Chili: le pouvoir citoyen étonne
L’ampleur atteinte par le mouvement en faveur d’une éducation gratuite et de qualité au Chili, où les protagonistes sont les organisations étudiantes, qui ont été rejointes par des syndicats, d’autres organisations et par des citoyens communs, ne cesse de grandir et de soulever l’étonnement. Cette semaine, deux événements d’importance vitale pour l’avenir de cette lutte, auront lieu.
L’un d’entre eux est la nouvelle série des conversations entre les jeunes qui défendent leur droit d’avoir un niveau de préparation adéquat et le gouvernement du président Sebastián Piñera, qui semble être bien disposé à dialoguer, mais à vrai dire, il ne semble pas être prêt à écouter ses interlocuteurs.
C’est la conclusion que l’on peut tirer de ces récentes déclarations au cours desquelles il a confirmé que son pays n’est pas en conditions d’ouvrir gratuitement les écoles et il a eu recours, à l’argument fallacieux selon lequel il serait injuste que les impôts que les pauvres paient servent à donner une éducation aux riches.
Certes, le président reconnaît que dans le système capitaliste, ce sont les pauvres, ceux qui supportent le plus la charge fiscale, mais par contre, c’est faux que les plus riches envoient leurs enfants aux écoles publiques. En tout cas, il suffirait, pour équilibrer les choses, d’augmenter les impôts aux plus riches.
L’origine du problème n’est pas là. Depuis la dictature de Pinochet, l’éducation au Chili, est devenue, une affaire très juteuse. Le jeune n’est pas un élève mais un client. S’il n’a pas l’argent pour payer son éducation, il peut recourir à une banque qui lui octroiera un prêt. L’élève et sa famille y seront attachés durant de longues décennies.
Le pire n’est pas ça. Transformer un droit en une affaire, est aberrant, mais c’est encore pire que c e soit l’État, celui même qui assure ne pas disposer des fonds pour garantir des écoles gratuites, celui qui fasse le transfert des fonds pour que les écoles, lire, entreprises, fonctionnent sans que les propriétaires risquent leurs capitaux.
De telle sorte que l’éducation non seulement est privée, mais hautement lucrative. C’est la genèse des protestations étudiantes et citoyennes, qui durant des mois, ont mis le gouvernement en crise et qui a éveillé la sympathie, aussi bien à l’intérieur du Chili, qu’à l’étranger, ce qui peut être considérée comme la première victoire dans cette bataille.
Pour sa part, le Président Piñera a vu sa côte de popularité chuter jusqu’à 22%, parmi les plus bas d’un président ces derniers temps.
L’autre événement qui marquera la semaine au Chili est l’appel lancé à un plébiscite national consultatif et non contraignant pour que les gens expriment leur avis sur la clameur d’éducation gratuite, ouverte à tous et de qualité. Les Chiliens donneront aussi leur avis sur l’actuel système privé et lucratif, basé sur les fonds publics.
Des écoles, lycées et collèges, des places et des promenades publiques seront aménagés pour que le 7 et 8 octobre, les citoyens qui le voudront y aillent pour répondre à 4 questions essentielles. Cette idée a pour but de permettre au président et à ses ministres, de savoir ce que la société réclame d’eux.
Des moments historiques sont vécus dans ce pays austral, où ce qui est en jeu n’est pas simplement une cause politique, mais la consolidation du pouvoir citoyen, une conscience forgée à force des dépouillements soufferts à cause des politiques néolibérales qui y sont appliquées.
Il est important de signaler qu’un modèle de lutte novateur et exemplaire est en train de naître au Chili. Nous devons le suivre tous, attentivement.
Par Reynaldo Henquen sur www. Radiohc.cu/fr/