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LE PIGEON BLEU
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21 octobre 2007

IDEES....

 

Parce qu'il me semble important de resituer les responsabilités de chacun et surtout en aucun cas laisser salir la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour qu'individuellement et aussi collectivement nous puissions aujourd'hui (encore) nous exprimer,pour ne pas se tromper d'adversaire et connaître l'histoire tout simplement,je vous propose de lire ces deux articles et peut être affiner la connaissance avec le livre d'Annie Lacroix-Riz,chercheur en histoire et professeure en université.A faire connaître autour de vous ....

Roger

Le patronat et la trahison des années 1930

Comment, pour préserver leur domination sociale, les élites économiques et politiques françaises firent le choix de la défaite.

Le choix de la défaite. Les élites françaises dans les années 1930,

par Annie Lacroix-Riz. Éditions Armand-Colin, 2006, 35,50 euros.

Un grand livre d’histoire se définit premièrement par la découverte et l’exploitation méthodique de documents assez nombreux pour permettre des recoupements, deuxièmement, par un point de vue qui structure l’enquête sur le passé (Annie Lacroix-Riz répond à Marc Bloch qui, avant d’être fusillé en 1944, s’interrogeait sur les intrigues menées entre 1933 et 1939 qui conduisirent à cette « étrange défaite »), troisièmement, par une théorie qui permet de penser l’histoire. Pour l’auteure, la lutte des classes est une affaire de longue durée et peut susciter des alliances et l’usage de toutes les techniques sociales de domination. Ce livre montre bien que les dirigeants du capitalisme n’ont eu de cesse, depuis la révolution bolchevique en Russie, l’organisation du Parti communiste français et la montée en puissance d’une classe ouvrière qui menaçait le partage des profits, non seulement de reprendre le terrain perdu mais aussi d’empêcher toutes menées contestataires. Il montre que les dirigeants des différents secteurs savent faire front commun quand ils estiment leurs intérêts menacés.

L’alliance entre le grand patronat, ses organisations, la banque, la presse et le monde politique soutiendra d’abord le rêve d’une union des impérialismes - dont le nazisme serait en quelque sorte le bras armé - pour défaire le bolchevisme et retrouver, en Russie,

les marchés perdus. Cette orientation générale, qui, bien sûr, connaît des variations en fonction des fluctuations politiques, conduira à abandonner la Tchécoslovaquie, les pays d’Europe centrale et orientale et l’Espagne, aux menées de l’axe Rome-Berlin.

Cette alliance rêvait aussi de réduire

à merci la classe ouvrière. Très tôt « l’admiration pour la ferme gestion

des rapports sociaux avait fasciné le patronat », écrit l’auteure. La politique de Hitler qui supprimait les syndicats, réussissait à obtenir une « classe ouvrière désintégrée », vantait les rapports confiants entre employeurs et salariés, célébrait le travail et affirmait que l’effort et le risque devaient être récompensés, enchantait le patronat. Pour réussir à imposer la même politique en France, l’alliance des dominants emploie bien sûr les techniques classiques mais a aussi recours aux moyens illégaux en préparant des complots pour abattre la République. Cette alliance repose sur un mouvement - la synarchie - capable bientôt de se doter d’un appareil secret - la Cagoule - et même d’une organisation armée : le CSAR. Elle cherche à imposer un « gouvernement fort », comme le dira plusieurs fois l’ambassadeur de France François Poncet à Hitler. Les divers moyens utilisés ne réussissant pas (échec de la marche sur l’Assemblée nationale de 1934, tentative déjouée de coup d’État armé en 1937), il reste à s’allier de plus en plus avec le nazisme qui, seul, devrait permettre à cette stratégie de victoire définitive sur la classe ouvrière de réussir. Les compromissions, le renforcement de la présence nazie en France, les accords entre les entreprises qui précèdent la « collaboration » fructueuse des milieux d’affaires conduisent progressivement à l’« étrange défaite » de 1940. Dès lors, Pétain et Laval dirigent un gouvernement d’hommes d’affaires et prennent toutes les mesures régressives et répressives.

On l’a compris, voilà un livre appuyé sur une documentation irréfutable qui dérangera tous ceux pour qui la « lutte des classes » est une fadaise : il montre comment les dominants savent s’allier pour imposer la vision du monde qui, croient-ils, sert au mieux leurs intérêts, leur position et leur identité.

Christian de Montlibert, sociologue

Paru le 9 mars 2007(Huma)

Il s’appelait Guy Môquet, il avait 17 ans

Emprisonné pour avoir diffusé les idées communistes, fils du député communiste Prosper Môquet, il fit partie des otages choisis par le ministre de l’Intérieur de Pétain,Pierre Pucheu, et fusillés par les nazis à Châteaubriant.

La station Guy-Môquet est sur la ligne 13 du métro, celle qui va à Saint-Denis et au siège du journal. Sur l’un des quais il y a une sorte de petite cabane vitrée. Dedans, la photo de Guy Môquet, celle de ses parents et la lettre. Cette lettre-là. Combien de gens, se disait-on souvent, passeront sans la voir, sans la lire. Combien de jeunes gens, filles et garçons, ne sauront même pas qu’il avait leur âge quand il a été fusillé par les nazis, à Châteaubriant, près de Nantes, le 22 octobre 1941, dans la carrière de la Sablière.

Pourquoi faut-il maintenant que revienne avec insistance ce vers de Rimbaud : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. » Guy Môquet habitait avec sa mère à deux rues de la station. Rue Baron, dans ce 17e arrondissement dont son père était le député.

1936. Il a douze ans. Prosper Môquet est cheminot, militant syndical. C’est le candidat du Parti communiste. Au second tour, il est élu député des Épinettes. Quelque temps après, on va danser dans les usines occupées. Des millions de salariés sont en grève. Jusqu’aux femmes de chambre dans les beaux hôtels de Paris. C’est le Front populaire et la vie est à eux. On imagine sans mal de quoi l’on peut parler dans la famille Môquet, chez les amis, les voisins. Le tout jeune homme est fier de son père. Torturé après son arrestation, à peine trois ans plus tard, il aurait répondu à ceux qui l’interrogent, les policiers français qui lui demandent les noms des amis de son père : « Ce sont tous les braves gens qui l’ont élu en 1936. » La réponse à de l’allure. Guy Môquet aime les belles phrases et s’essaye, maladroitement il faut bien le dire, à la poésie. C’est en alexandrins qu’il écrira au président Édouard Herriot pour demander la libération de son père :

« Monsieur le Président, je suis l’un des enfants d’un de ces députés

Qui sont tous en prison, aujourd’hui enfermés »…

Car les vociférations de Hitler sont devenues des actes. Les prières d’une partie de la grande bourgeoisie : « Mieux vaut Hitler que le Front populaire » vont bientôt être exaucées. La signature du pacte germano-soviétique va lui donner le prétexte qu’elle attend pour interdire le Parti communiste, interdire l’Humanité. Dès le 4 septembre 1939, des peines de prison de trois à quinze mois vont punir les militants communistes qui distribuent l’Huma devenue clandestine ou des tracts. Le 10 octobre 1939, Prosper Môquet, qui est venu voir sa femme et ses enfants en Normandie où ils se sont réfugiés, est arrêté. Il sera incarcéré avec les autres députés communistes qui n’ont rien renié ou abjuré au bagne de Maison-Carrée, en Algérie. En mars 1940, plus de trois mille militants communistes et syndicalistes sont emprisonnés. C’est le temps de la haine. Un journal, Gringoire, demande : « Le poteau pour les traîtres communistes. » Le 4 avril, le décret Sérol, du nom du ministre socialiste qui le signe, instaure même la possibilité de la peine de mort pour propagande communiste.

Guy a réagi avec panache, ce qui semble être son caractère, à l’arrestation de son père. Avec le sens du devoir aussi peut-être, le sentiment de devenir un homme, sans doute. Il quitte sa mère et revient à Paris : « Papa est arrêté, dit-il, je dois le remplacer. » Dans le 17e arrondissement, il organise les Jeunesses communistes clandestines. À vélo, ils lancent des tracts à la volée. Ils inscrivent la nuit sur les murs :

« Libérez les emprisonnés ». Guy rend compte à la direction du mouvement de l’activité de son secteur : « Tous les soirs en moyenne, trois à quatre cents papillons sont collés, les inscriptions à la craie sont en nombre indéfini. » Et un peu plus loin : « Trois de nos meilleurs camarades se sont fait arrêter et sont maintenant à la Santé, ce sont Planquet, Simon et Bersilli. » Le 13 octobre de cette année 1940, c’est son tour, gare de l’Est. La France, depuis le mois de mai, est occupée par les nazis. La police française, aux ordres désormais du gouvernement de collaboration de Vichy et de Pétain, arrête les communistes français. GuyMôquet est interné à la Santé, puis à Fresnes. Jugé en janvier 1941, il est théoriquement acquitté, sans doute en raison de son âge, mais pratiquement maintenu en détention à Clairvaux, d’abord, puis au camp de Châteaubriant, dans la région de Nantes.

Le 21 août 1941, au métro Barbès-Rochechouart, celui qui deviendra le Colonel Fabien a tiré sur un officier allemand. C’est le premier acte en France de résistance armée. Le 20 octobre à Nantes, le lieutenant-colonel Holtz, commandant de la place, est abattu. À Paris, le général Stülpnagel ordonne de fusiller cinquante otages. Ce n’est pas la première fois que les nazis exécutent des patriotes. À Rouen, en juillet 1940, Étienne Achavanne a été exécuté après un sabotage. Le 23 décembre 1940, Jacques Bonsergent, dont une station de métro porte aussi le nom, est également exécuté.

Mais il s’agit maintenant de représailles de masse. De masse, mais pas aveugles.

Le 21 octobre, le chef du bureau du sous-préfet de Châteaubriant part pour Paris avec un dossier de 200 noms. Pierre Pucheu, ministre de l’Intérieur de Pétain, va choisir 27 noms. Les autres seront choisis dans d’autres lieux de détention.

Mais qui est Pierre Pucheu ? Administrateur des fonderies de Pont-à-Mousson, des aciéries de Micheville, fondateur du Cartel international de l’acier, il est l’un des plus éminents

représentants de ce qu’on appelait alors le Comité des forges et de cette bourgeoisie qui, après le triomphe de Hitler, entend prendre sa revanche sur le Front populaire. Pucheu, donc, choisit. Politiquement.

Charles Michels, secrétaire général des cuirs et peaux CGT ; Jean-Pierre Timbaud, dirigeant de la métallurgie CGT ; Jean Poulmarch, dirigeant du syndicat des produits chimiques CGT ; Jules Vercruysses, dirigeant du textile CGT ; Désiré Granet, dirigeant du papier-carton CGT ; Jean Grandel, secrétaire de la fédération postale CGT… Les autres sont professeurs, étudiants, ouvriers. Presque tous sont communistes et nombre d’entre eux sont des élus. Charles Michels est député de Paris, Granet est adjoint à Vitry, Grandel est maire de Gennevilliers.

Guy Môquet, dix-sept ans, est le fils du député communiste de Paris Prosper Môquet. Pucheu choisit.

Louis Aragon a raconté les dernières heures des otages. Guy a écrit sur les planches de son baraquement : « Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les vingt-sept qui allons mourir. »

Quelques jours après, une lettre que lui adressée son père depuis le bagne d’Algérie lui revient. Elle porte simplement le cachet : « Retour à l’envoyeur ». Après guerre, la valise en carton bouilli de Guy reviendra à sa mère. Une chemise, un pull, une casquette à chevrons, une autre en toile. La valise est fermée par un bout de ficelle.

Le 22 octobre dans la carrière de la Sablière, il faisait beau à n’y pas croire. À quoi Guy pensait-il avant de s’évanouir ? Au ciel bleu, à ses parents, à Odette, rencontrée au camp et au baiser d’amour qu’elle lui avait promis ? Lui qui aimait la poésie, connaissait-il les vers de Rimbaud ?

« Vous êtes amoureux, loué jusqu’au mois d’août

Vous êtes amoureux, vos sonnets la font rire

Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût

Puis l’adorée un soir a daigné vous écrire !

Ce soir-là… vous rentrez aux cafés éclatants,

Vous demandez des bocks ou de la limonade…

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans

Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade. »

Maurice Ulrich

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Commentaires
R
Opposer,les uns aux autres n'est pas nouveau,Tillon a joué un rôle incontestable,dans l'organisation des FTPF,sa vision politique dés 1939 était juste,comme celle de nombreux brigadistes qui revenait d'Espagne.Sauver et construire un apareil communiste clandestin,n'était pas simple,pour avoir connu des camarades qui l'ont réalisé,j'ai souvent été époustouflé de leur audace et de leur courage au quotidien,parler de Tillon c'est oublier que la direction clandestine du Parti était composée de trois camarades(Benoit Frachon,Charles Tillon,et Jacques Duclos)chacun jouant sa partition.<br /> En ce qui concerne l'exclusion de Charles Tillon,il faut savoir que de trés nombreux camarades étaient contre,j'en étais!Un courant montant au sein du PC se faisait jour et le succés de J.Duclos à la présidentielle de 1969 freinait cette l'ascension,Waldek Rochet,déstabilisé par la maladie ainsi qu'une multitude d'autres signes annonçait le virage des années 70/80,ce qu'il convient de savoir c'est qu'une proposition de réintégration à été faite et que Ch.Tillon a refusé(ce qui peut se comprendre)...<br /> L'objectif de ce type d'article,comme un certain nombre d'autre sur ce site,vise plus à déstabiliser la direction actuelle du Parti,qu'à apporter un éclairage objectif sur cette période de l'histoire,quant à l'auteure de ces textes,sans vouloir mettre en cause sa "sincérité"Il serait bon d'analyser son propre parcours avant de donner des leçons aux militants qui pour certains ont donné leur vie pour que nous puissions seulement parler!<br /> <br /> Trés modestement Roger.
A
mais oui marsa, elle fait [G]SA[/G] crise !!!!tout est bon : il faut qu'elle écrive, qu'elle hurle, qu'elle vocifère !!!! n'oublie pas qu'elle n'est au PCF que depuis quelques mois, alors elle n'a pas fini d'en découvrir des choses !<br /> mais ce qui est terrible c'est que madame a un avis sur tout et qu'aussitôt sa bande de groupies fait sa sienne sa théorie !!!<br /> et cela devient paroles d'évangile sur [G]BELLACHIOTTE ![/G]!!<br /> pauvre PCF !!![Bouée][Bouée][Bouée]au secours !
M
Voir à ce sujet l'ITW de Séguy dans l'Huma!!<br /> <br /> <br /> <br /> spécial Guy Môquet<br /> " Les fascistes ont voulu terroriser la jeunesse. Cela a eu un effet inverse".<br /> Entretien avec Georges Séguy. "Nous refusions de nous incliner devant les lois du gouvernement de l’Etat français légalement constitué à Vichy. Nous nous sommes insurgés contre la politique de trahison" déclare l’ancien secrétaire général de la CGT, à l’époque militant de la Jeunesse communiste, déporté à dix-sept ans.<br /> <br /> Vous appartenez comme Guy Môquet à cette génération d’enfants du Front populaire devenus adolescents lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, et qui sont rentrés en Résistance aux premières heures de l’occupation nazie. Qu’est-ce qui vous rapproche de Guy Môquet ?<br /> <br /> Georges Séguy. Ma proximité avec Guy Môquet tient à plusieurs raisons. Je suis, comme lui, fils de cheminot. J’ai adhéré très tôt à la Jeunesse communiste. Je me suis engagé très tôt également dans la Résistance. Jusqu’à l’âge de dix-sept ans, j’ai suivi à peu près le même itinéraire que Guy Môquet, mais lui a été fusillé. Moi, j’ai été arrêté par la Gestapo et déporté. Nos pères étaient des militants communistes et syndicalistes, qui s’étaient engagés pour le Front populaire. Tout enfant, je suis allé dans toutes sortes de manifestations, un jour notamment pour la libération de mon instituteur, Georges Fournial (1), qui avait été arrêté lors d’une bagarre avec les fascistes en 1934. Il y eut aussi la solidarité avec le peuple espagnol. Très jeunes, nous avons fait des collectes au porte-à-porte pour les républicains. Dès le déclenchement de la guerre, nous savions dans la famille que le fascisme, comme disait mon père, c’était beaucoup plus dangereux que le choléra. Quand la guerre fut déclarée, le Parti communiste a été immédiatement dissous puis ce fut le tour de la plupart des syndicats. Et nous, en tant que jeunes communistes, nous nous sommes engagés dans la Résistance avant même que le pouvoir de Pétain ait été mis en place, en juillet 1940.<br /> <br /> Pourquoi cette particularité des jeunes communistes ?<br /> <br /> Georges Séguy. Toulouse était dans la zone prétendue libre, mais en fait sous la tutelle des fascistes français. Nous n’obéissions pas à une organisation puisque tout était dissous. Les militants étaient poursuivis, beaucoup déjà dans l’illégalité, d’autres en prison, comme le père de Guy Môquet. Les jeunes communistes ont bénéficié d’une sorte de prolongation de légalité. L’affaire n’est pas très connue. La JC toulousaine se réunissait chaque dimanche matin sous le couvert des Amis de l’Union soviétique qui était une association autorisée jusqu’à l’entrée en guerre de Hitler contre l’URSS en 1941. C’est au cours de l’une de ces réunions que les jeunes communistes ont préparé la visite de Pétain à Toulouse le 6 novembre 1940. Nous avons lancé depuis plusieurs fenêtres de la rue d’Alsace des tracts antivichystes et antinazis. Cela a eu un écho formidable. Une foule immense attendait Pétain. Quand les tracts sont tombés sur le sol, beaucoup de gens les ont ramassés et les ont glissés dans leurs poches. Il n’y avait pas de directives précises. L’idée est venue de nousmêmes, entre copains de la JC. Nous nous sommes dit : on ne peut pas laisser venir Pétain sans rien faire. Puis l’engagement s’est poursuivi selon les affinités de chacun, de façon très individualisée localement.<br /> <br /> Dans quelles circonstances entrez-vous dans l’illégalité ?<br /> <br /> Georges Séguy. Après mon certificat d’études primaires, je suis rentré au cours complémentaire. Je me souviens des affiches de Pétain dans les classes, et l’enseignement de la langue allemande était devenu obligatoire, ce qui nous déplaisait beaucoup. J’en avais marre de continuer à aller à l’école dans ces conditions, et le jour où ils ont assassiné Pierre Sémard (2), le 7 mars 1942, j’ai dit à mon père que je ne voulais plus aller à l’école, que je voulais rentrer dans la lutte avec les copains qui y étaient déjà. Je voulais venger Pierre Sémard. Ce fut difficile à le faire admettre, car j’avais quinze ans. Je suis rentré alors dans une imprimerie clandestine pour le compte des FTP, et j’ai proposé à mon patron, un libertaire antifasciste, de travailler pour les besoins de la mouvance communiste. De 1942 à 1944, j’ai imprimé des tracts, des journaux clandestins (l’Humanité, l’Avant-garde), de fausses cartes d’identité, de faux certificats de baptême pour Mgr Salliège, l’archevêque de Toulouse, qui était un antifasciste, des livrets de famille, etc. Cela dura jusqu’au jour où, sur dénonciation, nous avons été arrêtés par la Gestapo. J’allais avoir dix-sept ans. Mon patron a été le premier à être interrogé. Les policiers l’ont torturé de manière ignoble, et l’ont ramené ensuite dans ma cellule à la prison Saint- Michel. Il m’a dit qu’il n’avait pas parlé de moi. De sorte que je me suis installé dans la situation d’un apprenti qui exécutait ce que lui demandait son patron et ne savait rien de ce qui se passait. Les policiers m’ont fait subir un interrogatoire musclé pour m’impressionner et n’ont pas réussi à savoir qui était à l’origine du matériel que nous imprimions. J’ai été déporté, comme mon patron, à Mauthausen au terme d’un voyage horrible. Là, j’ai retrouvé des copains, dont l’un était le journaliste de l’Humanité Octave Rabaté, surnommé Tatave. Par son intermédiaire, j’ai pris contact avec l’organisation clandestine du camp. J’avais dix-huit ans, quand je suis rentré en France. À mon retour en 1945, j’appris que l’affaire de l’imprimerie avait fait grand bruit, car les Allemands avaient organisé une souricière après notre arrestation. Tous les gens qui s’étaient présentés à l’imprimerie avaient été capturés et déportés. J’ai occupé ensuite des responsabilités au PCF et à la CGT au syndicat des cheminots de Toulouse avant d’être appelé à des responsabilités nationales.<br /> <br /> Qu’est-ce qui fait que des jeunes communistes s’engagent dans ce combat tout en connaissant les risques qu’ils encourent ?<br /> <br /> Georges Séguy. [G]Les jeunes communistes de notre génération, comme Guy Môquet, se sont engagés par amour de la liberté et pour défendre leur pays. Ils ne supportaient pas l’occupation de la France par une puissance étrangère. Ils sont entrés dans l’action de leur propre chef. Tout était désorganisé. L’information nous parvenait de manière chaotique. Il faut observer que l’Appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, qui avait été précédé de celui du dirigeant communiste Charles Tillon à Bordeaux, n’a pas été connu rapidement par l’opinion publique française. Guy Môquet s’est engagé dans la Résistance avant de connaître l’Appel du 18 juin. Les jeunes communistes étaient présents aux premières heures de la Résistance. Par la suite, nous avons été rejoints par d’autres jeunes, beaucoup de catholiques, qui avaient milité à la JOC et qui ne trouvaient pas d’organisation, au sein de laquelle ils voulaient manifester leur volonté de lutte. Petit à petit cette résistance est devenue militaire avec les FTP, qui ont su capter l’énergie de la jeunesse. L’hommage à Guy Môquet est l’occasion de balayer cette calomnie, contre laquelle je me suis toujours battu, selon laquelle les communistes ne seraient entrés dans la Résistance qu’au moment où l’URSS a été attaquée. Il est vrai que le pacte germanosoviétique fut difficile à vivre pour de nombreux militants, surtout de la génération de nos parents, beaucoup plus que pour nous les jeunes. L’appel du 10 juillet 1940 de Maurice Thorez et Jacques Duclos n’évoquait que la lutte contre le régime de Vichy, qui avait trahi la France, alors que Charles Tillon, lui, appelait au combat contre l’occupation nazie. Mon père et ses copains étaient désemparés par le pacte germano-soviétique. L’idée qui prédominait c’était : « On ne comprend pas tout, mais ils ont sûrement raison. » Notre maison était un lieu de rendezvous des militants entrés dans la clandestinité. C’est ainsi que beaucoup d’informations parvenaient jusqu’à nous. Nous avions des contacts avec des camarades espagnols, avec les combattants de la MOI, qui passaient à l’imprimerie. Il y avait des copains italiens, des Allemands antifascistes. Cela formait la même constellation de nationalités que sur l’Affiche rouge. J’ai participé à des actions pour faire évader des camps de la région des camarades républicains espagnols, qui sont entrés dans la Résistance et ont fondé le fameux groupe des guérilleros de l’Ariège et des Pyrénées qui ont participé de façon glorieuse à la libération de Toulouse. J’ai retrouvé aussi beaucoup de républicains espagnols au camp de Mauthausen, qui avaient été livrés aux Allemands par le gouvernement de Vichy. Ils avaient perdu beaucoup des leurs dans la construction du camp mais, lorsque nous sommes arrivés au camp, ils avaient déjà une expérience et avaient conquis des positions qui ont facilité notre survie.[/G]<br /> <br /> Vous participez à de nombreuses rencontres avec des jeunes, collégiens et lycéens, quels enseignements tirez-vous de ces échanges ?<br /> <br /> Georges Séguy. Les élèves posent beaucoup de questions sur nos conditions d’existence dans l’univers concentrationnaire, mais pas assez sur les raisons pour lesquels nous étions déportés. Et donc sur ce qui nous a poussés à nous engager. La répression a contribué à l’engagement des jeunes. Pour moi ce fut la mort de Pierre Sémard qui fut l’élément déclencheur. Je me souviens de mon père nous l’apprenant en pleurs le lendemain. Pierre Sémard était un ami proche de mon père. Chaque fois qu’il venait à Toulouse, il logeait à la maison. Je le connaissais depuis mon plus jeune âge. De même, quand fut connue l’exécution des vingt-sept de Châteaubriant, immédiatement de nombreux jeunes sont entrés dans la Résistance. Nous ne pouvions pas rester passifs quand une répression sanguinaire s’abattait. Et puis, pour la plupart, nous n’avions pas encore de charge de famille, nous n’avions que notre vie à mettre en jeu. Beaucoup de groupes de résistants étaient composés de jeunes. Les fascistes ont voulu terroriser la jeunesse en fusillant un jeune communiste de dix-sept ans. Cela a eu un effet inverse. Plus tard nous avons convaincu de nombreux jeunes hommes à ne pas partir pour le STO, et ceux-ci, pour échapper aux policiers, allaient dans le maquis. Petit à petit, beaucoup participèrent à la lutte armée et à la libération. Lors d’une rencontre avec des lycéens d’Aurillac, on m’a posé la question : comment Pétain a-t-il pris le pouvoir ? C’est moi qui leur ai appris que Pétain avait reçu les pleins pouvoirs tout à fait légalement d’une Assemblée de députés et de sénateurs réunis à Vichy, après que les communistes eurent été exclus du Parlement. Les enfants ne le savent pas suffisamment et il a fallu attendre un demi-siècle pour qu’un chef de l’État, Jacques Chirac, reconnaisse la responsabilité du pouvoir légal de la France dans l’extermination des juifs.<br /> <br /> Ne pensez-vous pas qu’il y a quelque imposture à célébrer Guy Môquet tout en s’attaquant, comme le fait le gouvernement, aux acquis sociaux de la Résistance ? On a lu récemment sous la plume d’un ancien vice-président du MEDEF, Denis Kessler, une invitation à « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance »…<br /> <br /> Georges Séguy. L’histoire de Guy Môquet a abouti au Conseil national de la Résistance et à son programme. On ne va pas nous faire croire que le programme du CNR, toutes les réformes sociales qui sont intervenues au moment où la France était appauvrie par la guerre, pillée par les nazis, privée d’une partie de sa maind’oeuvre (déportés, prisonniers de guerre, STO), ait pu réaliser des réformes sociales qui aujourd’hui sont présentées comme insupportables financièrement, dans un pays qui n’a jamais été aussi riche. Sarkozy veut bien reconnaître les mérites de la Résistance, mais en même temps il veut liquider tout ce qu’elle a réussi à faire sur le plan social. Parmi les raisons qui nous ont poussés à nous engager dans la Résistance, je voudrais en mentionner une qui prend de nos jours une signification particulière : notre refus de nous incliner devant les lois du gouvernement de l’État français légalement constitué à Vichy en juillet 1940. Notre volonté de nous insurger contre la politique de trahison de ce pouvoir maudit. Cette désobéissance à la législation en vigueur nous a valu d’être calomniés, persécutés, emprisonnés, déportés dans les camps de la mort, et même comme Guy Môquet et ses camarades de Châteaubriant, d’être fusillés. Puis, après la Libération, d’être félicités, cités en exemple et souvent décorés. On comprend pourquoi cet aspect de notre engagement dans la Résistance est de plus en plus occulté dans l’enseignement public, et pourquoi ce moment de notre histoire nationale est l’objet d’une amnésie officielle préméditée. Cela vise à permettre à l’actuel gouvernement légal de l’État français de détruire systématiquement les avancées sociales et démocratiques de la Résistance.<br /> <br /> Entretien réalisé par Jean-Paul Piérot<br /> <br /> (1) Militant communiste et syndicaliste enseignant, Georges Fournial devint par la suite un spécialiste de l’Amérique latine, sur laquelle il écrivit de nombreux ouvrages. (2) Militant communiste et dirgeant syndicaliste, secrétaire général de la fédération CGT des cheminots.
M
J'ai beaucoup de difficulté à comprendre cette façon de vouloir opposer Tillon à Môquet comme si la mémoire communiste avait voulu faire passer à la trappe Tillon. Qu'est-ce que Tillon vient faire à propos des meurtres de Chateaubriant?<br /> <br /> ça me fait penser à l'histoire juive de la mère qui achète 2 cravates à son fils pour son anniversaire. Il en met une et elle lui dit :"Pourquoi tu n'aimes pas l'autre ?"<br /> <br /> Dit en langue psy : Double bind ou injonction paradoxale.<br /> <br /> Je ne sais pas s'il y a encore une ligne officielle du PC, une écriture officielle de l'histoire. Tout ce que je sais, c'est que dans ma famille ( mon père étant engagé volontaire à 18 ans dans les FFL, débarquement Corse, Provence, Campagne d'Italie, campagne d'Alsace et tutti quanti) j'ai TOUJOURS su le rôle qu'à jouer Tillon et les FTP, j'ai toujours su qu'il avait été exclu du PC. Alors j'ai peine à croire que ce secret de polichinelle soit encore d'actualité au PC. <br /> Il me semble que l'orchestration ( pas vraiment rouge) sous la direction de RF et la partition présente quelques fausses notes.( ça ne vaut pas la partition chilienne !!).<br /> <br /> Il est tout à fait intéressant de savoir ce qu'a pu écrire Tillon sur le PC, ça fait partie de l'histoire, mais s'en servir comme cheval de Troie contre le PC actuel me parait terriblement anachronique, à moins de penser que LL découvre l'histoire de la deuxième guerre mondiale et dans une poussée d'acné juvénile identificatoire elle ne s'imagine avoir adhérer au PC de 1951? <br /> Zèle des "conversos" !<br /> <br /> A moins qu'effectivement je ne sois dans l'erreur et que ce que j'ai toujours su n'ait été tenu secret à l'immense majorité des cocos?!<br /> <br /> [mmm]
V
Tzzzz., et tous ceux que ça intéresse, <br /> <br /> le plus intéressant, dans le fil sur Tillon, c´est le dernier post. Il pose la question lancinante - à l´insu de son auteur - de savoir comment des descendants de victimes en viennent à ressembler à leurs bourreaux et se prévalent de leur statut de victime pour réduire les autres au silence...
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