20 janvier 2009
Le chaos d’un monde sans lois
Le chaos d’un monde sans lois Agence Cubaine de Nouvelles (informations)
(Elio Delgado Legón)
Depuis qu’en 1941, l’Allemagne nazie a commencé à envahir les territoires d’autres pays sans rencontrer d’autres obstacles que la résistance des peuples agressés, nous savons tous ce que signifie, pour le monde, l’absence d’une loi internationale et d’un ordre universel bien établi et capable de mettre un frein aux appétits expansionnistes d’une puissance.
Après la défaite de l’Allemagne et la fin d’une guerre qui a causé des dizaines de millions de morts et de mutilés, une grande partie d’entre eux en Union Soviétique, le monde a compris la nécessité de l’établissement d’un ordre et d’une autorité internationale afin d’éviter que des faits semblables se reproduisent. L’Organisation des nations Unies a été crée, avec son conseil de sécurité et des lois internationales ont été promulguées pour être ensuite respectées.
Qui n’a jamais entendu parler du Droit International, du Droit International humanitaire ou du Tribunal de La Haye? Cependant, les résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU n’ont pas un caractère d’obligation. Celles de son Conseil de Sécurité ne sont pas non plus prises en compte par les pays agresseurs lorsqu’elles ont été approuvées (et cela quand elles n’ont pas eu le veto des tout- puissants)
Les exemples sont nombreux. Les États Unis ont envahi des dizaines de pays. Ils ont massacré des populations entières (comme au Viêt-Nam ou en Irak). Ils ont utilisé des armes illégales, un fait pour lequel ils auraient dû être jugés. Pourtant, il ne leur arrive rien. Ils ont dit des mensonges au monde entier. Pourtant, lorsque la
vérité se fait jour, rien ne se passe.
En 1967, l’Israël, pays allié des États-Unis et qui a reçu d’eux l’accès à la bombe atomique sans que personne ne proteste, a envahi des pays arabes, dont la Palestine. Depuis cette date, il maintient occupés les territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza et il y livre une guerre d’extermination contre la population. Les résolutions du conseil de sécurité sont ignorées par les sionistes qui
violent les lois du droit international.
Mais personne n’a été envoyé devant le tribunal de La Haye pour le massacre de plusieurs millions de Vietnamiens, un pays qui souffre encore les effets des radiations émises par des armes interdites.
Personne non plus pour répondre de la mort d’un million d’Irakiens et la destruction de ce pays. Personne non plus pour l’holocauste de Palestine, où plus d’une fois ont eu lieu des assassinats qui sont restés impunis, où actuellement des populations sans défenses sont impunément bombardées et où l’on compte presque mille morts et plusieurs milliers de blessés, la majorité d’entre eux des femmes, des enfants et des personnes âgées.
Ce qui est encore plus grave, c’est que les soldats d’occupation empêchent les civils de se déplacer vers d’autres territoires pour se protéger des bombardements et qu’ils font obstacle au passage des ambulances qui transportent des blessés. Beaucoup d’entre eux sont décédés pour cette raison. De plus, l’armée sioniste fait obstacle à l’entrée de convois d’aide humanitaire pour laisser s’accroître ainsi le
nombre des morts de faim, de maladie et à causes de blessures mal soignées. Il s’agit bien là d’une véritable guerre d’extermination des populations civiles.
Mais alors, quel est le rôle de l’ONU, de son Conseil de Sécurité, du Tribunal de La Haye et tous les documents qui ont été votés et qui devraient être obligatoirement pris en compte ?Le monde ne pas continuer sur ce chemin qui mène à l’abîme. Il faut démocratiser l’ONU et son Conseil de Sécurité. Il faut appliquer les lois existantes pour sanctionner les malfaiteurs qui, blindés par la possession d’armes nucléaires, se croient à l’abri de toute mesure à leur encontre et autorisés à infliger des souffrances à des peuples sans défense et à violer leurs droits sans que rien se passe. L’humanité ne peut pas vivre sans loi ni ordre. Sinon, c’est le chaos.
Posté par NOSE DE CHAMPAGNE
ECHANTILLON DE POESIE LIBANAISE POUR LA PAIX

Edma KHABBAZ, poétesse libanaise
Trente mars ou la haine
Le Liban flambe, le Liban s'enflamme
On dirait un enfer récemment ouvert
Les nations indifférentes observent le drame
Qu'importe puisque ce n'est pas leur terre.
Un volcan crache sa lave de haine
Sur des innocents qui supportent à peine
Le grondement des obus, les cris des petits
Le craquement des immeubles qui croulent dans la nuit.
Un ouragan de rancune arrache de leurs lits
Les malades, les souffrants et tous ceux qui
N'ont plus à vivre que quelques tristes heures
Les disperse en lambeaux ici et ailleurs.
Le ciel bleu devient noir, image de leur haine
Une averse de roquettes sur les gens se déchaîne
Sous le poids étouffant de tant de tourmente
Les gens s'affolent, crient, pleurent, se lamentent.
Que le monde ouvre ses yeux fermés
Qu'il daigne regarder cette torture amère
Qu'il chasse et à tout jamais
L'ennemi loin de notre chère terre.
Que le jour de gloire des ténèbres renaisse
Qu'on puisse revoir vivre de nouveau la jeunesse
Que le chant de nos soldats monte droit dans les cieux
Et qu'ils restent les seuls maîtres de ces lieux.
Lâchement abattu
Ô mère qui pleurez un enfant
Mort au printemps de l’âge pour sauver le Liban
Ô mère au cœur fendu combien je vous comprends
Que puis-je vous dire tendre et triste maman.
Lâchement ils l’ont abattu
Un coup, deux coups, ça a suffi…
Malheur à vous, vils ennemis
Qui prétendent défendre notre patrie.
Que de mère vous avez endeuillées
Que d’innocents vous avez tués
Vampires trop avides de sang
Vous avez assez montré vos dents.
Intrépide soldat tôt parti
Ton nom sera gravé à vie
Au fond de chaque mémoire
Symbole de courage et de gloire.
Le feu de ton âge ils ont éteint
N’ont-ils donc pas pensé aux tiens
Si je pouvais les étrangler de mes mains
Tout de suite, sans attendre demain.
Paradis perdu
Enfants massacrés la nuit
Chérubins tués dans leurs lits
Le printemps ? Vous ne l'avez pas connu
Des fleurs des champs ? Vous n'en avez pas cueillies.
Chères âmes ! Ne croyez pas qu'on vous oublie
Un jour viendra où on se révoltera
Aux grands de ce monde on criera :
Cessez vos jeux interdits
Dans le royaume des petits.
Bébés qui vont bientôt naître
Dites-moi qu'espérez-vous connaître ?
L'amour ? Les jeux ? Le bonheur peut-être…
Ah non ! Il est vraiment interdit
De rêver même la nuit
Dans ce merveilleux pays
Nommé jadis : Le paradis.
Etoile au firmament qui luit
Stable au filante sois-tu
Ne regrettes-tu parfois la nuit
De briller dans le ciel d'un pays
Qui pour nous est devenu
Absolument un paradis perdu.
Au nom de la démocratie
Mon Liban a la beauté rare
Qu'ont-ils donc fait ces barbares?
Ces meurtriers affamés de sang
Ont massacré tes jeunes enfants
Tes vieux, tes malades aussi
Au nom de la démocratie.
Liban le plus bel Éden sur terre
Aux cèdres fiers et toujours verts
Sol ou toutes les religions prospèrent
Où minarets et clochers s'enlacent en l'air
Exhalant ainsi une odeur de prière
Inondant d'amour toutes les frontières.
Tu restes toujours le pays qui défie
Les plus féroces et sauvages ennemis
Tu ressusciteras au beau milieu d'une nuit
Avec les secrets infinis d'une nouvelle vie
Alors adieux violence, guerre, folles incendies
C'est ici que naîtra la vraie démocratie.
Posté par NOSE DE CHAMPAGNE
LES ENFANTS DU BON DIEU & LES CANARDS SAUVAGES...
À GAZA, BAN KI-MOON DEMANDE DES COMPTES À ISRAEL (AFP) - 20/01/09 18:03 Orange Actualités
Le chef de l'ONU Ban Ki-Moon a demandé des comptes à Israël lors d'une visite mardi à Gaza où il a inspecté un complexe onusien bombardé, avec d'autres locaux des Nations unies, par l'armée israélienne lors de son offensive qui a dévasté le territoire palestinien.
"Il doit y avoir une enquête approfondie, une explication complète pour s'assurer que cela ne se reproduira plus jamais. (Les responsables) devront rendre des comptes devant des instances judiciaires", a déclaré le secrétaire général des Nations unies.
Il a qualifié ces bombardements d'"attaques scandaleuses et totalement inacceptables".
Cette visite est la première à Gaza d'un responsable international de ce rang depuis le coup de force du Hamas en juin 2007 contre le Fatah du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.
"Je ne peux décrire ce que je ressens après avoir vu ce site du bombardement du complexe des Nations unies", a-t-il encore ajouté devant les ruines encore fumantes d'un des entrepôts touché le 15 janvier par un bombardement, qui avait fait trois blessés.
Ces entrepôts de l'agence d'aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) renfermant des dizaines de tonnes d'aide humanitaire avaient ensuite pris feu.
Outre le complexe de l'UNRWA, plusieurs écoles gérées par l'ONU ont été touchées par des bombardements israéliens, dont le plus meurtrier a fait plus de 40 morts le 6 janvier à Jabaliya (nord).
M. Ban a accusé Israël d'avoir employé une "force excessive" durant son offensive de 22 jours, tout en condamnant les tirs de roquettes palestiniennes contre le sud d'Israël, les qualifiant de "totalement inacceptables".
"Je condamne ces roquettes qui ont été tirées sur vos maisons et villes pendant toutes ces années depuis Gaza", a-t-il déclaré à Sderot, dans la foulée de sa visite à Gaza. Cette ville du sud d'Israël a été la principale cible des roquettes tirées par les groupes armés palestiniens.
"J'attend que les lois humanitaires internationales protégeant les civils soient restaurées et respectées (...) pas violées de manière répétée comme le Hamas l'a fait. J'attend que des comptes soient rendus", a-t-il ajouté.
"Si ces dernières semaines de conflit ne sont pas suivies d'une rapide action politique (...) cela va renforcer le désespoir et la radicalisation parmi les Palestiniens et le désespoir renforce toujours le Hamas", a encore estimé le chef de l'ONU.
Huit organisations israéliennes de défense des droits de l'Homme ont par ailleurs réclamé au procureur général de l'Etat l'ouverture d'une enquête sur la conduite de l'armée durant la guerre de Gaza.
L'offensive de l'armée israélienne, qui a pris fin dimanche, a fait en trois semaines au moins 1.315 morts palestiniens et plus de 5.300 blessés, selon les services d'urgence de Gaza.
Côté israélien, 10 militaires et trois civils sont morts.
Sur le terrain, l'armée israélienne poursuivait son retrait graduel du territoire palestinien au troisième jour d'un cessez-le-feu qu'Israël et le Hamas ont proclamé chacun de son côté.
Une porte-parole de l'armée a en outre affirmé que le calme avait régné pour une deuxième nuit consécutive et qu'aucun incident n'avait été signalé depuis le cessez-le-feu.
Un civil palestinien a toutefois été tué en début d'après-midi par des tirs de l'armée israélienne dans le nord du territoire, selon des sources médicales palestiniennes. L'armée a affirmé ne pas être au courant d'un tel incident.
Des témoins palestiniens ont également affirmé que des navires de guerre israéliens avaient tiré des obus dans la matinée sur la zone littorale dans le nord de la bande de Gaza. Un Palestinien a été blessé par ces tirs, selon des sources médicales. Ces sources ont aussi indiqué que deux enfants avaient été tués dans un quartier de Gaza-ville en jouant avec un obus israélien non explosé.
Alors que se pose désormais la question de la reconstruction du territoire palestinien, le Premier ministre israélien Ehud Olmert a affirmé qu'il était "impossible que le Hamas dirige le processus (...) et obtienne de ce fait la moindre légitimité", lors d'une rencontre avec le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini.
La ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni a pour sa part lié la réouverture des points de passage de la bande de Gaza, exigée par le Hamas, au sort de Gilad Shalit, un soldat détenu par le mouvement islamiste depuis juin 2006.
A Bruxelles, le commissaire européen à l'Aide humanitaire Louis Michel a annoncé qu'il se rendrait dimanche et lundi à Gaza et dans le sud d'Israël pour évaluer les besoins humanitaires de la population.
A Koweït, les pays arabes ont conclu un sommet de deux jours sans parvenir à se mettre d'accord ni sur le texte d'un communiqué final consacré au récent conflit de Gaza, ni même sur la création d'un fonds de reconstruction de ce territoire dévasté.
A Genève, le responsable de la santé au sein de l'UNRWA, Guido Sabatinelli, a affirmé que la bande de Gaza ressemblait à une zone frappée par un "tremblement de terre".
Transmis par NOSE DE CHAMPAGNE.
Entretien avec Stéphane Hessel
«Pas de sortie de crise sans une discussion avec le Hamas»
«Citoyen sans frontières», Stéphane Hessel n’en finit pas avec les engagements (1). A bientôt 92 ans, il continue à donner de la voix chaque fois que la justice est agressée et le droit mis à rude épreuve. Résistant au nazisme, déporté dans les camps nazis, ce diplomate de carrière - il a été numéro deux à l’ambassade de France à Alger à la fin des années soixante – milite pour un monde pacifié, juste et solidaire.
Interview réalisée par l’un des correspondants à Paris du Quotidien D’Oran, S. Raouf
Artisan, aux côtés d’autres, de la Déclaration universelle des droits de l’homme, il a été de tous les combats qui ont jalonné l’histoire contemporaine. Adversaire du nazisme, anticolonialiste, tiers-mondiste exigeant, défenseur des sans-papiers, humaniste en «croisade» permanente contre la misère, l’injustice et la faim. Fidèle à une ligne de conduite vieille de plusieurs années, il œuvre en faveur du droit des Palestiniens à avoir leur Etat. Et dénonce, sans jamais faillir, la politique d’Israël. Le Quotidien d’Oran est allé à sa rencontre à son domicile parisien. Stéphane Hessel était accompagné, pour la circonstance, de son épouse, Christiane Hessel, née Chabry. Depuis 1987, date de leur mariage, les Hessel dédient des heures de leur quotidienneté aux causes justes.
Le Quotidien d’Oran: Dans une interview à un média suisse au lendemain du déclenchement de l’offensive terrestre de Tsahal contre la bande de Gaza, vous dénonciez un «crime de guerre» et un «crime contre l’humanité». Ces qualificatifs s’appliquent-ils à la situation qui prévaut, depuis fin décembre, dans ce territoire palestinien ?
Stéphane Hessel: Oui je le crois, absolument. N’est-ce pas la définition qui a été donnée lors de la mise en
place du Tribunal pénal international, chargé précisément de juger les gens coupables de ce genre de crimes. Un «crime de guerre» consiste, dans une confrontation armée, à bafouer les conventions du droit humanitaire. Dans ce genre de situation, l’humanité exige que l’on fasse la distinction entre des militaires qui s’affrontent et des civils que l’on se doit de protéger. Elle exige qu’on fasse un véritable effort pour en prémunir les civils et éviter les bavures. Ce n’est pas le cas de l’opération de l’armée israélienne à Gaza où, au contraire, on multiplie les bombardements de mosquées et d’écoles. Cibler non pas quelques individus mais l’ensemble du peuple, le peuple palestinien en l’occurrence, c’est bien un crime contre l’humanité.
Q.O.: Mme Hessel, partagez-vous les propos de monsieur l’Ambassadeur ?
S.H.: Totalement et sans ambiguïté. Nous qui allons de temps en temps à Gaza, nous mettons des visages sur ces drames. Ce sont des visages de civils qui, souvent, font un travail humanitaire auprès des enfants et des femmes. Nous supportons très mal ce qui s’y passe.
Q.O.: Dans les réactions qui rythment cette actualité tragique, chacun va de son commentaire. Un
tel en attribue la responsabilité à Hamas, accusé de rompre la trêve. Tel autre cible l’Etat hébreu. Qui en est responsable ?
S.H.: On peut avoir sur cette question des avis différents. Peu importe de savoir qui de Hamas ou d’Israël est à l’origine de la violence. L’important, c’est de savoir pourquoi les événements à l’origine de cette situation ont amené Israël à commettre un nombre incroyable d’actes contraires à toute humanité. Celui qui a commencé, c’est le gouvernement israélien, en empêchant tout contact entre la bande de Gaza et le monde extérieur, qui a privé ses habitants de toute possibilité de vie normale. Il est évident que cela devait provoquer une réaction militante de la part de ceux qui, du côté palestinien, veulent la libération de leurs territoires. Qu’ils le veuillent avec une composante islamiste forte ou avec un désir de compréhension plus grande à l’égard des préoccupations d’Israël, cela importe peu. La situation infligée à Gaza ne pouvait ne pas provoquer des réactions violentes. Que le Hamas ait accepté pendant six mois d’interrompre le lancement de roquettes prouve qu’il était disposé à négocier. Mais fallait-il que le gouvernement israélien fasse quelques pas en faveur d’une libération des territoires occupés et la création d’un Etat palestinien. Aucun de ces pas n’a été accompli. C’est donc la responsabilité du gouvernement israélien d’avoir berné sa population, en lui faisant croire que sa sécurité dépendait d’une action violente contre le Hamas au lieu d’aller vers une négociation. C’est la responsabilité de ce gouvernement de n’avoir pas engagé un début de négociation sérieuse depuis la conférence d’Annapolis.
Q.O.: Mme Hessel, comment qualifiez-vous la situation humanitaire dans ce territoire ?
S.H.: Nous étions à Gaza pas plus tard qu’en octobre. Nous en sommes revenus catastrophés. La situation était déjà insupportable et les conditions de vie totalement épouvantables. Nous n’imaginons pas ce que ça peut-être aujourd’hui. Nous avons des contacts suivis via une association humanitaire, La Voix de l’enfant. Chaque jour, nous avons un correspondant au téléphone. Il a recueilli dans sa maison une quarantaine de personnes qui vivent entassées. Pas d’électricité, plus rien à manger. Les Gazaouis essayent de survivre. Les trêves quotidiennes, qui ne sont pas toujours respectées, leur permettent de sortir pour se procurer quelques vivres. La situation ne peut plus durer. Il faut d’urgence un accord de paix ou, à tout le moins, une trêve sérieuse dans la région.
Q.O.: Le profil du Hamas suscite bien des commentaires aux yeux des gouvernements et des observateurs. On y voit, selon les cas, un mouvement terroriste, une organisation radicale ou un mouvement politique jouissant du soutien de la majorité des Palestiniens.
S.H.: Que le Hamas soit un mouvement violent, qu’il tire sa source historique des Frères musulmans égyptiens, qu’il se sente proche de l’Iran, de la Syrie et du Hezbollah, c’est une réalité. Oui, il s’agit d’un mouvement violent. Mais dans la mesure où il est prêt à entamer des discussions, il faut le prendre au mot. Nous savons par les contacts pris, notamment par Jimmy Carter et Yves Aubin de la Messuzière (ancien directeur Afrique du Nord - Moyen-Orient au Quai d’Orsay), que le Mouvement est prêt à envisager une solution sur le moyen et long terme. Une sorte de trêve de quarante ans pendant laquelle il se satisferait de l’existence de l’Etat d’Israël à côté d’un Etat palestinien. Qu’il accepterait ce que la communauté internationale réclame depuis quarante ans à travers les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité. Le Hamas ne constitue pas un obstacle à l’adoption de ces textes. Lui faire confiance, penser qu’il va se transformer d’un mouvement islamiste violent en un mouvement pacifiste serait évidemment naïf. Mais lorsqu’on se trouve en situation de conflit comme c’est le cas d’Israël avec les Palestiniens, il faut négocier avec ceux qui paraissent crédibles dans le pays avec lequel on est en désaccord. Or, aux yeux des Palestiniens, le Hamas parait actuellement crédible, alors que Mahmoud Abbas, le chef du Fatah et de l’Autorité palestinienne, ne l’est plus. Il a fait trop de concessions sans obtenir le moindre progrès dans les négociations. Dans une situation de violence, il n’y a pas de sortie de crise sans une discussion avec celui qui peut la susciter et qui peut la faire cesser.
Q.O.: Les adversaires de Hamas avancent comme pièce à conviction son programme politique. Un
programme qui ne reconnaît pas Israël et les accords de paix signés par l’OLP au nom du peuple palestinien. Hamas peut-il évoluer sur cette question ?
S.H.: Nous l’espérons, nous ne savons rien. Nous ne pouvons pas prévoir comment le Hamas va évoluer. En revanche, ce que nous pouvons dire, c’est que c’est Israël qui a encouragé le Hamas comme un opposant dont il pensait qu’il diminuerait la force du Fatah et de l’OLP. Israël est responsable pour avoir encouragé le Hamas. Il faut maintenant travailler avec lui et l’encourager à adopter une attitude plus constructive. On peut le faire avec l’aide des pays arabes qui, à Beyrouth, avaient proposé encore une fois à Israël une paix sur la base des résolutions du Conseil de sécurité. Si cette direction est prise par Israël, il n’est pas douteux que le Hamas soit obligé d’en accepter les données générales. Le Hamas ne pourrait pas résister à une négociation où Israël retiendrait les propositions faites par les pays arabes, les propositions d’Annapolis et les résolutions du Conseil de sécurité.
Q.O.: Est-il possible de relancer le chaotique processus de paix alors que la bande de Gaza s’embrase ?
S.H.: Une négociation est indispensable et le plus vite possible. Nous les citoyens du monde, nous qui militons pour la paix et l’harmonie entre les peuples, nous qui pensons qu’Israël a droit à l’existence mais n’a pas le droit de bafouer le droit international et les conventions humanitaires, nous en sommes profondément convaincus.
Q.O.: Comment, dans les circonstances actuelles, une telle négociation pourrait-elle s’engager ?
S.H.: Il faut que le gouvernement israélien issu des urnes de février 2009 soit soumis à une pression forte de la part de ses alliés et de tous ceux qui l’ont soutenu dans son existence tout au long des 60 dernières années. Cette pression doit tendre vers l’ouverture d’une négociation, dont les résultats ne peuvent qu’être favorables à la sécurité d’Israël. Israël a autant besoin d’un partenaire palestinien souverain que ce dernier a besoin d’un accord de paix avec Israël. La négociation est nécessaire, on l’a affirmé à Oslo, on l’a répété à Annapolis. Elle semble, il est vrai, d’autant plus ardue qu’il est difficile pour Israël de convaincre en ce moment sa population qu’elle peut vivre avec le retour de ses colons installés en Cisjordanie. Qu’elle peut vivre avec Jérusalem capitale des deux Etats...
Q.O.: ... l’exercice semble des plus difficiles.
S.H.: La population israélienne est malheureusement très mal préparée à accepter cette solution. Il faut que
la pression vienne du monde extérieur. C’est la raison pour laquelle nous avons la naïveté de penser que
si Barack Obama se dévoile comme un président vraiment soucieux de la paix et de l’avenir positif d’Israël et
de l’Etat palestinien, les choses pourraient évoluer. Les Etats-Unis ont le pouvoir d’exercer sur Israël la pression nécessaire pour que la négociation reprenne vraiment et aboutisse.
Q.O.: S’exprimant en tant que Juif, Pierre Vidal-Naquet – pour ne citer que lui - avait dénoncé, à maintes reprises, cette attitude - toujours de mise - assimilant à de l’antisémitisme toute voix qui dénonce la politique répressive d’Israël. Avant de s’éteindre en 2006, il avait insisté sur la nécessité de distinguer entre judaïsme, sémitisme et sionisme belliqueux.
S.H.: Pierre Vidal-Naquet avait tout à fait raison. Cette distinction est indispensable. Dénoncer le sionisme
lorsqu’il se manifeste par la violence contre les Palestiniens n’est aucunement une atteinte au sémitisme, au
judaïsme. Cette distinction est relativement facile à faire pour ceux qui, comme moi, ont connu l’antisémitisme violent de la Seconde Guerre mondiale. Ils ne peuvent, en aucun cas, le confondre avec une critique raisonnable et justifiée contre le gouvernement d’Israël. Ce n’est pas de l’antisémitisme que de plaider, dans l’intérêt même du peuple juif, pour un changement de politique. Nous voudrions que les Juifs aient un Etat, qu’ils puissent vivre en paix avec les Palestiniens. C’est un objectif qui va dans le sens de la sympathie et de l’estime que l’on peut avoir pour tout ce que les Juifs ont apporté au Monde. Je rappelle que parmi les grandes figures qui ont nourri la civilisation moderne, il y a des Juifs, qu’il s’agisse de Moïse, de Jésus Christ, de Spinoza, d’Einstein, de Freud ou de Karl Marx. Nous devons à des Juifs beaucoup d’avancées au profit de la civilisation internationale. Ça n’a rien à voir avec la critique qu’il faut pouvoir
apporter avec rigueur contre ce que les gouvernements israéliens successifs ont fait d’inadmissibles, d’insupportables et de dérogatoires à la dignité du peuple juif. Cette politique des gouvernements israéliens est porteuse de danger, car elle est de nature à susciter une recrudescence de l’antisémitisme. Les gouvernants israéliens devraient se poser cette question. En agissant comme ils le font à Gaza, ils favorisent la résurgence latente et tout à fait injustifiée de l’antisémitisme.
(1) Stéphane Hessel : Citoyen sans frontières. Conversations avec Jean-Michel Helvig. Fayard.
Avec les compliments du Pingouin

























