la constitution se rappelle à Paris et à Berlin --1
Le projet de consolidation de la zone euro, que comptent présenter Angela Merkel et Nicolas Sarkozy lors du sommet européen du 9 décembre, est encore très flou. Pourtant, ce qui semble se dessiner est bien plus qu'un simple aménagement, un approfondissement des traités de Maastricht et de Lisbonne entre quelques pays élus, comme tente de le présenter pour l'instant la communication gouvernementale.
Il s'agit ni plus ni moins, au travers de la définition de la procédure du contrôle du budget, d'encadrer un des actes majeurs d'un gouvernement démocratique. Et cela ne peut pas se faire dans le cadre de traités bilatéraux signés à la va-vite sur le coin d'une table, contrairement aux espoirs des gouvernements allemand et français, pressés d'envoyer des signaux pour rassurer les marchés et endiguer la crise de l'euro.
Car le budget est un domaine primordial en droit constitutionnel. « Le budget est une prérogative régalienne. C'est un des piliers de la souveraineté nationale », rappelle Didier Maus, spécialiste de droit constitutionnel, professeur à l'université Paul-Cézanne Aix-Marseille III. « La loi de finances est l'acte politique le plus important de l'année », insiste de son côté Jean Gicquel, professeur émérite à l'université Paris I Panthéon Sorbonne. L'article 34 de la Constitution en souligne l'importance : « Les lois de finances déterminent les ressources et les charges de l'État dans les conditions et sous les réserves prévues par une loi organique. »
Si une telle primauté est accordée au budget, c'est que la question des finances et de l'autonomie budgétaire a été un des fondements de la démocratie moderne. « No taxation without representation » (pas d'impôt sans représentation) fut le premier mot d'ordre des indépendantistes américains contre le pouvoir britannique en 1775. « Le consentement à l'impôt fut une des premières règles posées par la Révolution, par un décret de 17 juin 1789, puis inscrit dans la déclaration des droits de l'homme », rappelle Jean Gicquel.
Les gouvernements européens sont si conscients du caractère souverain du budget qu'ils souhaitent faire inscrire la « règle d'or », interdisant tout déficit budgétaire – puisque leur seule analyse de la crise se résume à un excès de dette publique –, dans la constitution des différents pays de la zone euro. Nicolas Sarkozy n'a pas osé présenter le texte à la rentrée, par peur d'essuyer une défaite : il courait le risque de ne pas réunir une majorité des trois cinquièmes au Congrès réunissant les députés et les sénateurs. Mais aujourd'hui, il laisse entendre qu'il n'a pas renoncé à ce projet.
Mais pourquoi envisage-t-il une révision constitutionnelle pour faire adopter la «règle d'or», alors qu'il semble l'exclure pour la réforme de la zone euro, discutée actuellement avec Berlin? Car selon les premières informations qui ont filtré, Berlin et Paris envisagent un cadre bien plus rigide que la règle d'or. Outre l'engagement pour les Etats de cette nouvelle mini zone euro d'avoir des budgets tendant vers zéro déficit, Angela Merkel exige un contrôle draconien de l'ensemble du processus budgétaire, justifié, selon Berlin, par les garanties apportées par l'Allemagne.
extrait de mediapart
cloclo