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LE PIGEON BLEU
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7 février 2008

Aldo Moro : 1978-2008

Pourquoi le pouvoir italien a lâché Aldo Moro, exécuté en 1978
Par Hubert Artus (Rue89) 22H26 06/02/2008

Alors que l’Italie se prépare à de nouvelles élections, voici la preuve que l’on attendait sur la mort d’Aldo Moro. Trente ans après. Ce samedi, France 5 diffuse un documentaire où, pour la toute première fois, est révélé officiellement que le gouvernement italien avait sacrifié l'ancien premier ministre, séquestré par les Brigades rouges en 1978. Extraits.

16 mars 1978. Italie. Depuis neuf ans, un mouvement social de grande ampleur secoue l’Italie. Quelques groupes sont déjà passés à la lutte armée. Après cette date vont commencer les "années de plomb", ce que les historiens qualifieront de "guerre civile de basse intensité".

Aldo Moro fut Président du Conseil à cinq reprises, entre 1963 et 1976. En 1978, il est le chef de la Démocratie Chrétienne, et son parti est arrivé juste devant le Parti communiste italien d’Enrico Berlinguer aux dernières élections. En fait, les deux partis ont gagné. Sans une coalition entre les deux forces, le pays est ingouvernable.

Ce jour-là doit être signé le "Compromesso storico". Un compromis historique qui, même si le PCI de dissocie alors de l’URSS, est tout simplement impensable pour la majorité de la classe politique italienne.

Cinquante-cinq jours de prise d'otage et une exécution

Via Fani, en plein Rome, quelques heures avant la signature. Un commando de cinq membres tuent les gardes du corps de Moro, qu’ils enlèvent. Les cinq sont des Brigades rouges, le plus connu des groupes d’extrême-gauche de l’Italie en feu. Qui exige, contre la libération de Moro, celle de treize des leurs. C’est le traumatisme. Giulio Andreotti succède à Aldo Moro. Il nomme à l’Intérieur le "Monsieur sécurité" de la Démocratie chrétienne, l’implacable Francesco Cossiga.

L’enlèvement d’Aldo Moro fera trembler l’Italie cinquante-cinq jours durant. Le 9 mai, son corps sans vie fut retrouvé dans le coffre d'une automobile, à Rome. Via certini… soit à mi-chemin des sièges de la DC et du PCI. Il a été exécuté par les Brigades rouges.

En fait, avant d’être exécuté, Moro avait été lâché. Par les siens. Durant toute sa détention, Moro écrit des lettres. A sa famille. A ses compagnons de DC. Il les implore, fin négociateur qu’il est, de libérer des Brigades rouges. Mais pour le gouvernement, tout comme d’ailleurs pour le PC, c’est impensable. Ses lettres sont fausses, pensent-ils. Négocier laisserait le champ libre aux communistes, pensent-ils surtout. Moro ira jusqu’à écrire au pape Paul VI. Mais, pour tous, le même constat: plutôt que les cocos, abandonner Moro.

Sur ces cinquante-cinq jours, toutes sortes d’interprétations fumeuses sont apparues: il a été suggéré que certains dans les services d'état savaient où se situait le lieu de détention (un appartement romain); Romano Prodi (qui sera bientôt ministre d’Andreotti) parla lui-même d’une séance de spiritisme pendant laquelle les esprits lui indiquèrent le lieu de détention...

Ce que la classe politique craint: que Moro révèle à ses ravisseurs les énormes intérêts que les Etats-Unis ont sur le sol transalpin. La plus importante base de l’Otan est là. Mais surtout, il y a cette structure secrète: Gladio. Une branche de l’armée italienne, entièrement vouée à une guerre secrète et sans merci contre le communisme.

Moro lâché par le pouvoir, une thèse confirmée par deux témoins-clé

C’est là que le film d’Emmanuel Amara frappe très fort. Entre divers témoins (dont Adriana Faranda et Valerio Morucci, deux des membres du commando, dont il convient cependant de préciser qu’il s’agit de repentis), il apporte les témoignages qui manquaient à l’Histoire.

D’une part, Steve Pieczenik, ancien membre du département d’Etat américain. Alors envoyé par le président Jimmy Carter comme "expert psychologique" pour intégrer la cellule secrète du ministre Cossiga: "Il fallait qu’Aldo Moro reste en vie suffisamment longtemps pour permettre à Cossiga de reprendre ses services en main", dit l’agent yankee dans le film. Le reste se passe de commentaire. (Voir la vidéo.)

http://www.dailymotion.com/video/x4ajky_a-propos-de-la-mort-daldo-moro-12_politics

Beaucoup savaient le rôle joué par les services américains dans les années de plomb, et en particulier dans cet enlèvement. Mais, ici, trente ans après les faits, l’agent avoue, et signe. Dans le film, il retrace toute la stratégie mise en place par lui, Cossiga et Andreotti. Pour sacrifier Moro.

Certes, comme l’avoue Amara, Steve Pieczeik "brasse parfois du vent":

"Il s’agit d’un type qui a gravité dans le pouvoir américain jusqu’à l’arrivée de Bush père au pouvoir. Entendre sa version de la guerre des étoiles ou du Nicaragua vaut le détour."

La rencontre avec Pieczenik, c’est le heureux hasard du journaliste, comme l’explique le réalisateur:

Une fois obtenu les aveux de l’agent, Amara est alors aller trouver Cossiga. Qui avait accepté de témoigner, sans penser qu’Amara savait tout. Quand le réalisateur lui montre le témoignage de l'agent, Cossiga confirme. Tout. L’ancien ministre, qui deviendra plus tard le chef du gouvernement, valide. C’est le clou du film. (Voir la vidéo.)

http://www.dailymotion.com/video/x4ajp8_a-propos-de-la-mort-daldo-moro-22_politics

Sollicitée, Paola de Luca, ancienne militante autonome à présent réfugiée en France, n’est pas étonnée, même si elle apprécie l’info. Pour autant, elle n’est pas dupe de la peur des communistes. Pour elle, "le PCI avait donné suffisamment de gages -de sécurité et de police- pour ne plus effrayer personne. Celui que tout le monde voulait alors écarter, les Américains comme les Italiens, c’était avant tout Bettino Craxi". Craxi, chef de file des socialistes italiens d’alors qui voulait, en effet, supplanter Enrico Berlinguer comme force principale de la gauche italienne. Il y parviendra, devenant chef du gouvernement de 1983 à 1987. A la fin des années de plomb.
Chronique de la défaite des Brigades Rouges -empêtrées dans leur propre logique- autant que du tournant fatal de la crise italienne, le film d’Amara éclaire la seule ombre qui restait autour de la mort d’Aldo Moro. Une révélation indispensable.
_ Les Derniers jours d’Aldo Moro documentaire d’Emmanuel Amara - samedi 9 à 13h55 - France 5.__ Nous avons tué Aldo Morto d'Emmanuel Amara - Patrick Robin Editions - 175p., 18€.
_ Troisième paragraphe modifié: Aldo Moro n'était pas président du conseil au moment des faits.

http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/pourquoi-le-pouvoir-italien-a-lache-aldo-moro-execute-en-1978

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Commentaires
R
L'apparition de groupes utilisant la violence à cette période, correspond aussi au début de la dérive droitière du PCI, inventeur de l'euro communisme qui verra son apogée, avec le sommet Berlinguer,Marchais,Santiago Carillo,le PCI atteindre 34% des voix, développer sa thèse sur le compromis historique.Tandis qu'en France le XXII° congrès du PCF sous la direction de G. Marchais et sans aucun débat de fond, abandonnera "la dictature du prolétariat" et marquera le début du recul électoral en 1977.<br /> La rupture aura lieu quelques années plus tard en 1981 lorsque Berlinguer décrètera "[G]La force progressive issue de la révolution d'octobre est définitivement épuisée"[/G]<br /> L'analyse en profondeur de cette période contemporaine reste à faire,et le rôle des partis communistes européens a sans doute contribué en partie à l'isolement de l'URSS et à son éclatement.<br /> <br /> Roger
P
Les Brigades rouges émergent dans un contexte de chômage qui fait depuis la fin des années 1960 en Italie. De multiples révoltes étudiantes et ouvrières ont déjà explosé. Ces émeutes provoquent l a constitution de groupes révolutionnaires, dont les <br /> Brigate Rosse , crées en 1970, par des étudiants(Curcio et Cagol, des maoistes) et Moretti, le futur cerveau de l'enlevement de Moro. Ils ont pour action la violence comme justice sociale. Ils vont effectué au départ des enlevements de personnalités( comme le juge Sossi, policiers, militaires, patrons...) pour seulement demander des rançons, mais ne tuent pas leurs otages. <br /> C'est à partir de 1977 qu'ils vont effectués des attentats toujours, mais néanmois meurtriers. En 1978, survient l'affaire MORO cf ci dessus). C'est après cette affaire que le déclin des Brigades rouges va s'amorcer , avec une certaine discréditation, des arrestations en pagaille.
M
C'est si facile que ça ? On me cache tout !<br /> <br /> <br /> Pour en revenir à Aldo Moro, quel rôle joue les Brigades Rouges au moment où un accord allait être signé ? On manque d'infos sur cette question.
B
J'avais huit ans quand on l'a sorti de son coffre, mais je m'en souviens très bien (en noir et blanc)...<br /> <br /> En Italie tout le monde sait pertinemment que c'est le fils du pape (Andreotti), avec le placet de nombre de fils de pute (dont KoSSiga) qui a laissé bousiller l'homme ayant osé tendre la main à Berlinguer (célèbre mangeur d'enfants).<br /> <br /> Zaccagnini a fini par en mourir de remords (et oui, meme chez les anciens leaders DC il y avait quelques vrais catholiques... Etonnant, non? ;D)... <br /> <br /> Brunz
K
Il suffit de faire "enter" [copain]
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