des millions d’enfants, de femmes et d’hommes ont été victimes d’atrocités qui défient l’imagination et heurtent profondément la conscience humaine,

« Reconnaissant que des crimes d’une telle gravité menacent la paix, la sécurité et le bien-être du monde,

« Affirmant que les crimes les plus graves qui touchent l’ensemble de la communauté internationale ne sauraient rester impunis et que leur répression doit être effectivement assurée par des mesures prises dans le cadre national et par le renforcement de la coopération internationale,

« Déterminés à mettre un terme à l’impunité des auteurs de ces crimes et à concourir ainsi à la prévention de nouveaux crimes,

« Rappelant qu’il est du devoir de chaque État de soumettre à sa juridiction criminelle les responsables de crimes internationaux… » Le Traité, soulignant l’importance du respect des droits fondamentaux pendant les guerres, entend qu’aucun obstacle formel ne puisse faire obstacle au jugement des coupables, dès lors que les infractions sont constituées, et il rappelle qu’il en va du devoir des Etats.

Les associations signataires soulignent l’alinéa :

« Reconnaissant que des crimes d’une telle gravité menacent la paix, la sécurité et le bien-être du monde »

Il s’agit en effet autant de la mémoire des victimes que de refuser la spirale de la violence.

2.2. La compétence de la Cour

2.2.1. Une compétence matérielle, en référence aux faits commis 

Aux termes de l’article 1, la Cour Pénale Internationale exerce sa compétence à l’égard des personnes pour les crimes les plus graves ayant une portée internationale, au sens du présent Statut. L’article 8, qui fonde l’action de la Cour, prend pour référence les faits :

« La Cour a compétence à l’égard des crimes de guerre, en particulier lorsque ces crimes s’inscrivent dans le cadre d’un plan ou d’une politique ou lorsqu’ils font partie d’une série de crimes analogues commis sur une grande échelle. »

Ayant affiché le but – l’absence d’impunité pour les criminels de guerre – le Traité recherche les culpabilités individuelles, et non celles des Etats, et définit la compétence par rapport aux faits, en non par rapport à la qualité des personnes. Notamment, le Traité a voulu que la compétence de Cour ne soit pas limitée au motif que les agissements criminels seraient le fait des ressortissants d’Etats non partie au Traité.

La Cour a appliqué cette règle dans l’affaire du Darfour, engageant les poursuites sur plainte du Conseil de Sécurité contre le responsable d’un Etat qui n’est pas partie au Traité.

2.2.2. Une définition des crimes de guerre 

L’article 8 du Statut précise la notion de « crime de guerre ». Il s’agit d’abord des infractions graves aux Conventions de Genève du 12 août 1949 (article 147) à savoir « l’un quelconque des actes ci-après lorsqu’ils visent des personnes ou des biens protégés par les dispositions des Conventions de Genève :

« i) L’homicide intentionnel ;

« iii) Le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter gravement atteinte à l’intégrité physique ou à la santé ;

« iv) La destruction et l’appropriation de biens, non justifiées par des nécessités militaires et exécutées sur une grande échelle de façon illicite et arbitraire. »

Le statut apporte des précisions.

Sont ainsi considérés comme crimes de guerre les autres « violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés internationaux » dans le cadre établi du droit international, à savoir, et l’article 8 cite notamment :

« i) Le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile en tant que telle ou contre des civils qui ne participent pas directement part aux hostilités ;

« ii) Le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des biens de caractère civil, c’est-à-dire des biens qui ne sont pas des objectifs militaires ;

« iv) Le fait de diriger intentionnellement une attaque en sachant qu’elle causera incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil ou des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel qui seraient manifestement excessifs par rapport à l’ensemble de l’avantage militaire concret et direct attendu ;

« v) Le fait d’attaquer ou de bombarder, par quelque moyen que ce soit, des villes, villages, habitations ou bâtiments qui ne sont pas défendus et qui ne sont pas des objectifs militaires. » Ces définitions sont explicitées par le règlement de la Cour intitulé « Eléments des crimes ».

2.3. Le caractère personnel des poursuites

C’est l’article 25 qui pose le principe de la responsabilité pénale individuelle.

Aux termes du 1° alinéa, la Cour est compétente à l’égard des personnes physiques.

L’alinéa 2 pose le principe décisif :

« Quiconque commet un crime relevant de la compétence de la Cour est individuellement responsable et peut être puni conformément au présent Statut. »

C’est parce qu’il y a crime de guerre que la Cour peut être saisie. La qualité des auteurs n’est qu’une donnée secondaire, et l’identification de ces personnes est l’objet même de l’enquête. Le plaignant doit agir en fonction des faits. Retenir la solution inverse aurait conduit à nier les buts affichés du Traité, qui sont de combattre les crimes les plus graves car « ils menacent la paix, la sécurité et le bien-être du monde. » Le critère matériel étant rappelé, le Traité précise comment doit être appréciée la responsabilité personnelle, avec l’alinéa 3.

« Aux termes du présent Statut, une personne est pénalement responsable et peut être punie pour un crime relevant de la compétence de la Cour si :

a) Elle commet un tel crime, que ce soit individuellement, conjointement avec une autre personne ou par l’intermédiaire d’une autre personne, que cette autre personne soit ou non pénalement responsable ;

b) Elle ordonne, sollicite ou encourage la commission d’un tel crime, dès lors qu’il y a commission ou tentative de commission de ce crime ;

c) En vue de faciliter la commission d’un tel crime, elle apporte son aide, son concours ou toute autre forme d’assistance à la commission ou à la tentative de commission de ce crime, y compris en fournissant les moyens de cette commission ;

d) Elle contribue de toute autre manière à la commission ou à la tentative de commission d’un tel crime par un groupe de personnes agissant de concert. Cette contribution doit être intentionnelle et, selon le cas :

i) Viser à faciliter l’activité criminelle ou le dessein criminel du groupe, si cette activité ou ce dessein comporte l’exécution d’un crime relevant de la compétence de la Cour ; ou

ii) Être faite en pleine connaissance de l’intention du groupe de commettre ce crime.

2.4. L’engagement des poursuites

2.4.1. Plainte du Conseil de sécurité (Article 12 et 13 b)

Le Conseil de sécurité peut saisir la Cour pénale internationale de crimes survenus sur le territoire d’un Etat non partie ou commis par les ressortissants d’un tel Etat. Cette faculté de saisine de la Cour par le Conseil de sécurité, suite à la plainte d’un Etat, est définie par les articles 12 et 13 b.

Le Conseil de sécurité peut saisir la Cour dans le cadre du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, c’est-à-dire « en cas de menaces contre la paix, de rupture de la paix et d’actes d’agression ».

Le but retenu par cette disposition est d’exclure tout risque d’impunité, dès lors que sont en cause des crimes de guerre.

Cette dispositions peut jouer à l’encontre des responsables politiques d’un Etat non signataire du Traité (Affaire du Darfour).

2.4.2. Plainte des Etats signataires du Traité (Article 14) 

Tout Etat partie peut saisir directement le procureur près la Cour pénale internationale.

« 1. Tout État Partie peut déférer au Procureur une situation dans laquelle un ou plusieurs des crimes relevant de la compétence de la Cour paraissent avoir été commis, et prier le Procureur d’enquêter sur cette situation en vue de déterminer si une ou plusieurs personnes identifiées devraient être accusées de ces crimes.

« 2. L’État qui procède au renvoi indique autant que possible les circonstances pertinentes de l’affaire et produit les pièces à l’appui dont il dispose. »

Le préambule crée une obligation pour les Etats, et l’article 14 précise la procédure. La dénonciation des faits est une obligation, alors que l’appréciation de l’opportunité relève de la Cour, et le cas échéant du Conseil de sécurité. C’est en fonction de ces éléments que le Procureur, au visa de l’article 53, évalue les renseignements portés à sa connaissance, et ouvre une enquête, à moins qu’il ne conclue qu’il n’y a pas de « base raisonnable » pour poursuivre en vertu du présent Statut. Ces dispositions ont joué dans trois affaires : Ouganda, République Démocratique du Congo, et République Centrafricaine.

3. Conclusion

3.1. Sur la recevabilité

L’Etat d’Israël a signé le Traité de Rome du 17 juillet 1998 mais ne l’a pas ratifié.

Par application de les articles 12 et 13 b, le Conseil de Sécurité est compétent pour saisir la Cour Pénale Internationale à l’encontre des dirigeants d’un Etat n’ayant pas ratifié le Traité, car il y a manifestement des menaces contre la paix et des actes d’agression au sens du chapitre VII de la Charte des Nations Unies.

Par application de l’article 14, un Etat partie est recevable à porter plainte devant Monsieur le procureur près la Cour Pénale Internationale, sur la base de la connaissance de faits ayant les caractères d’un crime de guerre. La plainte n’étant pas dirigée contre des personnes dénommées, la saisine directe du procureur est recevable. Il est de la mission du procureur d’enquêter à partir des faits (Article 54).

3.2. Sur le bien fondé de la plainte

Ces éléments de fait et de droit constituent une « base raisonnable » au sens de l’article 53 du statut.

Monsieur le Secrétaire Général de l’ONU et nombre d’Etats, dont la France, ont dors et déjà reconnu le caractère disproportionné de l’attaque, qui a causé près de 400 morts en une semaine, et avec de destructions matérielles considérables, atteignant très directement les populations civiles.

Sont atteintes les populations civiles, dans la proportion d’environ un quart, des membres administratifs du mouvement Hamas pour l’essentiel, mais des combattants du Hamas pour une minorité. En effet, les personnels administratifs du gouvernement et des ministères ne sauraient, au prétexte que le Hamas exerce le pouvoir, être assimilés à des combattants.

Cinq pays membres du Conseil de Sécurité, la Jamahiriya Arabe Libyenne, l’Afrique du Sud, l’Indonésie, Viet Nam, le Costa Rica, l’Égypte ainsi que l’observateur permanent de la Ligue des États Arabes auprès des Nations Unies, ont expressément dénoncé la violation du droit international humanitaire

Les crimes définis par l’article 147 de la Convention de Genève et précisées par l’article 8 du Traité de Rome de 1998 le sont pour temps de guerre, de telle sorte qu’ils ne peuvent, en toute hypothèse, être justifiés par l’allégation de violences subies.

Ces pertes nombreuses d’être humains et ces destructions massives, frappant au cœur d’un population fragilisée par un blocus imposé par Israël, sont sans proportion avec le but allégué d’instaurer l’ordre. Le but réel est la destruction de la société palestinienne, qui en soi, est un crime de guerre.

Cet absence de but diplomatique est d’autant plus flagrant que l’Etat d’Israël est dans l’incapacité de prendre de telles décisions. En effet, son premier ministre est démissionnaire pour cause de corruption, et les forces politiques ont été dans l’incapacité de former une coalition. Cette guerre est un argument de campagne électorale.

La France, qui a joué un rôle moteur dans la création de cette Cour Pénale Internationale, ne peut aujourd’hui renier son engagement, alors que des crimes de guerre d’une ampleur rare sont commis en pleine lumière.

Le dépôt de la plainte n’empêchera en rien la France de poursuivre les actions diplomatiques qui lui paraitront adéquates, car aucune solution de paix durable ne peut inclure l’absolution de crimes de guerre.

3.3. Sur l’urgence, liée à la flagrance du crime

Il incombe que cette plainte soit déposée au plus tôt.

L’engagement de cette procédure sera de nature à limiter l’action du gouvernement d’Israël, et la perspective de sauver des vies humaines justifie l’urgence de la démarche.

Une action urgente facilitera la réunion des preuves, alors que la justice internationale est trop souvent critiqué pour la lenteur de ses réactions, qui s’accompagne d’un disparition des preuves.

3.4. Sur l’opportunité

A la violence doit répondre la Justice. Dans la perspective d’un règlement global, le recours à la Justice sera un message de portée universelle. Le but est la recherche de la paix, ce qui conduit à condamner des faits d’une gravité telle qu’ils sont une menace pour les relations internationales.

Il ne saurait être allégué que cette plainte se heurterait à des questions d’opportunité, parce qu’elle marquerait une hostilité vis-à-vis de l’Etat d’Israël. La plainte est dirigée, comme le prévoit le Traité, contre des personnes, pas contre les Etats.

Surtout, les contrecoups qui peuvent résulter de l’engagement de la procédure ont été analysés avec soin lors de la négociation du Traité, et la situation de fait qui est la matière de la plainte ne présente pas de spécificités à cet égard. Les risques et les avantages avaient été pesés, et la rédaction retenue est le fruit du meilleur compromis.

Le Traité prévoit d’ailleurs que la procédure s’ouvre par une phase préalable, avant l’engagement effectif des poursuites, de telle sorte qu’il n’y a pas à anticiper sur cet examen, qui relève de la Cour et non pas d’une auto-censure des plaignants. Le devoir des Etats est de porter plainte (Préambule) dès lors qu’est connue l’existence de crimes de guerre, caractérisés en l’occurrence par la disproportion de l’attaque et les pertes civiles massives qui s’en résultent.

Ce devoir est sans réserve, l’examen de l’opportunité relevant de la compétence de la Cour.

Si dans des temps futurs, la procédure s’avérait être un frein réel à la signature d’une paix globale, le Conseil de sécurité pourrait, par application de l’article 16, suspendre la procédure.

Dans l’immédiat, le devoir des Etats se conjugue à la défense de la paix. L’engagement de la procédure sera un signe de première importance pour les populations victimes de ces crimes. Elle renforcera l’autorité à la Cour pénale internationale, montrant que l’action de celle-ci s’étend aux puissances économiques et militaires.

4. Pièces jointes

1. Déclaration du Conseil de sécurité du 28 décembre 2008

2. Déclaration de M. Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, le 29 décembre 2008 (SG/SM/12025)

3. Conférence de presse de M. John Holmes, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence du système des Nations Unies et de Mme Karen Koning AbuZayd, Commissaire générale de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), le 31 décembre 2008.

4. Réunion du Conseil de sécurité du 31 décembre 2008 (CS/9560)

5. Délibérations des associations

* * * C’est pour l’ensemble de ces motifs que les requérants vous demandent, Monsieur le Président de la République, de bien vouloir saisir le Conseil de Sécurité de l’ONU et Monsieur le Procureur près la Cour Pénale Internationale de la Haye, par application des articles 8, 12, 13 b et 14 du Traité de Rome du 17 juillet 1998 instaurant la Cour Pénale Internationale de la Haye.

Et ce sera Justice.

Extrait du blog "Protection Palestine" .

Par NOSE

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Sanglante Hypocrisie

gaza_1

par José Goulão

Les plus hauts dirigeants des pays qui se considèrent comme des flambeaux de la «civilisation» multiplient les appels à la «retenue» et au «cessez-le-feu» à Gaza, comme s’ils voulaient donner l’impression de remplir leurs obligations face à l’«aggravation de la crise» au Moyen-Orient. L’hypocrisie de ces Présidents, ministres, diplomates ou porte-parole apparaît hélas coutumière, mais elle parvient néanmoins à être encore choquante au regard de la tragédie que subissent plus d’un million et demi de personnes entassées dans un petit territoire inhospitalier enclavé entre Israël, l’Egypte et la mer Méditerranée.

Ce type d’appels se fonde sur une pseudo objectivité prétendant maintenir une distance équilibrée entre les «parties en conflit», en exigeant de la sorte une symétrie rigoureuse dans les comportements comme s’il s’agissait d’une guerre conventionnelle mettant aux prises des armées classiques. Symétrie, donc, entre des civils sans défense et des forces armées considérées comme la 4ème plus puissante armée du monde ; entre occupés et occupants ; entre des mortiers plus ou moins artisanaux et la puissance de feu des F-16 et des tanks du tout dernier modèle ; entre des communautés affamées subissant depuis des années un féroce blocus sur des produits de première nécessité et une nation structurée appuyée sans limites par le pays le plus puissant de la planète ; entre les victimes ainsi que leurs descendants d’une purification ethnique et ceux qui en sont les auteurs.

Le Hamas a rompu la trêve et doit en payer le prix, devant en premier lieu se soumettre au retour du cessez-le-feu, quelles qu’aient été les actions de l’ennemi, assènent péremptoires les diplomates civilisés. Une trêve qui n’a jamais vraiment existé, dans la mesure où l’Etat d’Israël en a violé dès le départ un des termes essentiels : la fin du blocus humanitaire de Gaza. Lors de ces six derniers mois, non seulement le siège s’est maintenu mais il s’est même renforcé.

Le Hamas, en tant que mouvement terroriste, doit payer nous répètent ces messieurs civilisés, disposant du pouvoir qui leur permet de déterminer qui est terroriste et qui ne l’est pas, comme ils ont disposé de celui de déclencher une guerre contre des détenteurs d’armes de destruction massive qui n’ont jamais existé.

Le Hamas n’était cependant que fort peu représentatif lors du déclenchement de la première Intifada palestinienne en fin 1988. Le rôle joué par les services secrets d’Israël dans l’affirmation concrète d’un mouvement islamique, le Hamas, afin de diviser la résistance nationale palestinienne conduite par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) n’est à l’heure actuelle même plus un secret de Polichinelle. Ceux qui souhaiteraient approfondir le sujet peuvent se référer à l’ouvrage de Robert Dreyfuss et prendre ainsi connaissance de cet épisode. Ils y découvriront des éléments passionnants et d’une saisissante actualité. Car si le Hamas a pu transformer le groupuscule diviseur et terroriste qu’il était au départ en mouvement de masse pour gagner les élections parlementaires palestiniennes de 2006, c’est qu’il a su tirer profit des échecs successifs d’un processus de paix torpillé par Israël et les Etats-Unis mais défendu par le Fatah comme la seule option stratégique viable. Le Hamas s’est renforcé avec les stratégies militaristes dans la région, comme celle des talibans en Afghanistan (qui contrôlent aujourd’hui des zones situées à moins de 50 kilomètres de Kaboul) ou celle du Hezbollah au Liban, résultante des invasions israéliennes dans la décennie 80.

Reconnaître que le Hamas est une réalité incontestable dans le problème israélo-palestinien n’a rien à voir avec une quelconque faiblesse, sympathie ou connivence avec le terrorisme. C’est plus prosaïquement une simple question de bon sens.

Les élections de 2006 ont été considérées libres et justes par les observateurs internationaux, dont beaucoup provenaient de ces contrées «civilisées». Dès lors, c’est au Hamas qu’il revenait de former le gouvernement – puisqu’il paraît que c’est ainsi que fonctionne la démocratie.

Eh bien pas du tout ! La fameuse «communauté internationale» a décidé de ne pas reconnaître le gouvernement choisi par la majorité des palestiniens; il n’a même pas non plus accepté une alliance entre le Hamas et le Fatah, qui pourtant aurait répondu pleinement à l’attente des électeurs. Au contraire, les manœuvres de l’administration de George W. Bush et du gouvernement de Ehud Olmert pour fomenter une guerre civile entre les deux principales organisations palestiniennes ne relèvent plus du secret – allant même pour cela jusqu’à fournir des armes au Fatah – tout en ignorant simultanément l’accord conclu entretemps par les deux mouvements sous la médiation de l’Egypte et de l’Arabie Saoudite.

Ce processus a abouti à la division palestinienne : le Fatah en Cisjordanie et Jérusalém-Est, dépendant de ce qu’Israël l’autorise ou pas à faire, et le Hamas contrôlant Gaza, territoire de ses principaux bastions. D’où le blocus de Gaza pour en venir, du même pas à l’invasion actuelle.

Le massacre est en cours, et l’on voit les médias développer des efforts aussi étranges que ridicules pour tâcher de faire la distinction entre victimes civiles et militaires. À Gaza, que l’on sache, il n’y a pas de militaires, à part les envahisseurs. On y trouve des restes des forces de police de l’autorité palestinienne, des militants du Hamas armés et organisés comme des milices. Le reste est constitué d’un million et demi de chômeurs, affamés et humiliés. Tel est l’ennemi d’Israël qui a lancé quelques roquettes, par exemple sur la ville d’Ashkelon, qui s’appelait en 1948 Al-Majdal, était un village arabe dont la population, victime de la purification ethnique sur laquelle s’est fondée la création de l’Etat d’Israël, s’est réfugiée à Gaza.

Les dirigeants d’Israël promettent que les «civils» seront épargnés pendant l’invasion. Sûrement comme à Beyrouth en 1982, où les militaires commandés par Ariel Sharon, fondateur du parti d’Ehud Olmert et Tzipi Livni, ont détruit le secteur occidental de la ville et supervisés les massacres de Sabra et Chatila. Ou en 1996, lorsque Shimon Peres, l’actuel président israélien, s’est rendu responsable du massacre de Canan, également au Liban, ce qui ne l’a pas empêché de perdre malgré tout les élections parlementaires.

Gaza, sera néanmoins encore différent de Sabra et Chatila. Maintenant, les soldats israéliens vont jusqu’à se salir les mains avec le sang de populations sans défense – éclaboussant inévitablement les hypocrites qui les défendent.

Por JOSÉ GOULÃO *

* Journaliste.                                                                                                                     Lundi 5 Janvier 2009

Tiré de l’édition portugaise du “Monde Diplomatique”

http://pt.mondediplo.com/spip.php?article417&var_recherche=jos%C3%A9%20goul%C3%A3o

traduction Pedro DA NOBREGA

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