Manouchian : « étrangers » ?
Histoire Tribune libre dans L’HUMANITE du 20/02/2009
Manouchian : « étrangers » ?
Il y a soixante-cinq ans, le 21 février 1944, 23 combattants de la Main-d’oeuvre immigrée (MOI) étaient fusillés par les nazis au Mont-Valérien, près de Paris.
Cette année, la Mairie de Paris a décidé
la pose d’une plaque commémorative au domicile qu’occupait Missak Manouchian(*).
« Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent / Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps / Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant / Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir / Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant. » Ainsi s’achève le célèbre poème qu’Aragon consacra à ces combattants dont les visages furent exhibés sur l’ignominieuse « Affiche rouge », placardée dans tout Paris par les nazis. Ceux-là, avec les autorités françaises collaborationnistes, ambitionnaient de dresser l’opinion contre ces « étrangers », Arméniens comme Manouchian, Hongrois comme Boczow, Italiens communistes comme Fontanot, républicains espagnols tel Alfonso…
Dans neuf cas, les noms et les nationalités étaient accompagnés de la mention « juif » ; pour tous était indiquée l’activité « terroriste » reprochée, ainsi que le nombre de morts et de blessés imputés. Faire passer ces résistants pour des criminels de droit commun, tout en exhibant leurs « origines » et leur confession, c’était là la dernière opération imaginée par la propagande nazie pour instiller ou réveiller le poison de l’antisémistisme, et tenter de saper la Résistance. Des Français courageux, des « doigts errants », selon la belle formule d’Aragon, détournèrent cependant l’Affiche en ajoutant sous les photos : « Morts pour la France », une fois barrée la formule « La Libération ! par l’armée du crime ».
Missak Manouchian, fils de paysans arméniens victimes du génocide orchestré par la Turquie entre 1915 et le début des années 1920, débarque à Paris à l’âge de dix-neuf ans. Apprenti menuisier, il lance aussi deux revues littéraires, Tchank (Effort) et Machagouyt (Culture). Il fréquente les « universités ouvrières » de la CGT, puis suit des cours à la Sorbonne, en auditeur libre. L’intellectuel autodidacte, à la sensibilité de poète, rejoint le Parti communiste en 1934, puis les Francs-tireurs partisans (FTP) de la Main-d’oeuvre immigrée (MOI), dont il prendra la direction militaire en août 1943 pour Paris et la région parisienne. L’opération la plus retentissante sera l’assassinat du général SS Julius Ritter, le 28 septembre de cette même année. Manouchian et ses hommes, traqués par la police française, sont arrêtés le 16 novembre 1943. Les nazis organisent un procès de trois jours, auquel ils s’emploient à donner le plus d’écho possible. Le 21 février 1944, les 23 de l’Affiche rouge tombent sous les balles de leurs bourreaux.
Si la solennité de la commémoration exclut légitimement tout esprit de polémique, on peut néanmoins souligner la distance qu’il reste à parcourir pour que l’histoire de ces « étrangers » qui donnèrent leur vie pour la France au nom des valeurs de paix et de solidarité, soit enfin connue et reconnue par tous, à l’instar, par exemple, de la lettre de Guy Môquet. L’initiative de la mairie de Paris, pour ce 65e anniversaire, devrait permettre d’avancer en ce sens.
Laurent Etre
Aujourd’hui, c’est leur anniversaire… Il n’est donc pas question de les oublier aux charters de l’histoire, aux Hortefeux, aux Eric BESSON ou aux SARKOZY en mal de publicité.
Je ne doute pas que nombre de Pigeons se reconnaîtront dans cet hommage à nos camarades.
NOSE DE CHAMPAGNE