POUR ÊTRE À LA HAUTEUR DU SIECLE ET DES ESPERANCES HUMAINES...
Il n'est pas nécessaire de se renier ou de se diluer... Après la démonstration faite dans un petit pays (par la taille) d'Europe (La Grèce, grand pays par l'histoire), il vaut la peine de se pencher sur l'histoire, l'analyse et le rôle actuel du parti communiste d'un très grand pays.
Il n'est pas inintéressant non plus de noter l'appréciation de ce parti sur le rôle des PC de Chine, d'Inde et du Viet-Nam dans cette analyse géostratégique.
NOSE DE CHAMPAGNE
LE BRESIL NOUVEAU : « FACE À L'IMPERIALISME, ADOPTER UNE POLITIQUE DE LARGE ALLIANCE»
Le Parti Communiste du Brésil participe actuellement au gouvernement de Lula. Comment ce gouvernement s’est-il constitué? Dans quel contexte et quelles sont les forces sociales et politiques qui l’ont amené au pouvoir? Quelle position votre parti occupe-t-il dans ce gouvernement?
Le gouvernement Lula est le fruit de la victoire politique à l’élection présidentielle de forces politiques qui n’ont jamais dirigé le pays : un front ou une coalition de partis de gauche, de centre-gauche et du centre s’est constitué, dont l’hégémonie revient au Parti des Travailleurs, le PT. Les principaux partis de la coalition ont un caractère populaire et démocratique. Ils représentent les travailleurs des villes et les paysans, les couches moyennes de la société brésilienne, les intellectuels progressistes et les fonctionnaires, mais aussi des secteurs de la bourgeoisie urbaine et agraire. L’objectif général est la lutte pour un nouveau projet national de développement, dans la souveraineté, la démocratie, pour l’emploi et la reconnaissance du travail.
Cette coalition est arrivée au gouvernement par la voie institutionnelle, dans un contexte où le rapport des forces de classe l’a obligée à prendre des engagements contradictoires. C’est ainsi que, d’un côté, elle tente de réaliser des changements importants et, de l’autre, elle poursuit la politique antérieure, particulièrement en ce qui concerne l’orientation macro-économique.
Le PCdoB participe au gouvernement Lula au niveau ministériel mais aussi à d’autres niveaux (1). Pour le Parti c'est une grande responsabilité, sans précécent.
Quelle est votre évaluation de l’activité du gouvernement pendant ces deux premières années du point de vue de la politique intérieure et extérieure?
Notre évaluation des deux premières années du gouvernement Lula est positive. Au plan de la politique intérieure, le gouvernement adopte une attitude démocratique vis-à-vis du Congrès national, des partis politiques et, on doit le souligner, vis-à-vis du mouvement populaire. Pour le Brésil c’est très important, après de si longues années passées sous l’autoritarisme. Le gouvernement cherche, également, à adopter quelques mesures sociales, de portée limitée, portant sur le micro-crédit, la réforme agraire et quelques allocations compensatrices comme le programme Fome Zero (Faim Zéro). C’est sur le plan économique, que les choses sont plus compliquées. La politique macro-économique adoptée est orthodoxe-libérale, d’inspiration fond-monétariste. Elle ne permet pas, selon nous, de reprendre le développement sur une base durable et d’atteindre des taux de croissance plus élevés. Cette orientation est impulsée par le Ministère de l’économie et des finances et la Banque centrale du Brésil. Elle pèse sur tout et sur chacun. D’un autre côté, les autres ministères et la Banque nationale de développement économique et social - BNDES -, une institution étatique, cherchent à stimuler le développement. C’est un contexte assez contradictoire.
Dans le même temps, il se trouve que le gouvernement ne dispose pas de la majorité au Congrès national tandis que les gouverneurs des Etats brésiliens les plus importants appartiennent à l’opposition(2). Pour que le gouvernement puisse gouverner, il faut qu’à chaque instant il construise le soutien politique afin d’éviter son isolement. Cela conduit à limiter grandement l’action du gouvernement. C’est pourquoi nous croyons que la phase actuelle est pour nous celle d’une accumulation de forces afin d’isoler la droite et d’obtenir des victoires partielles dans le cadre de la lutte contre le néolibéralisme.
Nous avons dit que l’un des fronts d’action où les caractéristiques du gouvernement Lula sont les plus avancées est celui de la politique extérieure, avec un projet fondé sur trois grands axes. Le premier est l’action en faveur d’un monde multipolaire, autrement dit, une opposition ouverte à l’unilatéralisme de Bush. Le second est l’initiative pour renforcer une alliance sud-sud moderne, entre les pays en voie de développement. Le troisième est la relance du Mercosur, avec la constitution d’un espace sud-américain de nations.
Le Brésil s’est opposé à l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis. Depuis que ceux-ci ont imposé l’unilatéralisme, notre pays plaide pour une réforme profonde de l’Organisation des nations unies, pour la relancer et permettre à des pays tels que le Brésil, l’Inde, l’Allemagne ou le Japon de disposer de sièges permanents et du droit de veto au Conseil de sécurité, afin d’acquérir ainsi l’autorité et la crédibilité nécessaires pour la défense du multilatéralisme. Avec ces pays, un G-4 a été constitué afin de lutter dans ce sens. Le président Lula utilise également des espaces multilatéraux pour lancer une campagne contre la faim et la pauvreté dans le monde.
Nous mettons également en avant le rôle actif que joue notre pays dans les efforts pour tisser des liens entre pays en voie de développement. L’exemple le plus récent de ce mouvement fut la réalisation à Brasília, en mai 2005, du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays arabes et d’ Amérique du Sud, - source d’inquiétudes et de provocations de la part de Washington. En outre, a été créé le G-3, un mécanisme de consultation et de coordination politique entre le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud. Des rencontres et des communiqués communs se sont succédés entre le Brésil et la Chine, le Brésil et la Russie, renforçant l’idée d’une synergie politique croissante d’intérêts entre ces grands pays en voie de développement.
La lutte contre les asymétries et pour des relations commerciales équilibrées entre les pays riches et les pays en voie de développement est un autre front important d’initiatives de la politique extérieure du gouvernement Lula. Les positions brésiliennes se distinguent au niveau de l’O.M.C. où ont été enregistrées des succès contre les pays riches, comme ce fut le cas avec les dénonciations des subventions pour le sucre (contre l’U.E.) et le coton (contre les Etats-Unis), tout comme doit être soulignée la structuration du G-20, cette alliance de Pays en voie de développement, ayant contrebalancé, au moins partiellement, le rapport des forces dans les conflits au sein de l’O.M.C., ainsi qu’on a pu être le constater à l’occasion de la Conférence de Cancún, où le G-20 s’est transformé en acteur principal des négociations pour la conclusion du Doha round.
L’impulsion donnée à l’unité de l’ Amérique du sud et à l’approfondissement du Mercosur constituent un aspect décisif de la politique extérieure du gouvernement Lula. La politique de nouvel essor du Mercosur est une option stratégique pour nos peuples et nos pays, dans le sens de l’intégration - économique, politique, sociale, culturelle, scientifique et technologique - qui se transforme en pôle galvanisant l’unité sud-américaine et latino-américaine. Le résultat en est qu’en décembre de l’année dernière a été lancée la Communauté sud-américaine des nations, embryon du rêve bolivarien d’unité de notre sous-continent. Cela a servi de contrepoids aux pressions impérialistes cherchant à entériner des accords mauvais du point de vue commercial et nuisibles quant à notre souveraineté et à notre développement, comme dans le cas de l’ALCA(3) dont le processus est suspendu.
Notre pays a beaucoup travaillé pour soutenir la médiation, dans un sens progressiste, des conflits régionaux, comme celui du Venezuela, avec la création du Groupe des amis, dont le rôle primordial a été de trouver une issue fondée sur la Constitution démocratique bolivarienne - qui s’est révélée être la meilleure au vu du résultat du référendum qui a démoralisé l’opposition au Président Chávez.
Vous avez fait, depuis 1989, l’option d’une alliance privilégiée avec le PT. À l’époque, pourquoi aviez-vous fait ce choix stratégique? Quelle analyse faites-vous de la nature du PT?
Le capitalisme brésilien a beaucoup progressé au cours de ces cinquante dernières années. Le pays a acquis un grand parc industriel diversifié. Le capitalisme a également progressé à la campagne et dans le secteur des services. Du début du XXème siècle à la moitié des années 70, le pays a connu les taux moyens annuels de croissance du PIB les plus élevés du monde. Cela a produit de grandes concentrations urbaines, un prolétariat nombreux, qui, ajouté au semi-prolétariat et aux autres travailleurs exploités, constitue l’immense majorité de la population brésilienne, laquelle dépasse aujourd’hui les 180 millions d’habitants. Il y a également d’importantes couches moyennes, très actives socialement. Ces changements dans l’économie et la structure de classes de la société brésilienne ont eu leurs répercussions sur le plan politique. En 1980, le PT et ses leaders les plus représentatifs étaient issus des grandes mobilisations de ce nouveau prolétariat. Ils n’ont pas adopté une théorie comme celle de notre Parti. Ils n’ont pas non plus d’objectifs clairement socialistes. Mais le PT est né avec cette marque de parti de luttes, pour une amélioration de la situation de la vie des travailleurs et pour la démocratie. C’est pourquoi nous marchons ensemble depuis si longtemps dans de grandes campagnes. Nous avons, néanmoins, des différences du point de vue des conceptions tactiques et stratégiques. Nous ne voyons pas, non plus, le problème national de la même façon. Mais cela n’empêche pas que nous soyons ensemble pour vaincre la droite et construire ensemble un projet de nation souveraine, démocratique et de bien-être pour notre peuple.
Est-ce que vous pouvez nous raconter en quelques mots l’histoire de votre Parti? Quelles différences politiques et idéologiques y a-t-il entre vous et les autres forces de gauche? Quelles sont vos relations, notamment avec le Parti communiste brésilien?
Le Parti communiste du Brésil a été fondé en 1922. Il joua un rôle essentiel au cours des principaux événements politiques et sociaux brésiliens durant les 80 dernières années. Il a toujours prôné le socialisme et, surtout, au cours des dernières décennies, il a su conjuguer cet objectif stratégique avec les étendards de la démocratie, de la souveraineté nationale et des droits du peuple.
Le Parti a agi suivant les conditions de chacune des époques. Il a traversé avec courage et ténacité les années de plomb de l’arbitraire et de la dictature. D’innombrables militants communistes, héros du peuple brésilien, sont tombés en luttant pour la démocratie.
Chaque fois qu’il y eut un espace de liberté, le Parti communiste du Brésil s’est épanoui et s’est développé. En 1945, lorsque le régime dictatorial est tombé, le PC du Brésil a été légalisé. Aux premières élections il a obtenu 10% des voix, 14 députés fédéraux et un sénateur. En 1947, le Parti a été interdit. Une nouvelle vague de répression s’est abattue sur les communistes, qui durent à nouveau passer à la clandestinité.
De la même manière, en 1985, après la fin du régime militaire, le PCdoB a reconquis sa légalité. Après vingt ans de légalité, le PCdoB marque de sa présence le Congrès national avec un groupe de 11 députés et exerce des responsabilités, pour la première fois de son histoire, au Gouvernement de la République. Il compte 230.000 affiliés et 70.000 militants. Il dispose d’une présence notoire dans les mouvements sociaux, en particulier dans les luttes et les organisations des travailleurs et de la jeunesse.
Le PCdoB s’est réorganisé en 1962 pour préserver son essence révolutionnaire. Actuellement, le Parti joue des rôles sans précédents, avec beaucoup plus de responsabilités et d’influence politique. En cohérence avec l’orientation stratégique éclairée par les différentes générations de communistes qui l’édifièrent, le PCdoB propose comme alternative pour le pays un socialisme rénové, un socialisme aux couleurs du Brésil.
Nous sommes un Parti qui préserve l’identité communiste, renouvelée pour tenir compte des circonstances de l’époque, et qui s’oriente à l’aide d’une théorie, le marxisme-léninisme. Le coeur du programme du Parti est la construction d’une société socialiste dans les conditions réelles du Brésil. Mais ces convictions ne nous conduisent pas à une politique d’étroitesse et de purs principes. Nous avons conscience que dans le cadre de l’actuelle offensive politique, économique et idéologique de l’impérialisme, nous avons besoin d’adopter des tactiques larges. Il faut construire des politiques qui permettent d’accumuler des forces et d’ouvrir l’éventail de l’alliance anti-néolibérale. C’est avec cette compréhension que le PCdoB cultive et apprécie ses relations politiques d’alliance et d’amitié avec tous les partis démocratiques, populaires et socialistes brésiliens.
Quant au Parti communiste brésilien(4), nos relations se construisent en tenant compte de la dynamique des deux organisations appartenant au même univers politique, celui de la gauche brésilienne. Nous avons établi une relation politique fraternelle, même s’il existe entre nous des divergences d’ordre théorique et politique. Le PCdoB favorise les efforts pour l’unification des communistes brésiliens.
Vos effectifs ont doublé depuis le début du gouvernement Lula. A quoi attribuez-vous ce phénomène? Qui sont ces nouveaux militants? Quelle est votre stratégie d’organisation?
Oui, nos effectifs ont presque doublé au cours de ces quatre dernières années, à partir des élections municipales de 2000, qui se sont traduites par une large victoire de la gauche et ont préparé la voie à la victoire de Lula en 2002. Nous étions 35.000 militants au dernier Congrès celui de 2001, et 59.000 aux conférences de 2003. Au total, nous sommes arrivés à 230.000 affiliés(5).
Nous avons acquis une plus grande visibilité dans la société brésilienne, en tant que force de gauche conséquente, participante remarquée parmi les nouvelles forces arrivées au gouvernement. La nouvelle participation institutionnelle, en particulier la présence de deux ministres au gouvernement, a élargi la sphère de responsabilités du PCdoB et la capacité du Parti d’attirer à lui des secteurs populaires.
Ceux qui rejoignent le Parti sont essentiellement issus des forces populaires, en particulier de la jeunesse, des travailleurs et de l’énorme masse populaire pauvre des grandes villes. Il s’est produit également un phénomène nouveau avec l’adhésion de plusieurs leaders politiques populaires de gauche, dont certains sont issus d’autres partis politiques, parfois avec des mandats électoraux(6). Et, de plus, nous avons réussi à faire élire dix maires et 26 adjoints dans d’importantes villes du pays.
A la suite de cette expansion, le PCdoB a réalisé, en 2004, une importante 1ère Rencontre nationale sur les questions du Parti. Elle a permis de mettre à jour notre ligne d’organisation politique. Nous parlons de construire un PC plus fort et plus vaste, avec un puissant rôle politique et de larges bases de masse, un PC de lutte et de masse. Nous accordons la priorité stratégique aux travailleurs, à la jeunesse et aux intellectuels progressistes. À présent, nous préparons la 2ème Rencontre nationale sur les questions du Parti, pour accentuer la ligne d’intervention et de structuration au sein du prolétariat, question primordiale pour assurer le caractère du Parti et la lutte en faveur du projet stratégique. Dans cette stratégie de parti nous mettons l’accent sur les raisons de lutter contre les pressions tendant à rabaisser le rôle stratégique du Parti, contre les influences extérieures qui pénètrent dans le Parti comme dans toutes les périodes d’expansion forte des rangs militants, et dans des contextes où prédominent la lutte sur les fronts institutionnel et parlementaire.
Nous espérons franchir un nouveau cap au 11º congrès et dépasser les 200.000 adhérents et les 60.000 militants actuels. Notre objectif est un parti, majoritairement inséré dans le mouvement syndical des travailleurs et de la jeunesse, dans le milieu populaire du mouvement des quartiers, dans un contexte politique brésilien caractérisé par de fortes controverses au sein de la gauche. Nous jugeons l’étape actuelle comme une grande conquête du PCdoB.
Quelle est votre influence dans les organisations de masse du mouvement ouvrier et parmi les paysans, avec ou sans terre? Comment cette influence a évolué récemment? Quelle est votre influence dans la jeunesse?
Notre Parti est actif dans presque tous les mouvements de masses populaires. Il a récemment réalisé une rencontre nationale sur l’activité du Parti au sein de ces mouvements.
Dans le mouvement ouvrier et des travailleurs, le Courant syndical de classe, dirigé par le Parti, est la seconde force politique de la principale centrale syndicale du Brésil, la Centrale unique des travailleurs - CUT. Nous exerçons un rôle de premier plan, entre autres, dans les syndicats de la métallurgie, du bâtiment et de l’enseignement. Pour ce qui est des travailleurs agricoles, des militants du Parti participent à la Direction exécutive de la Confédération nationale des travailleurs agricoles - Contag -, qui réunit des travailleurs de l’agriculture familiale et des sans-terre.
L’Union de la jeunesse socialiste - UJS -, force liée au Parti, est la principale organisation de jeunesse de gauche au Brésil. L’UJS est la principale force politique du mouvement des étudiants, organisé au sein de l’Union nationale étudiant - UNE -, et du mouvement des lycéens, regroupé au niveau national dans l’Union brésilienne des élèves - UBES. Les mouvements populaires les plus progressistes du Brésil participent à la Coordination des Mouvements Sociaux - CMS -, qui constitue une plate-forme et un programme de mobilisations communes.
Une grave crise vient d’affecter le gouvernement Lula. Qu’en pensez-vous ? Quelle attitude a adopté le PCdoB ?
Au milieu de la troisième année du mandat du gouvernement Lula s’est ouverte une longue crise politique. Dans le cadre de l’affrontement politique entre le gouvernement, sa base de soutien, et l’opposition libérale-conservatrice, les difficultés et crises allèrent croissant à partir de février 2003, qui affecta négativement le chef du gouvernement (Maison civile de la Présidence) José Dirceu, personnalité de premier plan du gouvernement Lula. La crise atteignit son point culminant avec la perte par le PT de la présidence de la Chambre des Députés et, plus encore, avec la vague d’accusations de corruption, déclenchée par Roberto Jefferson, ex-président du PTB (Parti travailliste brésilien), ex-allié du gouvernement, accusations amplifiées par la grande presse contre le PT, ses partis alliés et le gouvernement.
Le déclenchement de la crise qui s’est étendue furent les accusations contre le PT, élargies au gouvernement et au Président Lula, mais son mobile véritable était l’intensification de la lutte des forces conservatrices pour leur retour au centre du pouvoir. Les partis de l’opposition conservatrice et leurs forces auxiliaires de gauche, les grands médias, les puissantes élites économiques ont tiré profit de la situation pour monter une méticuleuse campagne inquisitoriale visant le PT, son gouvernement et ses alliés. Cet ensemble de forces revanchardes, a pris l’initiative politique et, dans l’empressement de paralyser le PT et d’encercler le gouvernement, imposa des CPIs (Commissions d’enquêtes parlementaires) successives avec un objectif réel dirigé contre ce Parti et le Président de la République.
En peu de temps le coeur politique du gouvernement a été remplacé, tout comme le noyau dirigeant du PT. Ces événements ont révélé l’oeuvre d’un système puissant, organisé, de forces conservatrices, qui, utilisant ses instruments actuels, ont même tenté une espèce de Coup d’Etat à blanc, pacifique, contre le Président de la République.
Le PCdoB a cherché à s’orienter parmi ces événements graves en identifiant dans la crise en cours une exacerbation de la lutte pour le pouvoir : la préparation du retour des forces conservatrices traditionnelles et modernes, qui n’ont jamais accepté le nouveau gouvernement, mais luttent contre lui, pour s’ouvrir in fine le chemin du retour. Le Parti, sur le plan de l’action immédiate, en vue d’affronter l’offensive conservatrice et empêcher l’instabilité générée par la crise, s’engagea dans la recherche de la formation d’une « ligne de résistance », consistant à regrouper les forces pour défendre le mandat du Président de la République; exiger un juste examen et un traitement exemplaire en cas d’actes illicites commis(7), démasquant les gesticulations moralistes de la droite; défendre un programme positif, répondant aux exigences populaires immédiates les plus sensibles, économiques, sociales et politiques; chercher à recomposer le camp de la gauche et la base de soutien du gouvernement; impulser le mouvement social, élevant sa mobilisation autour du respect des engagements de changement, et de la défense du mandat de Lula.
Au plan de la perspective, travailler pour la reprise du projet de changement, consistant à mettre l’accent sur la résistance au modèle néolibéral, renforçant l’alternative du développement démocratique, réorganisant la voie de l’alliance politique de centre-gauche, centrée à gauche. Le candidat à la Présidence de la République, devrait être le moment venu, le fruit de cet effort de recomposition et de la spécificité du processus politique en cours.
Au cours de la lutte politique actuelle, l’orientation immédiate du Parti de s’opposer à l’offensive conservatrice et recomposer nos forces a connu des succès comme la mobilisation du mouvement social avec le slogan Lula reste, barrant à la droite la voie pour la destitution du Président, avec la réunion des trois partis de gauche - PT, PCdoB, PSB et, surtout, avec la victoire du député du PCdoB, Aldo Rebelo, à la présidence de la Chambre des Députés. Cet événement sans précédent dans l’histoire politique du pays (jamais un communiste n’est arrivé à un tel poste - le troisième dans la hiérarchie de la République) a défié la tentative d’assaut des forces conservatrices, dans un moment de grande attaque, pour une position clef du pouvoir de la République(8). La victoire d’Aldo Rebelo, a constitué un grand succès pour le gouvernement Lula, dans un moment délicat. Il a contribué à regrouper les forces de soutien au gouvernement, a rapproché les forces de gauche et a ouvert la voie au renversement du sens conservateur et réactionnaire prit jusqu’alors par la crise, favorisant une perspective de gauche et progressiste pour les élections générales de 2006. Elle a constitué aussi une importante victoire pour la politique du PCdoB, placé devant la Nation au centre des grands événements politiques et devenu plus crédible pour contribuer à une solution progressiste pour les prochains affrontements politiques.
Comment évoluent actuellement les forces de gauche en Amérique latine? Quelle est la différence entre votre expérience et celle de Venezuela? Quel rôle jouent le Forum de São Paulo et celui de Porto Alegre (FSM)?
D’une façon générale, on observe une croissance des forces populaires et progressistes en Amérique Latine. Il ne s’agit pas, pas encore, d’un renversement de l’hégémonie du néolibéralisme, qui demeure la tendance dominante. On observe, néanmoins, une contre tendance, qui défie cette tendance dominante, en ce qu’elle affirme une alternative aux présupposés néolibéraux, qui dominèrent la région pendant les deux ou trois dernières décennies. Au Brésil, en Argentine, au Venezuela et maintenant en Uruguay, entre autres, il y a la recherche d’un chemin alternatif, d’intégration régionale et de développement économique et social. Dans la recherche de cette alternative, chaque pays suit, comme il est naturel, son propre chemin, et fait face à de nombreux obstacles de différentes origines et de diverses profondeurs dans chacun des pays. Il faut également tenir compte de l’existence de véritables bombes à retardement semées durant les deux décennies par les gouvernements néo-libéraux dans ces pays, rendant plus compliqués encore les chemins pour la réalisation de cette alternative.
L’expérience du Venezuela, engagée avec la première victoire de Hugo Chávez en 1998, prend des positions de plus en plus progressistes année après année, pas à pas. On doit se souvenir, que, dans un premier temps, elle chercha à construire un nouveau cadre constitutionnel et institutionnel au travers d’une Assemblée constituante, puis avec la promulgation de la Constitution bolivarienne. Il faut remarquer que c’est justement cette constitution qui a permis de trouver une issue démocratique aux impasses et à la confrontation radicale entre chavistes et opposition de droite, et qui a abouti à la victoire, l’an passé, du président Chávez au référendum qui confirma son mandat.
Comme preuve de la complexité des changements structurels dans le domaine économique, il faut signaler que l’administration Chavez n’a pris que récemment des mesures qui marquent le changement dans le domaine économique, en particulier avec la stimulation du développement endogène et l’option notre nord est le sud, expression répétée à satiété par Chavez pour déclarer son enthousiasme bolivarien en faveur de l’intégration régionale.
Les expériences vénézuélienne et brésilienne, objets de votre question, bien que de nature différente, ont un sens commun, celui de construire, dans un cadre historique de résistance, des chemins alternatifs au néolibéralisme, pour le progrès et le développement social.
Le Forum de São Paulo, né il y a 15 ans, a tenu en juillet 2005 dans sa capitale de São Paulo, sa 12ème rencontre. Tout au long de cette période, nous avons connu des hauts et des bas, mais, d’une façon générale, il s’agit là d’une expérience très positive, dans le sens de ce qu’elle se propose, autrement dit d’être un espace de coordination et d’échange d’expériences pour la gauche latino-américaine. Selon nous, il doit être renforcé dans la mesure où c’est justement dans cette période historique au cours de laquelle nous assistons à une progression des forces avancées dans le continent, qu’il nous faut renforcer et souligner cette dimension de collaboration et d’échange.
Quant au Forum social mondial, au mois de janvier de cette année il a tenu sa cinquième édition, la quatrième dans la ville brésilienne de Porto Alegre. Le FSM avance d’année en année, non seulement en nombre de participants et en activités inscrites, mais aussi en tant qu’espace pluriel, où les communistes du monde entier viennent faire entendre leur voix et leur présence. Au cours de ce dernier forum, les communistes et leurs alliés ont organisé deux grandes initiatives : la première a réuni une partie significative du mouvement contre la guerre, pour discuter de la lutte pour la paix et contre l’impérialisme. Sous la présidence du Cebrapaz(9) et du Conseil mondial de la paix, avec l’appui de près de quarante organisations pacifistes du monde entier. Ce fut un des points forts du Forum de Porto Alegre. La deuxième grande initiative a réuni les partis communistes de toutes les parties du monde et présents au FSM, au travers de leurs instituts et revues théoriques, sous la coordination de l’Institut Maurício Grabois, lié au PCdoB, afin de débattre des perspectives de la lutte pour le socialisme dans le contexte actuel. C’est ainsi que s’est accrue la présence et l’intervention des communistes et des révolutionnaires dans le Forum social mondial.
Croyez-vous que le socialisme soit une société d’avenir? Comment analysez-vous les expériences du XXème siècle et les expériences actuelles ?
Après l’échec des expériences du siècle passé, sous l’inspiration du modèle soviétique, notre mouvement est entré dans une phase de difficultés et de défensive. Maintenir les idéaux et les principes est fondamental, mais pas suffisant. Il faut tirer des enseignements de cette période. Il n’y a pas de modèles à suivre. Il n’y a pas d’étapes à brûler, pour marcher plus vite que les conditions ne peuvent le permettre, surtout dans les pays de faible développement des forces productives. Au-delà, nous ne pouvons pas non plus sous-estimer la capacité de recomposition de la bourgeoisie. Nous pensons qu’aujourd’hui nous abordons une nouvelle étape de la lutte pour le socialisme. Nous apprécions hautement, dans ce contexte, l’expérience des Chinois, Cubains, Vietnamiens et d’autres qui, à leur manière, cherchent à construire le socialisme. Nous observons aussi avec beaucoup d’intérêt la lutte des partis communistes qui se sont maintenus sur le terrain de la lutte anti-capitaliste, et qui cherchent, dans le cadre des réalités de leur pays, à rendre possible la révolution socialiste. Pour nous, il n’y a pas d’autre alternative, car le capitalisme montre chaque jour son incapacité à résoudre les grands problèmes de l’humanité. Au contraire, il les aggrave avec l’exploitation des travailleurs, avec l’exclusion croissante de secteurs de la population, avec l’oppression nationale effrénée et les brutales guerres d’agression. Tout cela mène à une résistance, dont la tendance est de croître et d’être victorieuse.
Interview de Renato Rabelo, Président du Parti communiste du Brésil, publiée par http://www.corint.net
1- Aldo Rebelo, ministre de la coordination politique (en charge des relations entre la présidence, le gouvernement et le Parlement) et Agnelo Queiroz, ministre des sports.
2- Le Brésil étant une République fédérale, ces gouverneurs disposent de prérogatives importantes.
3- Zone de Libre échange des Amériques (ZLEA).
4- En 1962, l’autre courant du PCdoB, plus proche des Soviétiques, est devenu le Parti communiste brésilien. En janvier 1992, à son 10ème congrès, les deux tiers de ce parti décidaient de se transformer en Parti populaire socialiste, qui se situe dans l’opposition de droite au gouvernement Lula. C’est la minorité qui décidait de conserver son identité communiste à laquelle se réfère ici Renato Rabelo.
5- Le PCdoB distingue deux catégories de liens avec le Parti, les militants qui constituent le premier cercle et celui des affiliés dont le soutien est moins actif, mais qui a également une valeur légale, puisqu’il servent à la reconnaissance du Parti.
6- Dont des députés aux chambres d’Etats.
7- Les accusations ont concerné une dizaine de dirigeants du PT. Elles n’ont nullement touché des membres du PCdoB.
8- C’est le Président de la Chambre qui a le pouvoir de déclencher les procédures de destitution du Président de la République.
9- Centre brésilien de solidarité aux peuples et de lutte pour la paix.