les raisons de la colère !
Bonjour à toutes et tous
Je vous écris après avoir lu le coup de gueule du camarade Esteban, car si je partage sa colère légitime, je n’en partage pas pour autant certaines conclusions.
Car s’il y a en effet de quoi s’indigner quand on constate les manœuvres de certaines composantes de la « gauche » dont le seul but est de pouvoir tailler des croupières aux communistes, je ne crois pas que nous puissions trouver une issue en cartonnant à tout v a tout ce qui ressemble à un socialiste ou autres.
L’existence d’un courant révolutionnaire et d’un courant réformiste au sein du mouvement populaire est une constante historique qui n’est que l’illustration d’une contradiction inhérente à la condition humaine, l’aspiration à remettre en question l’ordre établi des choses, l’attrait pour ce qui se trouve derrière la ligne d’horizon mais aussi la crainte de ce qui est inconnu et nouveau.
C’est cependant à partir de cette contradiction et de ce mouvement que les masses populaires ont su et pu changer les choses et faire évoluer la société.
A partir du moment où l’aspiration au changement s’impose à la crainte de l’inédit, non pas forcément par la simple loi mécanique du nombre mais par une dynamique qui peut rendre cette aspiration majoritaire à un moment historique donné, en fonction de l’évolution de conditions socio-économiques.
La sacralisation du suffrage universel en France s’inscrit dans un processus historique qui se fonde dans l’expérience de la Révolution Française et dans l’apport des Lumières.
C’est pourquoi la bourgeoisie n’aura de cesse, et ce dès la réaction thermidorienne d’en limiter la portée subversive par toutes sortes de tamis institutionnels, bien que ce suffrage universel et ne l’oublions pas est néanmoins amputé de sa moitié au départ, les femmes ne disposant pas du droit de vote. Mais, ceci étant dit, la portée révolutionnaire du suffrage universel ne peut s’entendre qu’avec les autres dispositifs de contrôle du mandat par la volonté du peuple que met en place la Convention Montagnarde.
C’est pourquoi prétendre résumer la démocratie au simple fait de pouvoir mettre un bulletin de vote dans l’urne me paraît relever d’une conception plutôt funèbre, pour ne pas dire funéraire de la démocratie et la réduire en cendres.
Ce petit rappel, non pas pour vous assommer, mais pour rappeler que nos réflexions ne sauraient faire abstraction du cadre institutionnel dans lequel la bourgeoisie a corseté la vie et l’expression démocratiques.
Il se trouve qu’en France, l’histoire a ancré dans l’imaginaire collectif, en l’associant à des périodes de grandes avancées sociales, un vécu de travail en commun entre le courant réformiste et le courant révolutionnaire, les deux ensembles n’étant pas pour autant homogènes, qui a produit des moments historiques de grandes avancées sociales. C’est aussi à ces références historiques que la notion de « gauche » renvoie. Ne vouloir la réduire qu’au concept « majoritaire » qu’a induit le schéma constitutionnel de la Vème République, c’est l’enfermer dans une vision historique bien restrictive.
C’est aussi ce vécu commun qui peut expliquer que la victoire du Non au référendum n’est possible que parce qu’une majorité de l’électorat socialiste a voté Non, situation impensable dans bien d’autres pays européens et parce que ce vote a pu s’exprimer en dehors du carcan institutionnel de scrutin uninominal majoritaire, caractéristique de la Vème République.
Rejeter l’ensemble des citoyens qui se reconnaissent dans un vote socialiste ou même écologiste , pour des motivations pourtant bien diverses, dans le camp de suppôts déguisés du capital, c’est non seulement se condamner durablement à l’impuissance comme faire litière des enjeux de classe pourtant si présents dans ce pays.
C’es en cela que la posture d’un Besancenot ou de la LCR peut mieux convenir au capital, comme l’expression du mal nécessaire d’une contestation sociale inéluctable dont nous pouvons partager bien des objectifs, et c’est pour cela qu’ils en assurent la promotion, car ce qui le dérange le plus dans la démarche du PCF, avec admettons-le bien des errements, c’est la volonté de porter cette contestation sociale au cœur des institutions, c’est-à-dire de faire lien entre mouvement social et représentation politique afin de peser sur les centres de décision.
Malheureusement, le cadre institutionnel étant ce qu’il est, il nous faut le changer pour remettre la démocratie sur ses pieds et pour cela, il faut disposer d’une expression et représentation politique à la hauteur des enjeux. Cela passe par une politique d’alliances qui, sans nous amener à en rabattre sur le fond, s’avère nécessaire pour construire des rassemblements populaires qui portent ces aspirations au changement.
Non pas que je nourrisse une quelconque illusion sur la nature de la direction du PS ou des Verts, mais je ne crois pas que nous puissions construire des rassemblements populaires majoritaires dans ce pays en ignorant la réalité que représentent ces millions de femmes et d’hommes attachées à des valeurs progressistes mais qui l’expriment pour des raisons bien diverses dans un vote socialiste ou verts. Il nous reste à trouver des équilibres pour crédibiliser cette démarche, et cela n’est certes pas en procédant à de successifs reniements et abandons idéologiques que nous pourrons y parvenir.
Alors certes si je m’étrangle en voyant une arriviste comme Voynet avoir l’outrecuidance de se poser en donneuse de leçons « d’éthique », lorsqu’elle se fait élire par la droite et l’extrême-droite contre un maire communiste sortant, en sachant que sa combine n’a pu avoir lieu qu’avec l’appui en sous-main d’un Bartolone, si j’enrage de voir les scandaleuses combines du PS en Seine-Saint-Denis se faisant aussi élire par la droite pour s’accaparer le Conseil Général, si je suis écœuré de voir la campagne ignoble et les pitoyables manœuvres que le candidat du PS a mis en œuvre pour rafler le canton de Carros aux communiste dans les Alpes-Maritimes, si bien d’autres exemples illustrent ce type de dérives, si je peux m’interroger sur l’attitude de certaines des fédérations du PCF face à ces comportements, nous faut-il nous résigner à jeter l’ensemble des citoyens qui, tout en étant attachés à des valeurs qui peuvent nous être communes, se retrouvent dans ces sensibilités, dans les bras de la droite et du capitalisme ?
Personnellement je ne saurais m’y résoudre tout en restant pleinement communiste, parce que je suis pleinement communiste et fier de l’être !
Bien à vous
Beijinhos e abraços
et pardonnez-moi pour la longueur du texte
Pedro