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La vertu républicaine contre les politiques interchangeables
Toute bulle spéculative finit par éclater un jour. Celle de la candidature Strauss-Kahn a d'abord été victime d'elle-même, de ce qui l'avait fait naître et prospérer : l'ambition collective réduite au seul pari sur un homme, et donc aussi sur ses faiblesses tout autant que sur ses forces. Car, d'un point de vue politique qui devrait être le seul à motiver, en l'espèce, des curiosités publiques, peu importe, à la limite, le scénario final : dans tous les cas de figure, l'éthique de responsabilité de l'ex-futur candidat socialiste y est compromise et dégradée par une absence d'éthique de conviction.
En effet, qu'il s'agisse, comme le prétend sa défense, d'une relation sexuelle consentie, ou d'un piège malicieusement tendu dans lequel il serait tombé, ou enfin, comme l'affirme son accusatrice, de l'agression d'un homme sur une femme à laquelle il veut imposer un désir non partagé, la mésaventure de Dominique Strauss-Kahn le confronte à sa conception de l'exercice d'une fonction publique. En d'autres termes, de ce que ce type de responsabilités qui ne vous appartiennent aucunement, où l'on représente et défend un bien commun, imposent comme réserve et rigueur, contrainte et distance, retenue et hauteur jusque dans cette zone grise qui est à la frontière du privé et du public, où l'on est encore un personnage public quoique dans la sphère privée.
C'est ce qu'en d'autres temps, ceux des vitalités démocratiques et des inventions révolutionnaires, l'on appelait tout simplement la vertu républicaine, entendue non pas comme une pudibonderie moralisante mais comme une force morale exigeante. De ce point de vue, le caractère délétère du feuilleton DSK, à la manière d'un fait-divers chroniqué jusqu'à l'écœurement par la majorité des grands médias et dont le marécage nauséabond ne cesse d'embourber le PS, doit autant aux ambiguïtés socialistes qu'aux complaisances d'époque. Comme le capitaine Haddock avec ce sparadrap dont il n'arrive pas à se débarrasser, les dirigeants socialistes continuent de vivre avec l'affaire Strauss-Kahn faute d'avoir su la clore.
Comment expliquer, par exemple, que l'intéressé, légitimement occupé à se défendre d'accusations graves, ait trouvé le temps d'écrire à ses amis du FMI, pour leur rendre leur liberté, et n'ait toujours pas réussi à s'adresser à ses camarades socialistes, pour les libérer eux aussi de l'embarras qu'il leur cause ? En finir avec l'affaire Strauss-Kahn, son poison dépolitisant et son climat délétère, de rumeurs et de spéculations, aurait supposé une direction socialiste plus à même de faire prévaloir l'intérêt général de la gauche sur des intérêts particuliers, tissés d'alliances circonstancielles et de fidélités personnelles.
Pis, en soutenant la candidature de Christine Lagarde au FMI, notamment par la voix de Martine Aubry, le PS a réussi ce tour de force de ruiner les maigres plaidoyers en défense de « DSK vrai homme de gauche » dans ses fonctions de grand argentier du capitalisme mondial. Ainsi donc la ministre de l'économie qui incarnait en France une politique antisociale, au bénéfice des plus riches et au détriment du plus grand nombre, serait donc, pour les socialistes, la mieux à même de succéder à l'un des leurs à la tête du FMI ! Sans compter qu'en faisant cet aveu d'une classe politique interchangeable, le PS se contredisait lui-même, ignorant les procédures engagées par certains des siens contre Christine Lagarde dans l'immensément scandaleuse affaire Tapie.