IMPORTANTE INFORMATION
TRILOGIE D’EXIL
En
1993, comme de nombreux intellectuels et artistes algériens, le
cinéaste Jean-Pierre Lledo se voit contraint, face aux menaces du
terrorisme islamiste, de quitter son pays pour venir en France.
De
ce côté-ci de la Méditerranée, il entreprend de présenter ses films
dans différentes villes françaises et s’aperçoit rapidement qu’un même
sentiment soude la grande majorité des spectateurs qui viennent
débattre avec lui. Qu’ils soient d’origine berbère, arabe, juive ou
européenne, ils expriment tous un grand attachement pour l’Algérie.
Cette Algérie d’où ils se sentent pour beaucoup, eux aussi, en exil ;
la fin du système colonial français en 1962 ayant eu pour conséquences
immédiates son indépendance, mais également l’exode de plus d’un
million d’hommes et de femmes qui y étaient nés.
Optant pour le
cinéma documentaire, il renoue alors avec une mémoire refoulée, celle
de la coexistence des trois communautés algériennes d’origine
musulmane, juive et chrétienne, avec cette question obsédante : " L’Algérie était devenue indépendante, pourquoi n’avait-elle pas réussi à être fraternelle ? ".
A
partir de cette question, et avec la volonté de n’exclure aucune des
sensibilités, Jean-Pierre Lledo va réaliser sa " trilogie d’exil ",
revisitant ainsi une histoire algéro-française jusque-là engluée dans
de multiples stéréotypes et caricatures.
1er volet : le rêve
Tout
d’abord, il interroge ce rêve qui l’habite toujours et que partagèrent
de nombreux combattants anticoloniaux de toutes origines et de toutes
confessions, pour qui l’Algérie se devait de devenir indépendante et
multiethnique. Sur ce sujet, il réalise deux films en compagnie de 2
figures historiques, incarnant ce combat.
- Pour la télévision, en 1996 : " Lisette Vincent, une femme algérienne
" dresse le portrait de cette fille de " colon " oranais, institutrice,
militante infatigable d’une Ecole ouverte à tous les enfants, notamment
arabes… Mais qui quitte l’Algérie en 1970.
- Pour le cinéma, en 2003, " Un rêve algérien
" propose à Henri Alleg (auteur de " La Question " / premier témoignage
censuré sur la torture infligée par l’armée française) de retrouver en
Algérie ses anciens amis de la famille communiste, seule famille
politique ethniquement mixte durant la colonisation. Et notamment les
anciens journalistes d’ "Alger Républicain", quotidien mythique qu’il
dirigea de 1950 à 55, puis co-dirigea de 1962 à 1965 : le coup d’Etat
de Boumédienne met fin au quotidien et pousse son directeur à quitter
l’Algérie.
2e volet : les fantômes
Parallèlement,
Jean-Pierre Lledo décide de filmer, au gré de ses voyages en France, le
témoignage d’autres exilés : harkis, juifs et pieds noirs des années 60
et intellectuels algériens des années 90. " Algéries, mes fantômes "
(2004) leur donne la parole et leurs différents témoignages se
répondent en écho, dessinant une longue histoire d’exclusions
politiques successives. Au fil de leurs réflexions et au bout de toutes
les nostalgies s’exprime, en creux, le sentiment d’une formidable
occasion manquée d’une Algérie multiethnique et multiculturelle.
3e volet : les absents
En ce début d’année 2008, " Algérie, histoires à ne pas dire
" est réalisé comme le contrechamp du film précédent, puisque tourné
entièrement en Algérie. Là, ce sont les Algériens d’origine musulmane
dont Jean-Pierre Lledo sollicite la mémoire pour évoquer l’Absent parti
en 1962, et se demander si cette fin tragique sanctionnait une
impossibilité à vivre ensemble.
En compagnie des 4 personnages
principaux qui reviennent sur les années de guerre 1954-1962, nous
prenons conscience que le nationalisme, définissant l’algérianité sur
des critères ethno-religieux, eut aussi sa part de responsabilité.
Comme l’écrit l’historien Gilles Manceron en employant l’image qui renvoie à ces portes blindées à plusieurs clés : " Elles
ne s'ouvrent que si on introduit et fait tourner simultanément deux
clés différentes. Dans le cas de l'histoire franco-algérienne, c'est à
cette nécessité que nous sommes confrontés. Les tabous d'une rive
servant à conforter et à renforcer ceux de l'autre. "
Pour l’instant, " ces histoires à ne pas dire
" pourront être vues et entendues en France à partir du 27 février
prochain alors qu’en Algérie, le film, dont les avant-premières de juin
2007 et de janvier 2008 ont été interdites, n’a toujours pas reçu de
visa d’exploitation.
Dans
le débat très actuel et l'ardente nécessité de trouver les voies
d'élaboration d’'une mémoire commune entre la France et l'Algérie,
Jean-Pierre Lledo, par ses films, propose que chacun puisse apporter sa
part de vérité au service d'une histoire plurielle.
Son nouveau long-métrage documentaire " Algérie, histoires à ne pas dire
", 3e volet de sa Trilogie d'exil, sortira en France le 27 février
prochain en partenariat avec le quotidien Le Monde, RFI ainsi que les
associations Coup de Soleil et ACID (Agence du Cinéma Indépendant pour
sa Diffusion).
Une projection spéciale en
direction des associations, des syndicats, des partis politiques et des
chercheurs des régions PACA et Languedoc Roussillon aura lieu, avec le
soutien des associations Cinémas du Sud et Rendez-vous des quais, en présence du réalisateur,
Le dimanche 24 février 2008 à 14h (durée 2h40)
au CRDP d’'Aix-Marseille – Rendez-vous des Quais
31 boulevard d’'Athènes
13 001 Marseille.
Contact pour invitations à la projection film débat:
Pour Colifilms
Philippe Hagué
philippe.hague@wanadoo.fr
06 07 78 25 71
TZ.
