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LE PIGEON BLEU
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18 mars 2008

les raisons de la colère !

Bonjour à toutes et tous

Je vous écris après avoir lu le coup de gueule du camarade Esteban, car si je partage sa colère légitime, je n’en partage pas pour autant certaines conclusions.

Car s’il y a en effet de quoi s’indigner quand on constate les manœuvres de certaines composantes de la « gauche » dont le seul but est de pouvoir tailler des croupières aux communistes, je ne crois pas que nous puissions trouver une issue en cartonnant à tout v a tout ce qui ressemble à un socialiste ou autres.

L’existence d’un courant révolutionnaire et d’un courant réformiste au sein du mouvement populaire est une constante historique qui n’est que l’illustration d’une contradiction inhérente à la condition humaine, l’aspiration à remettre en question l’ordre établi des choses, l’attrait pour ce qui se trouve derrière la ligne d’horizon mais aussi la crainte de ce qui est inconnu et nouveau.

C’est cependant à partir de cette contradiction et de ce mouvement que les masses populaires ont su et pu changer les choses et faire évoluer la société.

A partir du moment où l’aspiration au changement s’impose à la crainte de l’inédit, non pas forcément par la simple loi mécanique du nombre mais par une dynamique qui peut rendre cette aspiration majoritaire à un moment historique donné, en fonction de l’évolution de conditions socio-économiques.

La sacralisation du suffrage universel en France s’inscrit dans un processus historique qui se fonde dans l’expérience de la Révolution Française et dans l’apport des Lumières.

C’est pourquoi la bourgeoisie n’aura de cesse, et ce dès la réaction thermidorienne d’en limiter la portée subversive par toutes sortes de tamis institutionnels, bien que ce suffrage universel et ne l’oublions pas est néanmoins amputé de sa moitié au départ, les femmes ne disposant pas du droit de vote. Mais, ceci étant dit, la portée révolutionnaire du suffrage universel ne peut s’entendre qu’avec les autres dispositifs de contrôle du mandat par la volonté du peuple que met en place la Convention Montagnarde.

C’est pourquoi prétendre résumer la démocratie au simple fait de pouvoir mettre un bulletin de vote dans l’urne me paraît relever d’une conception plutôt funèbre, pour ne pas dire funéraire de la démocratie et la réduire en cendres.

Ce petit rappel, non pas pour vous assommer, mais pour rappeler que nos réflexions ne sauraient faire abstraction du cadre institutionnel dans lequel la bourgeoisie a corseté la vie et l’expression démocratiques.

Il se trouve qu’en France, l’histoire a ancré dans l’imaginaire collectif, en l’associant à des périodes de grandes avancées sociales, un vécu de travail en commun entre le courant réformiste et le courant révolutionnaire, les deux ensembles n’étant pas pour autant homogènes, qui a produit des moments historiques de grandes avancées sociales. C’est aussi à ces références historiques que la notion de « gauche » renvoie. Ne vouloir la réduire qu’au concept « majoritaire » qu’a induit le schéma constitutionnel de la Vème République, c’est l’enfermer dans une vision historique bien restrictive.

C’est aussi ce vécu commun qui peut expliquer que la victoire du Non au référendum n’est possible que parce qu’une majorité de l’électorat socialiste a voté Non, situation impensable dans bien d’autres pays européens et parce que ce vote a pu s’exprimer en dehors du carcan institutionnel de scrutin uninominal majoritaire, caractéristique de la Vème République.

Rejeter l’ensemble des citoyens qui se reconnaissent dans un vote socialiste ou même écologiste , pour des motivations pourtant bien diverses, dans le camp de suppôts déguisés du capital, c’est non seulement se condamner durablement à l’impuissance comme faire litière des enjeux de classe pourtant si présents dans ce pays.

C’es en cela que la posture d’un Besancenot ou de la LCR peut mieux convenir au capital, comme l’expression du mal nécessaire d’une contestation sociale inéluctable dont nous pouvons partager bien des objectifs, et c’est pour cela qu’ils en assurent la promotion, car ce qui le dérange le plus dans la démarche du PCF, avec admettons-le bien des errements, c’est la volonté de porter cette contestation sociale au cœur des institutions, c’est-à-dire de faire lien entre mouvement social et représentation politique afin de peser sur les centres de décision.

Malheureusement, le cadre institutionnel étant ce qu’il est, il nous faut le changer pour remettre la démocratie sur ses pieds et pour cela, il faut disposer d’une expression et représentation politique à la hauteur des enjeux. Cela passe par une politique d’alliances qui, sans nous amener à en rabattre sur le fond, s’avère nécessaire pour construire des rassemblements populaires qui portent ces aspirations au changement.

Non pas que je nourrisse une quelconque illusion sur la nature de la direction du PS ou des Verts, mais je ne crois pas que nous puissions construire des rassemblements populaires majoritaires dans ce pays en ignorant la réalité que représentent ces millions de femmes et d’hommes attachées à des valeurs progressistes mais qui l’expriment pour des raisons bien diverses dans un vote socialiste ou verts. Il nous reste à trouver des équilibres pour crédibiliser cette démarche, et cela n’est certes pas en procédant à de successifs reniements et abandons idéologiques que nous pourrons y parvenir.

Alors certes si je m’étrangle en voyant une arriviste comme Voynet avoir l’outrecuidance de se poser en donneuse de leçons « d’éthique », lorsqu’elle se fait élire par la droite et l’extrême-droite contre un maire communiste sortant, en sachant que sa combine n’a pu avoir lieu qu’avec l’appui en sous-main d’un Bartolone, si j’enrage de voir les scandaleuses combines du PS en Seine-Saint-Denis se faisant aussi élire par la droite pour s’accaparer le Conseil Général, si je suis écœuré de voir la campagne ignoble et les pitoyables manœuvres que le candidat du PS a mis en œuvre pour rafler le canton de Carros aux communiste dans les Alpes-Maritimes, si bien d’autres exemples illustrent ce type de dérives, si je peux m’interroger sur l’attitude de certaines des fédérations du PCF face à ces comportements, nous faut-il nous résigner  à jeter l’ensemble des citoyens qui, tout en étant attachés à des valeurs qui peuvent nous être communes, se retrouvent dans ces sensibilités, dans les bras de la droite et du capitalisme ?

Personnellement je ne saurais m’y résoudre tout en restant pleinement communiste, parce que je suis pleinement communiste et fier de l’être !

Bien à vous

Beijinhos e abraços

et pardonnez-moi pour la longueur du texte

Pedro

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Commentaires
P
Mon camarade<br /> <br /> Je suis d’accord avec toi sur le fait que certaines pratiques de sommet qui dépossèdent les militants et plus globalement les citoyens de leur capacité d’intervention, d’expression et d’action sont extrêmement nuisibles pour l’émergence de toute perspective alternative.<br /> <br /> Peser sur les centres de décision ne saurait constituer une fin en soi mais peut être un outil pour faire avancer un certain nombre d’idées. Mais cela ne doit surtout pas devenir la préoccupation prioritaire d’un Parti Communiste.<br /> <br /> Tu parles des expériences de 81 et 97, qui posent des questions analogues même si de façon diverse.<br /> Un des obstacles majeurs à mon sens en 81, et là la référence historique de 36 aura pu être interprétée à tort avec la distance, c’est que trop de personnes ont pensé « ça y’est, c’est fait ! » alors que tout commençait alors et restait à faire. Et pour cela et précisément si l’on se réfère à 36, cela impliquait une mobilisation sociale sans précédent et non pas l’inverse.<br /> <br /> Que nous portions des responsabilités dans cette démobilisation sociale après 1981 me semble une évidence et cela renvoie à un autre débat sur le rôle du PCF et son rapport aux institutions que je n’ouvrirai pas ici.<br /> <br /> Et pour ce qui est de 97, le problème majeur pour moi n’est pas tant d’avoir été au gouvernement, mais d’avoir conditionné l’ensemble de l’expression et de l’action des communistes à cet élément, y compris dans le travail parlementaire et de n’avoir pas assumé, pour des raisons qui à mon avis renvoient au même débat que j’évoquais précédemment, le risque d’une rupture d’un accord politique à partir du moment où celui-ci s’enfermait dans un carcan libéral.<br /> <br /> La question du rôle et de la place des élus dans ces contextes doit se poser au regard du lien entre les élus et les organisations du Parti et de leur capacité à travailler de concert. <br /> <br /> Mais je tiens pour un acquis historique non négligeable ce vécu du « travailler ensemble » au sein de la gauche française et d’une façon originale qui ne doit pas forcément copier d’autres schémas en cours de construction dans d’autres pays proches aujourd’hui.<br /> <br /> Comme j’estime que renvoyer ce qui s’est passé sous Jospin, avec toutes les critiques de fond que je peux avoir à l’encontre de cette politique, dos-à-dos avec la politique des Raffarin, Villepin et autres Sarko est une erreur majeure qui ne peut qu’entretenir l’idée désespérante pour trop de ceux qui souffrent dans ce pays que la politique ne peut offrir aucune issue.<br /> <br /> Et là-dessus je crois que nous nous rejoignons totalement sur cette volonté de faire que la politique retrouve du sens dans sa dimension sociale et son ambition transformatrice.<br /> <br /> Um abraço[Héééhooo]<br /> <br /> Pedro
E
Attention les ami(e)s,<br /> <br /> Je n'ai jamais dénigré et je ne dénigre pas le rôle des élus. Le simple fait de s'engager en tant qu'élu est un acte courageux.<br /> <br /> Souvent il se fait au détriment de sa vie de famille. Beaucoup d'heures passées hors de sa famille, entendre les critiques des uns et des autres.<br /> <br /> L'entourage familial doit suivre ou supporter les absences. Tout cela j'en suis très conscient. Aussi si l'élu ne peut aller dans le sens de sa conscience, il ne doit pas se faire violence et ajouter un fardeau de plus à son chemin épineux.<br /> <br /> Je respecte la fonction d'élu, et j'ai souvent vu mes ami(e)s élu(e)s (politiques, syndicaux) proches pleurer et pleurer avec eux. Je comprend les tensions extrêmes qu'ils peuvent vivre.<br /> <br /> Je leur demande souvent de ne jamais se compromettre et de dénoncer ce qui doit l'être car l'effet boomerang guette tout élu, le fragilise et fragilise les suivants. En tant qu'ancien responsable d'association, je sais combien on est exposé à la caricature.
E
Bonne analyse<br /> [I]"C’est en cela que la posture d’un Besancenot ou de la LCR peut mieux convenir au capital, comme l’expression du mal nécessaire d’une contestation sociale inéluctable dont nous pouvons partager bien des objectifs, et c’est pour cela qu’ils en assurent la promotion, car ce qui le dérange le plus dans la démarche du PCF, avec admettons-le bien des errements, c’est la volonté de porter cette contestation sociale au cœur des institutions, c’est-à-dire de faire lien entre mouvement social et représentation politique afin de peser sur les centres de décision."[/I]<br /> <br /> Je m'excuse, Pedro, ne pas reprendre analytiquement ton analyse, que je reconnaîs très pertinente et une fois de plus très complète<br /> <br /> Je ne reprendrais seulement que le paragraphe ci-dessus, non pas que je veuille l'isoler et ignorer le reste, car ton analyse aide certain(e)s à ne pas laisser tomber, mais parce qu'il est justement au coeur du sujet qui me ronge.<br /> <br /> L'hypocrisie du PS fait grandir en moi une haine épidermique à son encontre. Ce que tu développes dans ce paragraphe c'est ce qui avant moi se faisait. Aujourd'hui c'est ce qui ce fait toujours. En quoi avons-nous pu peser sur les centres de décision ?<br /> <br /> Dans les mairies, les mariages avec les élus socialistes (pour ne citer qu'eux) on toujours entravé les démarches osées du PC.<br /> <br /> Au gouvernement, que pouvaient les élus communistes, sinon que suivre la politique générale du PS. Mitterrand faisant une virevolte de 180° dès 83. Pourquoi tant d'attente aus élus pur quitter ce gouvernement et le dénoncer.<br /> Les Juquin, Anicet lepors, Fitermann, Gayssot qu'ont-ils pu faire d'extraordinaire dans leur gouvernement respectifs ? ils ont fait ce que le PS a bien voulu meur laisser faire à charge de faire passer des monstruosités comme certaines prises de capital par le privé sur le public. Et comment sont devenus aujourd"hui ces élus communistes n'ont'ils pas été contaminés par l'idéologie PS ?<br /> <br /> Alors oui, ton analyse fait réfléchir, car tu grattes profondemment, mais je suis très sceptique (je le suis devenu)sur cette stratégie d'élus qui font bouger les centres de décision, oui très sceptique, car c'est ce qui est appliqué depuis 150 ans (voir le résultat) et j'entend toujours la même chose...mais j'ai besoin d'en parler encore, pour plus m'en imprégner.<br /> <br /> Je ne supporte plus les calculs, les coups vaches qui sans dénonciation franche jettent les militants et sympathisants non seulement du PC mais des gens hônnetement ancrés à GAUCHE, dans la démobilisation, la perte de repère, dans la question de la place et du rôle du PCF.<br /> <br /> On ne peut dénoncer cette société qui tue et en même temps participer avec ses suppôts à ce qu'elle perdure.<br /> <br /> Je n'ai jamais dit que les urnes devaient être désertées, au contraire. Mais les positions ambiguë, stratégiques de dernière minute et autre, incite la population à dire "tous mes mêmes" et fuir l'isoloir.<br /> <br /> Je ne fais pas d'analyse, je rapporte aussi l'écho extérieur.
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