le naufrage - 1 -
Les internats d'excellence constituent sans doute l'initiative la plus emblématique du quinquennat de Nicolas Sarkozy en matière scolaire. Voulus par le chef de l'État, ces établissements, qui proposent d'extraire les élèves « méritants » de leur quartier populaire pour leur permettre de bénéficier de conditions d'apprentissage optimales, n'ont cessé d'être mis en avant par la rue de Grenelle. À eux seuls, ils étaient censés marquer le retour du volontarisme républicain au service de la méritocratie. Parmi les dix-sept rapports que vient de sortir des placards Vincent Peillon, celui qui concerne les internats d'excellence (à lire en intégralité en page 2), est pourtant le plus cruel pour son prédécesseur.
Pour commencer, le rapport, daté de juin 2011, souligne le coût exorbitant du dispositif, rendu possible par « un portage politique au plus haut niveau de l’État ». En pleines restrictions budgétaires, les douze internats d'excellence obtiennent en effet 200 millions d'euros dans la loi de finances rectificative pour 2010!
Pour financer cette « innovation méritocratique », l'administration a aussi mobilisé tous les leviers dont elle dispose. L'Anru (l’agence nationale pour la rénovation urbaine), l’Acsé (l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances), le fonds d’expérimentation pour la jeunesse, ont été sollicités tout comme des fonds privés à travers des fondations ou du mécénat. « À Montpellier, la Fondation Total contribue au financement à hauteur de 1,2 M €, à quoi s’ajoutent 300 000 € de la Fondation HSBC », précise le rapport.
Au bout du compte, chaque place en internat d'excellence coûte, hors masse salariale, entre 2 000 et 10 000 euros, selon que l’internat est ou non adossé à un établissement scolaire existant. Ce qui fait écrire aux rapporteurs que « la soutenabilité financière est incertaine pour des projets qui exigent des moyens exorbitants du droit commun et qui ne peuvent être mobilisés que dans le cadre d’une opération exceptionnelle comme celle du grand emprunt ».
Pour assurer la pérennité d'un tel dispositif, « il paraît indispensable, notent les rapporteurs, que le relais soit assuré par les partenaires habituels du système éducatif que sont les collectivités territoriales. À cet égard, rien n’est joué, car la légitimité même de l’internat d’excellence, on l’a vu, est loin de faire consensus parmi ces partenaires ».
Car, outre la question du coût, le rapport s'interroge sans détour sur le bien-fondé même du dispositif dont il décrit, les « limites intrinsèques » qui en font « une réponse partielle à un besoin plus global ».