LE PIGEON BLEU

Le Pigeon Bleu est le rendez-vous solidaire des ami(e)s rencontré(e)s au Fou de Bassan. Alors, on rit et on s'amuse au Pigeon Bleu ! NOSE DE CHAMPAGNE

20 juin 2012

Réponse de Mikis Théodorakis à ses détracteurs

theodorakis_mikis_1

Je suis Grec et fier de l’être, car nous sommes le seul peuple en Europe qui, pendant l’occupation allemande (1941-1944), non seulement n’a pas exercé de poursuites contre les Juifs mais, au contraire, les a aidés à vivre et à survivre avec tous les moyens dont nous disposions. 

À l’époque, J’étais moi-même partisan de l’Armée populaire de Libération et je me souviens que nous avions pris sous notre protection de nombreuses familles de Juifs Grecs, que nous nous sommes souvent battus contre les SS pour les sauver et beaucoup d’entre nous l’ont payé de leur vie. 

Plus tard, j’ai composé le cycle “Mauthausen” que, notamment en Israël, l’on considère quasiment comme un hymne national. J’ai ressenti une des plus grandes émotions de ma vie quand, dans les années 80, il m’a été accordé de diriger cette œuvre sur le site du camp de concentration de Mauthausen, tout d’abord chantée en grec par sa première interprète, Maria Farantouri, puis en allemand par Gisela May et en hébreu par la chanteuse israélienne, Elinoar Moav. Je l’ai dirigée une fois encore sur ces lieux et, depuis lors, l’œuvre enregistrée est diffusée sans interruption sur le site du camp. 

En 1972, j’ai bravé le boycottage européen et j’ai donné des dizaines de concerts en Israël, des moments que je qualifierais d’historiques en raison des liens d’amour mutuel qui nous unissaient. 

À cette même époque, Yigal Allon, alors Vice-Premier ministre du gouvernement israélien et Ministre de l’Éducation et de la Culture, m’a confié une première mission, celle de transmettre un message de paix à Arafat au nom de son gouvernement. C’est dans cette intention que je l’ai rencontré à Beyrouth et, à cette occasion, j’ai donné une conférence de presse dans une salle. Un groupe de fanatiques Palestiniens avait décidé de m’abattre, car il me considérait comme un complice des Juifs. C’est Arafat lui-même qui me l’a dit le lendemain avec, à ses côtés… le groupe de mes assassins en puissance. Qu’est-ce qui m’a sauvé ? Mon amour authentique pour les deux peuples martyrs : les Juifs et les Palestiniens. 

«Quand on t’a entendu pendant la conférence de presse», m’ont-ils dit, « on a compris que nous nous trompions». Qu’est-ce que j’avais dit au cours de la conférence de presse ? «Le conflit qui vous oppose ne sera pas résolu par les armes, mais par la compréhension mutuelle. De l’autre côté, il y a des hommes ordinaires qui vous ressemblent, simples et travailleurs, capables d’aimer et qui, comme vous, aiment leur famille et leur pays. C’est eux que vous devez trouver, parce que c’est avec eux que vous pourrez vivre dans la paix». 

Arafat m’a dit : «Tu as chanté les Juifs et tu as eu raison, car eux aussi c’est un peuple tourmenté. Comme nous. Alors, s’il te plaît, écris une chanson pour nous aussi…». C’est ainsi que j’ai écrit aussi un chant pour le peuple palestinien qui est devenu son Hymne national. 

Bien plus tard, à l’occasion de la remise du prix Nobel de la Paix à Rabin (Israël) et à Arafat (Palestine), l’orchestre symphonique d’Oslo avec, en soliste, l’interprète finlandaise Arja Saijonmaa a joué “Mauthausen” en hommage à Israël et le chant que j’avais composé, reconnu comme Hymne National, en l’honneur du peuple palestinien. Ce moment symbolique suffit à démontrer la place que j’occupe dans l’esprit et dans les cœurs des deux peuples. 

Je suis souvent allé en Israël, en Palestine et au Liban et c’était chaque fois la paix, l’amitié, la coexistence et la coopération entre ces deux peuples martyrs qui occupaient mes pensées. En tant que Grec, je me sens proche d’eux, comme si nous appartenions à la même famille. Et pourtant, pour certains fanatiques d’un côté comme de l’autre, je suis la cape rouge agitée devant le taureau.. Pourquoi ? Parce que j’ai la franchise et le courage de dire la vérité et de la dire même dans la gueule du loup. Ainsi, quand je suis en Palestine je m’exprime ouvertement et publiquement contre les fanatiques qui me haïssent et, quand je suis en Israël, je fais de même en critiquant tout aussi ouvertement et publiquement les fanatiques qui, en raison de la diaspora juive présente dans tous les pays du monde, ont la possibilité de transformer leur haine en venin et en mensonges monstrueux. 

Dans mon opéra «les Métamorphoses de Dionysos» (dont j’ai écrit aussi le livret), il y a une scène où des Juifs sont déportés par des SS dans des camps d’extermination. Il s’agit d’un moment crucial de l’œuvre, d’une condamnation du Nazisme qui dévoile d’une façon très humaine, l’affliction psychique et intellectuelle que je ressens devant les souffrances des Juifs. 

D’ailleurs, la dénonciation du racisme et la défense de ses victimes ont guidé mes décisions et mes actes tout au long de ma vie. Une vie jalonnée de poursuites qui m’ont souvent poussé jusqu’au seuil de la mort. 

Donc, me qualifier de raciste et d’antisémite n’est pas une simple calomnie, mais l’expression de la pire bassesse morale, issue le plus souvent de cercles proches d’organisations et d’individus opérant dans la mouvance du Néonazisme et auxquels la crise a permis de relever la tête pour nous menacer et –incroyable, mais vrai– nous accuser, eux, d’….antisémitisme en utilisant un arsenal de mensonges et de déclarations insidieuses! 

Il suffit de dire, par erreur manifeste, dans une interview de trois heures «antisémite» au lieu de «antiraciste», et on s’empare d’une seule et unique phrase dont on isole un mot, brandi comme un étendard, tout simplement pour servir l’intention de m’incriminer. Combien d’années était-on aux aguets pour une simple erreur ? Le mot «antisémite» correspond-il vraiment à ce qui suit ? «J’aime le peuple juif avec lequel nous avons vécu et souffert en Grèce pendant des années et je hais l’antisémitisme». Je suppose que mes différents ennemis se sont bien gardés de citer ces paroles. Et pourtant, c’est EXACTEMENT la phrase qui suit. Ce n’est pas quelque chose que je viens d’inventer, après-coup, en guise d’alibi. Il en EST ainsi et il est facile de le prouver de façon incontestable en écoutant TOUTE la phrase, exactement comme je l’ai prononcée et non pas en la tronquant comme l’ont voulu mes adversaires.

Peut-être va-t-on se demander pourquoi et comment certains persistent à vouloir discréditer un ami si fidèle d’Israël et des Juifs et tentent de me faire passer à tout prix pour un antisémite. (De qui parle-t-on ? De quelqu’un qui a connu les sous-sols de la Gestapo pour les sauver !)… 

Toutefois, la réponse est finalement simple : beaucoup de mes amis juifs sont d’accord avec moi. Certains sont d’accord avec moi,-même s’ils vivent en Israël, donc dans la tourmente quotidienne des évènements. Alors, si les simples citoyens du peuple d’Israël entendent mes idées, telles qu’elles sont réellement exprimées, ils « risqueraient » (selon mes ennemis, bien sûr) d’être d’accord avec moi, en pensant que la solution du problème ne se trouve pas dans la violence et les armes, mais dans la coexistence et la paix. Ce qui ne plaît pas du tout à mes adversaires car, bien sûr, j’ai –à plusieurs reprises– totalement désapprouvé la politique de l’État d’Israël et j’ai exprimé ce désaccord avec force et de la façon la plus claire et la plus catégorique (comme je fais toujours). Pour ne pas courir le risque que ces citoyens se rangent à mes opinions, ils ne doivent pas les entendre. Et quelle est la meilleure et la plus sûre façon de procéder pour arriver à ses fins ? Et bien, leur tactique habituelle : me coller «l’étiquette» d’antisémite, de sorte qu’aucun Juif, où qu’il se trouve, ne veuille plus entendre non seulement mes idées, mais même mon nom.  

Et maintenant, particulièrement en France où brusquement on «s’est souvenu» d’une interview donnée il environ un an et demi, il existe -de toute évidence- une autre raison: porter atteinte à la Gauche. Leur prétendu «argument» (qui est totalement mensonger) est que son leader, M. Mélenchon me connaît et que, par conséquent…il a des amis antisémites ! Toutefois, la vérité –malheureusement pour eux– est évidente et je pense que tout homme animé de bonnes intentions peut s’en rendre compte.

Donc, même si après la lecture de ce qui précède, certains persistent encore à me faire passer pour quelqu’un que je n’ai jamais été et que, bien sûr, je ne suis pas, le doute n’est plus permis. Tout est fait sciemment pour servir d’autres finalités, car ma foi inébranlable dans la paix et la coexistence de ces deux peuples martyrs dérange plus d’un.  

Athènes, le 15 juin 2012

Mikis Théodorakis

[Traduit du grec par Arlette Manoli]

Transmis par Francis 

Posté par pigeon voyageur à 21:18 - Commentaires [13] - Permalien [#]

Commentaires

    Israël où le monde à l'envers !

    [G]Honte à la dictature médiatique occidentale, aux manipulateurs de tous poil, honte aux escrocs qui se dissimulent derrière le fallacieux prétexte de l'anti-sémitisme, toujours les mêmes, les grand défenseurs de la Sainte Israël (avec ministres fascistes et groupe néo-nazis), Israël qui grignote le territoire palestinien depuis 60 ans, sans que l'ONU ni trouve à redire...
    Tenter de salir un homme et un musicien tel que Teodorakis est ignoble et digne de vous![/G]

    [Img]:url://n.lapietra.free.fr/eveil2lame/_Images/PJC_GhettoGhaza_FrontieresPalestineIsrael.jpg[/Img]

    Posté par TZ., 21 juin 2012 à 08:20
  • merci pour ce texte !
    Théodorakis a été pris en otage par la droite avec la complicité des médiacrates et autre soces amères,

    c'est en marchant qu'on trace le chemin : cela n'empèche pas de tendre les oreilles pour écouter les bruissements des feuilles des arbres et de sentir les odeurs matinales :
    Le PS a réussi son programme, comme naguère en 1981 : contenir au maximum les forces de gauche, les vraies, celles qui ne cherchent qu'à réunir, tous ensemble....
    reprendre le combat, toujours et toujours, construire le désir d'une Constituante pour aller vers la 6ème République, la 5ème marque ses limites par l'abstention -entre autre- et cela ne dérange pas le MEDEF et ses lansquenets !!
    A la jeunesse de construire son avenir, et aux "anciens" de l'accompagner....
    Y a du pain sur la planche....n'attendons plus la brioche !!

    Posté par morvandiaux, 22 juin 2012 à 07:35
  • ILS PEUVENT ALLER SE FAIRE VOIR...

    Je m'étais demandé comment un Mikis Théodorakis comme celui que je connaissais (qui avait été délivré des geôles des colonels fascistes grecs par un Jean-Jacques Servan-Schreiber de l'extrême centre droit d'une époque où les hommes - même bâteleurs politiciens - pouvaient avoir un certain courage) avait dégénéré en ce hochet pitoyable agité par notre "vertueuse" droite dans notre débat politique fraco-français...

    Le Mikis Théodorakis que je connaissais avait notamment fait paraître "Journal de résistance" en 1971 aux Editions Flammarion. Il avait 16 ans quand les nazis envahissaient la grèce en 1941.

    L'année suivante, emprisonné et torturé pour avoir frappé un officier italien, il fait connaissance en prison avec les communistes. Il: rejoint la résistance organisée en adhérant à l'EPON (mouvement de jeunesse de l'EAM - Front de Libération Nationale). Après une nouvelle arrestation en 1944, il devient membre de l'ELAS, organisation militaire de l'EAM et participe au désarmement de l'Etat-Major de la Luftwaffe au Pirée, au début octobre... Mais après les occupations italienne puis allemande, le 14 octobre 1944, c'est l'armée britannique qui devient puissance occupante et qui va se lancer dans l'élimination des partisans grecs à partir du début décembre 1944... Après bien des péripéties où il est gravement blessé et manque de perdre la vie, à partir de mars 1947 il entre à nouveau en résistance, dans la clandestinité (où il connaîtra Mélina Mercouri) contre les nouveaux "protecteurs" US de la Grèce... et il est capturé et déporté en Icarie, à l'île de Makronissos en camps de concentration où il fait connaissance avec un autre interné qui deviendra célèbre, le poète Yannis Ritsos... Il y connaîtra à nouveau les tortures qui lui infligeront de très graves blessures... En septembre 1949, la résistance est peu à peu étouffée et la guerre civile prend fin sur la victoire de la droite appuyée par "les alliés"... Théodorakis sera même soumis par ses bourreaux à l'internement psychiatrique... En 1958 il accède à la célébrité internationale en tant que le compositeur que l'on connaît. En mai 1963, le député de la gauche EDA Grigoris Lambrakis est abattu au cours d'une manifestation pour la paix à Thessalonique... C'est Théodorakis (38 ans) qui sera désigné à l'été comme président des Jeunesses Lambrakis. Il est élu député du Pirée en 1964... Le discours du nouvel an du roi Constantin accuse 70% de la population grecque d'être communiste et la musique de Théodorakis est interdite à la radio d'Etat... et le 21 avril 1967, les militaires font leur coup d'Etat et le 6 mai, la Jeunesse communiste est "dissoute". Théodorakis est emprisonné gravement blessé fin août à la prison Averoff, rue Bouboulinas à Athènes... Il est ensuite transféré au pénitencier de'Oropos... Le 13 avril 1970, JJSS atterrit avec son Falcon au Bourget et amène Théodorakis dans son nouvel exil...

    Cet homme là se bat depuis toujours pour la liberté, sur le principe que tant qu'un seul homme sur cette Terre ne sera pas libre, il ne se considèrera pas libre lui-même... Et c'est cet homme-là que des misérables cloportes du genre de Juppé, Copé, Kociusco-Morizet, etc. se permettent de salir !!!

    Comme disait Gorges Marchais, grand filousophe à ses heures, "on ne jette pas la pierre à un palmier stérile" !

    La lettre admirable de Mikis Théodorakis contre ses détracteurs, transmise par Francis et que j'ai lue en fin d'Huma hier est une immense giffle à ces misérables et à tous ceux qui ont laissé dire, des fois que le sens du vent... On se lève tous devant Théodorakis !


    [G]NOSE DE CHAMPAGNE[/G]

    Posté par NOSE, 28 juin 2012 à 11:18
  • Aux crapules d'hier et d'aujourd'hui...

    [G]...Mikis Theodorakis était de ceux-là ![Héééhooo]
    VIVE L'ELAS et le KKE ![/G]

    http://youtu.be/v4ClkefSGg8

    Posté par Aleko, 29 juin 2012 à 10:18
  • Remember !

    http://youtu.be/VTReB0eakWQ
    [Héééhooo][Héééhooo][Héééhooo]

    Posté par Aleko, 29 juin 2012 à 14:55
  • Remember ! (2)

    http://youtu.be/f1ij2vGc2IA

    Posté par Aleko, 29 juin 2012 à 15:26
  • Les héritiers

    http://youtu.be/I4K7OknvsB0
    [Héééhooo][Héééhooo][Héééhooo]

    Posté par Aleko, 30 juin 2012 à 15:00
  • Avez-vous des commentaires...

    ...sur le contenu de cette déclaration ???[mmm]

    http://www.legrandsoir.info/pourquoi-nous-allons-rejoindre-le-front-de-gauche.html

    Posté par TZ., 12 juillet 2012 à 20:45
  • L'homme à la fleur

    [Img]:url://4.bp.blogspot.com/-ko6z1EHGL5E/T1TcUh3_XaI/AAAAAAAAAF0/gtzYDTImtcg/s1600/1mpelogiannis.jpg[/Img]
    [G]Nikos Beloyannis, assassiné par la junte militaire en 1952.
    Souvenez-vous ![/G]

    Posté par Aleko, 13 juillet 2012 à 08:41
  • Μιλάς ελληνικά ?

    [G]Do you speak Greek ?[/G][Héééhooo]

    http://youtu.be/_kBhl6qonak

    Posté par TZ., 13 juillet 2012 à 08:50
  • à TZ

    c'est avec satisfaction que j'enregistre l'entrée de GA dans le FdG , il nous faudra integrer dans les meilleures conditions ce nouveau courant en veillant à ce qu'ils n'importent pas dans le FdG leur grande connaissance de l'action des courants!
    [Héééhooo][Héééhooo]

    Posté par cloclo, 13 juillet 2012 à 10:06
  • Wooooaooh Toloooosa !

    [Img]:url://ep.xhamster.com/000/016/891/125_1000.jpg[/Img]
    [Youpiii]

    Posté par TZ., 13 juillet 2012 à 16:31
  • non non !!!

    ce gaillard couillu ne joue pas à toulouse , ici on est plus pudique [mdr][mdr]

    Posté par cloclo, 14 juillet 2012 à 09:18

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