Malangatana est mort
avec une pensée toute particulière pour meu camarada défroqué de la roulotte
05/01/2011
Malangatana a vendu ses premiers tableaux il y a 50 ans et avec l'argent il s'est trouvé une maison pour pouvoir loger sa famille, à Maputo. Symbole de la culture mozambicaine et grand ami du Portugal, il est mort aujourd'hui à Matosinhos, à l'hôpital Pedro Hispano, des suites d'une longue maladie.
Malangatana Valente Ngwenga est né le 6 juin 1936 à Matalana, un village du district de Marracuene, aux portes de l'ancienne Lourenço Marques, aujourd'hui Maputo. Berger, apprenti guérisseur et employé domestique auront été ses premières expériences professionnelles.
Sa mère brodait des calebasses et limait les dents des jeunes filles (une mode de l'époque), le père était mineur en Afrique du Sud. Malangatana ira vivre avec son oncle paternel, qui lui permettra d'aller à l'école jusqu'à ses onze ans. Il décida alors de travailler car il était déjà "adulte" et pouvait tout faire, garder des enfants, ramasser des balles au club de tennis.
Au cours de ces cinquante dernières années, il aura été bien plus qu'un peintre. Il a fait de la céramique, de la tapisserie, de la gravure et de la sculpture. Il a fait des expériences avec du sable, des coquillages, des pierres et des racines. Il a été poète, acteur, danseur, musicien, animateur culturel, organisateur de festivals, philanthrope et même député, sous l'étiquette du FRELIMO, le parti au pouvoir depuis l'indépendance, dans l'ancienne colonie portugaise.
Bien que l'aspect politique du personnage soit le moins connu, Malangatana a été emprisonné par la PIDE, soupçonné d'appartenir au mouvement de libération FRELIMO, avant d'être libéré au bout de 18 mois, faute de preuves.
En réalité Malangatana a vécu une bonne partie de son adolescence auprès des colons portugais, ce sont eux qui l'initièrent à la peinture : d'abord le plasticien et biologiste Augusto Cabral (décédé en 2006) et ensuite l'architecte Pancho Guedes.
Augusto Cabral était membre du club de tennis, où travaillait un oncle du peintre. "Un ramasseur de balles dans les parties de tennis était un certain Malangatana Ngwenya (crocodile), qui une soirée s'est approché de moi pour me demander si, par hasard, je n'avais pas une paire de vieux tennis que je pouvais lui donner", a raconté Augusto Cabral en 1999.
Le peintre allait "naître" cette nuit-là, quand Malangatana est allé à la maison d'Augusto Cabral et l'a vu peindre un tableau. "Apprends-moi à peindre", demande-t-il alors. Augusto Cabral lui donne de la peinture et des plaques de contreplaqué. "Maintenant peins", dit-il au jeune, qui lui répond : "je peins quoi ?". "Ce qui est dans ta tête", lui dit Augusto Cabral.
Malangatana sera également soutenu par l'architecte Pancho Guedes, qui lui permit de peindre dans un coin de son garage, dans sa maison de Maputo et lui achetait deux tableaux par mois à un tarif qui relevait du mécénat le plus généreux. Au bout de quelques mois, l'artiste en herbe voulu faire une exposition qui eut, au grand étonnement d'Augusto Cabral, un énorme succès.
Dans ses peintures, à cette époque et toujours, est présent Matalana, le village où il est né et a grandi et où il a fréquenté l'école de la mission suisse. Enfant berger, agriculteur, chasseur de rats à la sagaie, l'oppression coloniale, la guerre civile, tout cela se reflète dans sa peinture, qui deviendra plus optimiste ces dernières années, plus sensuelle.
"Il y a toujours une source de thèmes à aborder. Ce sont les événements du monde, parfois tristes, parfois joyeux, et je ne reste pas indifférent. Que ce soit au Mozambique, ou dans une autre partie du monde, la douleur humaine est la même", avait-il déclaré au cours d'une interview à l'Agência Lusa, récemment.
Comme il l'avait déclaré au journaliste Machado da Graça, Malangatana se sentait proche des peintres portugais, qu'il avait découverts dans les années 70 lorsqu'il bénéficia d'une bourse de la Gulbenkian.
Entre 1990 et 1994 il sera député du FRELIMO et pendant de longues années lié aux causes sociales et culturelles. Il a été l'un des créateurs du Musée National du Mozambique, animateur du Núcleo de Arte, collaborateur de l'UNICEF et l'architecte d'un rêve ancien, qu'il réalisera, la création d'un Centre Culturel dans le Matalana de son enfance.
Des expositions, il en fera beaucoup, au Mozambique et au Portugal mais aussi en Allemagne, en Autriche et en Bulgarie, au Chili et au Brésil, en Angola, à Cuba, aux Etats-Unis, en Inde ... Il a fait des fresques à Maputo et dans la Beira, en Afrique du Sud et au Swaziland, mais aussi en Suède ou en Colombie. Ses œuvres sont dans de nombreux musées et galeries, dans des collections privées.
Malangatana a été nommé Artiste pour la Paix (UNESCO), a reçu de nombreuses distinctions dont la médaille de l'Ordre de l'Infant D. Henrique. |
http://www.luso.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=2934&Itemid=53
transmis par Pedro

